LE MERCURE
J'ai promis à mes jeunes lecteurs de leur donner quelques notions sur le Mercure, et je vais, sans retard , ni'acquitter de cette promesse.
Le Mercure est un métal qui, entre autres propriétés qui le disliii{;uent, en a deux fort singulières : il demeure constafliraent liquide à la température ordinaire de nos climats, et lorsqu'on le fait bouillir en l'exposant à une chaleur suffisante, il s'évapore avec une grande facilité.
Ce métal est très pesant, sa couleur est le blanc argentin, et son éclat est assez vif. 11 a toutes les qualités qui appartiennent en général aux métaux, sans en excepter la solidité, la dureté et la ductilité, dont je vous ai parlé dans un autre article. Celles-ci, il est viai, ne peuvent pas se manifester dans l'état habituel de liquidité où se montre le Mercure; mais si ce métal se trouve exposé à un froid de 33 degrés au-dessous de zéro du thermomètre, il se congèle et se transforme en une masse solide, dure, et susceptible de s'aplatii et de changer de forme sous le marteau.
Le Mercure présente alors un aspect à-peu-près semblable à celui d'un morceau de plomb ou d'étain.
Il est aisé de conclure de ces faits que, si le Mercure demeure constamment liquide à la température de
nos climats, c'est seulement parce qu'il est plus facile à fondre que tous les autres métaux. Tous les métaux, en effet, sont susceptibles d'être fondus et rendus liquides par l'action d'une chaleur plus ou moins forte. Le plomb, entre autres, n'exige pas un degré de chaleur excessive pour devenir liquide. Eh bien , le Mercure en exige infiniment moins encore, puisqu'il suffit que le thermomètre ne descende pas à 33 degrés au-dessous de zéro , pour que ce métal conserve sa liquidité.
Cette liquidité, comme vous le voyez, est donc tout-à-fait relative, et n'empêche point que le Mercure n'ait toutes les propriétés qui appartiennent aux métaux. Supposez que, dans les planètes qui sont le plus éloignées du soleil, et ou il est problable que la température est habituellement beaucoup plus rigoureuse que celle de la terre, il se trouve aussi du Mercure, il est vraisemblable que ce métal, que nous voyons constamment à l'état liquide, doit être, dans ces planètes, un corps toujours solide, que l'on y pourrait employer aux mêmes usages que l'argent, l'étain, le plomb, etc. Supposez au contraire qu'il y ait du plomb dans les planètes les plus voisines dn^ soleil, et que la région où se trouvent ces plqjj'èlfes. . soit beaucoup plus brûlante que celle où nous v/Mbns . le plomb, qui fond à un degré de chaleur asfe p
considérable, doit s'y montrer habituellement à l'état liquide, comme nous voyons le Mercure se comporter sur notre globe.
Ainsi, mes enfants, il doit vous paraître clair que la liquidité du Mercure n'a rien de plus merveilleux, et s'explique par la même cause que la fusion des autres métaux.
Ou trouve le Mercure pur et liquide remplissant de petites cavités, ou disséminé en {{lobules coulants, dans les mines d'où l'on extrait ce métal ; mais il n'y est à cet état qu'en petite quantilé. Combiné avec le soufre, il forme un minéral auquel on a donné le nom de cinabre, et qui est très abondant dans ces mines. C'est ce minéral, dont on retire le métal, en le séparant du soufre par des procédés chimiques, qui fournit la plus grande partie du Mercure employé dans les arts. Les principales mines de ce métal sont celles d'Almaden, en Espagne; d'Idria, en Carniole; deMoschellandsberg, dans le duché des Deux- Ponts ^ de Guanca-'Velica, au Pérou. On en a trouvé aussi en Bohême, en .Saxe, en Hongrie, en Transylvanie, et en France. La colline sur laquelle est bâtie la ville de Montpellier renferme du Mercure coulant, de même que les terrains des environs.
Ce métal est employé à divers usages dont je me bornerai à vous indiquer un petit nombre. Je vous ai déjà parlé du parti qu'on en tire pour la construction des thermomètres et des baromètres.
Le Mercure s'unit avec une grande facilité aux autres métaux, sur-tout à l'or et à l'argent. Cette propriété, jointe k celle de s'évaporer lorsqu'on l'expose au feu, en a fait la base de l'art du doreur. On mêle du Mercure avec des feuilles d'or; on broie le tout ensemble, et l'on en forme une espèce de pâte qu'on nomme amalgame. On étend cet amalgame sur le métal qu'on veut dorer, et on l'expose au feu : le mercure s'évapore, et laisse l'or parfaitement adhérent h la surface du métal qu'on n'a plus qu'à polir.
On a mis à profit cette même propriété pour retirer, par le moyen du Mercure, l'or et l'argent de certains minerais qui renferment ces métaux. Je vous expliquerai quelque jour comment a lieu cette opération. Le iiîercure uni avec létain forme aussi un amal- (jame, qui est le tain qu'on applique derrière les glaces dont sont décorés nos appartements. Ces glaces , comme j'ai eu déjà foccision de vous le dire, sont de véritables miroirs métalliques; c'est réellement cette feuille métallique, nommée tain, qui réfléchit riiiinge des objets, et la glace ne sert qu'à préserver le Inin et h lui conserver son poli et sa pureté.
En combinant le Aîercure avec du soufre dans une certaine proportion, on compose un cinabre arlili<icl d'une belle couleur rouge, qui, réduit en poudre, forme ce qu'on appelle le vermillon, dont on fait
usage dans la ph:umacie et pour la peinture. Voilà, mes chers amis, ce que j'avais à vous dire sur le .^lercure. Je conclus bien vite, car je crains de manquer d'espace pour tout ce que je veux faire entrer dans ce numéro.
MOTS A L'OliEILLE.
^1 II est laie que rindiscrétion no soit pas la couipajrne de la curiosité.
^ Il est toujours a craindi-e que celui qui veut qu'où lui dise tout, ne soit disposé à tout redire.
(^ C'est un des inconvénients de la vanité, de faire parler beaucoup.
(| Cest un des effets de la légèreté, d'einpécher les rétlexions qui feraient souvent fiarder le silence.