‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 86 sur 136 · L'AMITIÉ DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

L'AMITIÉ DE COLLÈGE

Adolphe et Eugène appartenaient l'un et l'autre à des familles distinguées. Tous deux , après avoir reçu, dans la maison paternelle, une instruction élémentaire, furent placés, à Tàge de dix ans, dans un collège, pour y continuer leurs études. Le hasard fit qu'ils y entrèrent le même jour. Tous deux pleuraient amèrement, et cette douleur, que l'on croyait également fondée sur le regret qu'ils éprouvaient de quitter leurs parents, intéressait en leur faveur. ( )n se trompait beaucoup. Adolphe disait intérieurement : 11 Ma mère est souffrante; qui pourra la soigner, la distraire, la consoler comme je le faisais? Je me trouvais chaque matin à son réveil; je lui faisais la lecture après le dîner; j'allais me promener avec elle le soir, et lorsqu'elle se sentait fatiguée, elle s'appuyait en souriant sur mon épaule... Et à présent... mon Dieu ! elle ne m'a plus 1 je suis sûr qu'elle pleure aussi en pensant à moi. » Après avoir fait ces réflexions, le bon Adolphe essuyait ses yeux qui étaient tout humides. Eugène aimait aussi sa mère; mais il s'en fallait qu'il fût si exclusivement occupé de son souvenir. Eugène regrettait vivement it le bon café à la crème qu'il avait coutume de prendre le matin, et la salle de billard où il s'amusait une grande partie du jour, et le verger où il allait cueillir des fruits, et cet âne complaisant et pacifique qui lui avait tant de fois prêté son dos pour courir les champs. Eugène non seulement pensait à tout cela, mais la nécessité dapprendre et de travailler lui parais.-ait plus dure encore que la perte de ses plaisirs.

Maigre cette différence dans leur caractère et dans leurs sentiments, les deux enfants, arrivant en même temps au collège, se sentirent attires l'un vers l'autre par lafniction que chacun manifestait, et ils se lièrent tout de suite de la plus étroite amitié.

Adolplic se distingua, dès la première année, par son intelligence et par son application. Eugène au contiaire n'apprenait rien, et s'exposait sans cesse a lies punitions, malgré le dévouement de son ami qui lui faisait presque tous les jours son devoir. L'époque de la distribution des prix arriva. Le laborieux Adolphe, comptant sur les efforts qu'il avait faits pendant toute l'année, osait en espérer un, et jouissait d'avance de la joie que son succès causerait à sa bonne mère, lorsque la mauvaise langue d'un écolier curieux et bavard vient semer la discorde entre les deux amis. Adolphe avait eu l'imprudence d'exprimer un jour, devant deux de ses camarades, un vif regret de ce qu'Eugène ne travaillait pas davantage. On dénatura le sens de ses paroles, et on alla dire à Eugène qu'Adolphe se vantait par-tout de travailler pour deux, qu'il riait avec tous les autres de la paresse et de l'ineptie de son ami. Eugène, au lieu de chercher la vérité daus une franche explication avec Adolphe , se promit de satisfaire son ressentiment, et sur-tout de ne point le laisser paraître.

Le jour de la composition étant venu, nos deux écoliers se trouvaient placés l'un auprès de l'autre. Adolphe avait fini, relu et corrigé sa copie, bien avant la fin de la séance. Eugène observait ses mouvements , et saisissant l'instant où Adolphe fut dans le cas de s'absenter pour quelques minutes, il s'empare de sa copie, y change à la hâte plusieurs mots, y fait quelques ratures, la replie et la remet à la même place. Malheureusement Adolphe n'eut pas l'idée de la relire encore, et la déposa ainsi sur le bureau du surveillant. Sa douleur fut extrême, lorsqu'il vit qu'il n'avait pas le prix sur lequel il avait compté avec tant de raison. Cependant il fut loin de soupçonner aucune partialité de la part de ses juges, et supposa simplement qu'un autre avait eu le bonheur ou le talent de faire mieux que lui. Mais comme tout finit par être su, il ne tarda pas à apprendre que sa copie renfermait des f;tutes grossières qui l'avaient fait exclure du concours. Ne pouvant comprendre une chose si étrange, il demanda à revoir cette copie; et à peine y eut-il jeté les yeux, qu'il reconnut, dans plusieurs endroits, la main perfide de son ami. Accablé de cliagrui , moins à cause de la récompense qu'il avait perdue, que de la trahison de celui qu'il aimait comme un frère, il le convainquit de sa faute, en garda le silence avec tout autre, lui retira son amitié, et ne Ini parla plus.

Eugène, privé des services et des bons conseils qu'A-

dolphe lui avait donnés jusqu'alors, ne forma plus de liaison qu'avec les élèves les moins estimables du collège. 11 ne s'y faisait pas la moindre sottise qu'il n'v fut pour quelque chose. Un soir qu'il formait avec ses nouveaux amis un complot contre un de leurs jjrofessenrs, il s'aperçut qu'il venait de perdre dans le jardin une petite feuille volante qui renfermait plusieurs détails à ce sujet. Elle était tout entière écrite de sa main ; et comme il la cherchait avec une vive inquiétude, on vint lui dire qu'Adolphe l'avait trouvie, et la lisait avec une grande attention. "Ob', ciel '. sVcria-t-il, je suis perdu! Adolphe est mon ennemi, et je tombe en son pouvoir! !Mais je ne m'abaisserai point h lui demander grâce, et il fera ce qu'il voudra. "

Eugène cependant passa une nuit cruelle. Le lendemain, au point du jour, il alla visiter son pupitre pour voir s'il n'y avait point laissé quelque autre papier dangereux. Quelle fut sa surprise! ce pupitre, jadis commun aux deux amis, avait été ouvert. La fatale feuille perdue la veille s'y trouvait visiblement placée; et au bas, Eugène lut ces mots: «Adolphe 11 supplie Eugène de renoncer à un projet coupable Il qui causerait à sa famille un profond chagrin et à li lui des remords cuisants. A ce prix, il lui offre en- "core le retour de leur ancienne amitié. »

Eugène avait de bien grands défauts, mais ils venaient plutôt de sa mauvaise tête que de son cœur. Tant de générosité lui arracha des larmes ; mais il les essuya, et, reprenant ce caractère altier qu'il s'était donné volontairement, il courut vers Adolphe qu'il venait d'apercevoir au fond de la cour. « Adolphe, lui dit-il, j'ai eu des torts envers toi, reprends cet écrit, et donne-toi à ton tour le plaisir de m'en punir. — Eh qui me rendra, répondit Adolphe, celui que je trouve à pardonner?» A ces mots, les deux jeunes gens se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Eugène promit de se corriger, et tint parole. Long -temps après, on citait encore dans le collège leur bonne conduite et leur union.

CORRESPONDANCE

Mon article de dimanche dernier, sur le baromètre, a donné lieu à deux questions qui m'ont été adressées, et auxquelles je vais répondre de suite.

Un de mes jeunes correspondants m'a écrit qu'il avait entendu donner le nom de barowétiv à une petite figure de capucin, en bois, qui se couvre de son capuchon ou se découvre, selon qu'il doit faire mauvais OH beau temps; et U me demande de lui expliquer comment ce mouvement s'opère.

D'abord, je dois lavertir que ce petit instrument.

qui est d'ailleurs assez ingénieux, n'a aucun rapport avec le baromètre, et que c'est mal-à-propos qu'on lui donne vulgairement ce nom. Son véritable nom est V hygromètre, et il sert à indiquer à-peu-près les divers degrés d'humidité ou de sécheresse de l'air. Voici comment :

Derrière la petite figure, est place un tuyau en ferblanc d'un pouce et demi ou deux pouces de longueur. Ce tuyau renferme une corde à boyau , dont un bout est fixé au capuchon, et l'autre bout à l'extrémité opposée du tuyau. Les cordes à boyau ont la propriété de se resserrer et de se tordre, lorsque l'humidité les pénètre. Ceux de mes jeunes lecteurs qui apprennent à jouer du violon , et celles de mes jeunes lectrices qui apprennent à pincer de la harpe, ne l'ignorent sûrement pas ; car l'humidité a dû quelquefois faire casser les cordes de leurs instruments. Eh bien, lorsque le temps devient humide, la corde h boyau renfermée dans le petit tuyau de fer-blanc se pénètre d'humidité, se resserre et se tord; et en se tordant, elle entraine avec elle le capuchon auquel elle est fixée, et elle le conduit sur la tète du petit capucin, qui a l'air de se rouvrir parce qu'il va pleuvoir. Lorsqu'ensuite le temps redevient sec, la corde perd sonhumidité,se détend etlaisse retomberle capuchon, comme si le capucin s'apercevait qu'il va faire beau.

On peut donner à cet instrument diverses formes, et représenter, au lieu d'un capucin , un petit homme qui ôte et remet son chapeau, ou bien une petite femme abaissant ou relevant un parapluie; mais c'est toujours le même principe, qui n'a rien de commun avec la pesanteur de l'air, ni par conséquent avec le baromètre.

—Un autre de mes abonnés m'a demandé comment il se faisait que, la pesanteur de l'air étant aussi considérable que je l'ai dit, nous ne fussions pas écrasés par son poids?

J'espère qu'on n'aura pas de peine à comprendre ma réponse.

Sans doute, si la masse d'air qui se trouve au-dessus de nos têtes y pesait directement, comme un fardeau qui tend à se rapprocher de la terre, nous serions écrasés sous son poids. Mais cette masse d'air repose directement, au contraire, sur la surfaee de la terre; la portion qui se trouve en bas supporte celle qui se trouve dans la région supérieure; et lorsque vous traversez l'air, vous ne faites rien autre que le diviser. C'est absolument la même chose que ce qui se passe au fond de l'eau dans laquelle s'est précipité un plongeur. Vous ne doutez pas que l'eau ne soit pesante, et cependant le plongeur qui se trouve au-dessous d'elle n'est point surchargé de son poids, et peut la diviser

et la parcourir dans différents sens, comme nous divisons, en marchant, l'air dans lequel nous vivons.

J'aime beaucoup les questions raisonnables comme celles auxquelles je viens de répondre ; elles sont une preuve de réflexion et de désir de s'instruire, dont je suis charmé.

— Voici la lettre, malheureusement trop intéressante, qui m'est parvenue au moment où on mettait sous presse mon numéro de dimanche dernier.

* Aux Forges de Syam, le 3i Juillet 1821».

(1 Un incendie affreux, mon bon Génie, vient de consumer aux trois quarts la ville de Salins , qui renfermait près de neuf mille âmes. Le feu y a pris mercredi 27, et il n'était pas éteint hier samedi : en une demiheure la moitié de la ville a été enflammée. Les efforts et le zèle des pompiers et des militaires n'ont réussi qu'à préserver deux faubourgs, l'hôpital, le collège et les prisons. Les témoins de ce désastre assurent que rien ne peut en donner une idée ; le lendemain le feu était plus ardent encore. Les liabitants ne criaient ni ne pleuraient plus ; ils se cherchaient , l'œil sec et hagard ; on aurait cru que le malheur les rendait insensibles; ils éprouvaient le besoin de manger, et tombaient d'inanition. Lestravailleurssur-tout, qui étaient venus de villes éloignées de six, sept, et même huit lieues, manquaient de pain ; enfin on en envoya , et il a suffi parce que les habitants désespérés avaient presque tous abandonné la ville. La bise était si forte, mon bon Génie, qu'on respirait les cendres près de Mont-sous-Vaudré, qui est à plus de sept lieues de la malheureuse ville, et qu'à cette distance et plus loin encore on trouvait des morceaux de papier et d'étoffe à demi-brûlés. On parle de plusieurs personnes qui ont été brûlées ou écrasées; on en cherche encore, que probablement on trouvera sous les décombres. On n'a pu sauver de l'incendie ni.meubles ni linf^e, et le dénuement de tant de malheureux doit être extrême. Tout cela va vous affliger, mon bon Génie; mais je vous en ai parlé pour plusieurs raisons. D'abord, parce que vous êtes bon Génie; puis, j'espère que vous parlerez à tous vos abonnés du malheur de mes infortunés compatriotes; que leurs bourses s'ouvriront pour eux avec leurs cœurs , et qu'ils voudront bien se faire leurs avocats auprès de leurs parents qui peuvent disposer de plus d'argent. Qu'on ne craigne pas de donner trop de secours, il y a tant de besoins!

u Pardon d'une si longue lettre, mon bou Génie, et bienveillance pour votre abonnée,

i. riiiciEM "

iMi'RiMtr.iE Dr. JULES DIDOT AlNi;, niPRiMF.in fi' "Oi , nie U

.lu roiU-dc-Lodi , II" t>.

Dimanche, 21 Août 1823

Le prii <^f rabonnemcul est, pour Paris, de 22 francs par an , ei de 1 î francs pour sii mois. Pour les déparlcments , de 24 francs par an , ei |3 francs pour sis mois

ir ANNÉE. N° 1'

Bureau de l'abonueuienl, chez Locis Colas , libraire .

rue Daophine , n" 67; ei ^chez les principaux libraires cl direcieurs des posies des 'dépanements.

ILl IE(DB ©ÉKll,

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LE COCUTIEH.

C'est ma récréation favorite d'aller nie promener .lanb les bois avec un livre, et de me reposer quelques heures sous une ombre bien épaisse. Un lieu que j'affectionne particulièrement, dans les environs de Paris, est le bois de Fleury sous Meudon. On y trouve une jolie petite source fraîche et claire, k laquelle il est fort agréable de se désaltérer après avoir parcouru les allées riantes et variées du bois.

Un jour du mois de juin dernier, ayant été passer la matinée dans ce lieu charmant, je m'étais étendu sur le gazon, au pied d'un grand arbre et à peu de distance de la source. Il faisait chaud: je m'endormis profondément. Toutefois, je ne tardai pas à être retiré de mon sommeil par de petites voix qui se firent entendre près de l'endroit où je reposais. Je me levai et j'aperçus une troupe de jeunes garçons et de jeunes personnes, que la chaleur n empêchait point de courir et de se divertir de bon cœur. J'appris bientôt par leurs discours que c'était toute une famille, frères, sœurs, cousins et cousines, qui habitaient, depuis cette saison seulement, une maison des environs, et je vis arriver les chefs de la famille qui suivaient , d'un pas plus tranquiUe et moins alerte, toute cette bande joyeuse.

Un des jeunes garçons s'approcha de moi et me demanda de quel côté était la source. <- Si vous le permettez, lui répondis-je, j'aurai le plaisir de vous V conduire. - Et en effet je m'y rendis avec toute la petite société. Je fus alors témoin d'un spectacle fort amusant. Tous mouraient de soif, et c'était à qui boirait le premier. Celui ou celle qui parvenait à s'emparer de la place se hàtail de présenter sa main à la fontaine, pour y recevoir de l'eau, dont aussitôt une partie était bue et l'autre répandue sur les vêtements. Le buveur en jetait au visage de celui qui voulait le déranger: celui-ci glissait et mettait son pied au milieu du petit réservoir; celle là y laissait tremper la garniture de sa robe. Et puis, c'étaient des éclats de rire et des sauts de joie.

Au milieu de toute cette gaieté, je m'avançai, et tirant de ma poche un petit meuble que j'ai coutnme de porter à la campagne: u Tenez, mes enfants, leur dis-je, voici, quoi qu'en pense Diogène. qui est plus commode pour boire que le creux de la main. — Oh I la singulière tasse, dit une jeune fille; de quoi donc estelle faite? — C'est, repris-je, la moitié d'une noix de Coco. .. Aussitôt la curiosité ayant fait cesser le 9^^^^' tumulte qui avait lieu un moment avant, je nt€^^^■ entouré par toute la famille, et comme mon airç^m-' posait apparemment à aucune de ces jeunes pe|bOii-

nés, on me demanda familièrement d'expliquer ce que c'était qu'une noix de Coco. Vous savez, mes cliers lecteurs, que je ne me fais pas prier en pareil cas. Je pris donc la parole, au milieu de mon aimable auditoire, comme si nous eussions été' d'anciennes connaissances.

" Le Coco, dis-je, est ie fruit d'un grand arbre, nommé Cocotier, qui croît naturellement dans les Indes, en Afrique et en Amérique. Cet arbre appartient à la famille des palmiers. Son tronc nud s'élève jusqu'à soixante pieds de hauteur, et il est couronné par un faisceau de dix à douze grandes feuilles, qui ont de dix à quinze pieds de longueur, sur trois ou quatre de largeur. Au centre d'où partent ces feuilles, on voit un bourgeon droit, pointu et tendre, qu'on nomme le chou et qui est très bon à manger, mais qu'on ne peut pas cou])er sans risquer de faire périr l'arbre. Les fleurs poussent à la base des feuilles inférieures, et sont d'une couleur jaunâtre. A ces fleurs succède un fruit qui est la noix de Coco, et qui a quelquefois la grosseur d'une tète d'iioniuie. Ce fruit est lisse à l'extérieur, et contient une amande à chair blanche et ferme comme celle de la noisette, dont elle a un peu le goût. Lorsque le Coco est à moitié mûr, cette amande est entourée d'une eau claire, odorante fl dont la saveur est fort agréable. Quelquefois un fruit en fournit jusqu'à trois ou quatre livres. Quand l'amande est miire, elle n'en contient plus qu'une petite quantité dans le milieu. Elle devient alors un aliment aussi sain que savoureux, et qui est très précieux pour les habitants des pays où croît le Cocotier. On extrait aussi de cette amande une très bonne huile, qui est presque exclusivement en usage dans 1rs Indes.

" Ces services ne sont pas les seuls que rende le Cocotier. Lorsqu'à une certaine époque, on fait une coupure à l'endroit où poussent les fleurs, il en découle une liqueur qu'on recueille dans des vases, et qui, lorsqu'elle est fraîche, est une excellente boisson, à laquelle on donne le nom de vin de palmier. Cette liqueur fournit un sucre grossier qui est employé à faire des confitures; et en la distillant, on en retire une assez bonne eau-de-vie.

<i Ce n'est pas tout encore : la coque cpii enveloppe l'amande du Coco est très dure; on la polit et on en fabrique un {;rand nombre de petits meubles fort agréables. En la coupant seulement en deux moitiés, on en fait des vases comme celui que vous voyez.

Il Cette coque est revêtue d'une écorce extérieure garnie de filaments, qu'on emploie au,\ mêmes usages (jue le chanvre, et qui a l'avantage de ue pas pourrir aussi vite. Les feuilles ne sont pas moins utiles; on s'en sert pour écrire, au lieu de papier, pour couvrir U's Miai>;ons, ati lieu de tuiles ou de cliaume, pour

faire des nattes, des ])aniers et d'autres ustenciles. Enfin, le bois de Cocotier, qui est très dur, est employé à faire un grand nombre d'objets d'utilité domestique.

«Ainsi, mes enfants, vous voyez qu'aucune des parties de cet arbre n'est perdue pour l'homme. Il rend, à lui seul, une multitude de services divers, et il est un don bien précieux pour les contrées dans lesquelles la sagesse de la providence l'a placé. "

On m'avait écouté avec beaucoup d'attention ; mais aussitôt que j'eus fini, il fallut que ma tasse de Coco passât dans les mains de tous mes auditeurs, et plusieurs voulurent s'en servir pour boire à la jolie source.

CORIIESPONDANCE.

RÉPONSES Ai:X DERMÈni;s QUESTIONS DU BON GÉNIE.

Je n'avais encore reçu , en réponse à aucune de mes questions, un aussi grand nombre de lettres parfaitement satisfaisantes, que cette fois-ci. Il en est au moins quinze que je pourrais imprimer en entier, si l'espace me le permettait; mais je me trouve à regret réduit à choisir, dans ce nombre, celles qui méritent le premier rang. Afin que les plus jeunes de mes abonnés ne soient point découragés par la supériorité de ceux et de celles qui doivent naturellement être plus avancés, j ai partagé ces lettres en deux classes; j'ai mis dans la première, celles qui annoncent une raison plus développée, et dans la seconde, celles qui ont un caractère plus enfantin et sont, en effet, l'ouvrage d'enfants plus jeunes. J'en imprimerai trois des premières et trois des secondes.

Les questions c[ue j'avais proposées, dans mon numéro du 24 juillet dernier, étaient celles-ci:

Qu'est-ce que la fermeté? — Qu'est-ce que l'obslination? — Quelle est la différence entre l'une et l'autre?

Voici les trois réponses qui m'ont paru mériter la préférence, parmi celles de* mes correspondants les plus avancés. Elles sont de Mesdemoiselles Félicie M , Cliarlolte D...., et Matliilde Q

iiMon bon Génie, la ferm-lé est une vertu qui nous fait supporter de grands malheurs avec courage, et nous fait tenir et exécuter les résolutions que notre conscience approuve, malgré tout ce qui pourrait y apporter obstacle.

H Vobstinalion est un (h'I'aul qui nous fait persister avec entêtement dans notre volonté, malgré tous les avis et toutes les bonnes raisons, et malgré nousmêmes quelquefois, quand nous sentons que nous avons tort sans vouloir l'avouer, ce qui est une fausseté. , 11

« Elles diffèrent en ce que la /c^)^c^• s emploie dans les grandes et belles choses et dans celles où la complaisance serait une faute, et que Vohitinalion, au

contraire, n'est l'effet que de l'amour-propre. J'ai entendu dire que les personnes d'un caractère ferme étaient presque toujours douces et complaisantes, et que celles qui étaient obstinées savaient rarement prendre une bonne résolution et la suivre, dans les occasions importantes.

u FÉLiciE M.... (aux Forges de Syam). n

«Mon bon Génie, la fermeté est une qualité de l'ame ; l'obstination est un défaut dans le caractère. Cette dernière est souvent voisine de l'autre; aussi les confond-on quelquefois. On peut mettre de la fermeté, ainsi que de l'obstination, dans ses discours et dans ses actions. Mettre de la fermeté dans ses discours, c'est soutenir une opinion que l'on a jugée juste après une mûre réflexion. L'homme ferme dans ses actions est celui qui ne se laisse décourager par rien, quand il s'est assuré que son entreprise est juste et faisable. Après la retraite des Romains dans le Capitole, lorsque ces derniers étaient près de conclure un traité honteux avec Brennus, chef des Gaulois, Camille donna un grand exemple de fermeté en rendant aux Romains l'or qui était déjà sur la balance pour être livré h Rrennus, et en renouvellant ainsi la guerre avec les Gaulois.

« Il y a de l'obstination à défendre une proposition que l'on a avancée d'abord légèrement, et à laquelle on ne veut pas renoncer ensuite par amour-propre. Celui qui, dans une action témérairement entreprise, ne persévère que pour éviter la honte d'y avoir renonce, a aussi de l'obstination. On peut citer pour exemple le jeune Spartiate qui, ayant volé un petit renard, le cacha dans son sein, et se laissa déchirer plutôt que de faire découvrir son larcin.

u Charlotte D.... "

""Mon bon Génie, la fermeté est cette force d'esprit qui nous fait supporter avec courage la douleur et l'adversité, et nous fait persévérer avec constance dans les résolutions que nous avons prises.

« L'obstination fait que nous nous attachons avec opiniâtreté à nos opinions et à notre volonté, quelque opposées qu'elles puissent être, d'ailleurs, à la vertu et à la raison.

K L'une est une qualité de l'ame ; l'autre , un défaut du caractère. L'n père a de la fermeté, lorsqu'ayant infligé une punition sévère à son fils pour une faute grave, il ne se laisse toucher ni par ses prières, ni par ses larmes. Un enfant est obstiné, lorsqu'il résiste aux ordres de ses parents, et que ni les représentations, ni les reproches ne peuvent le faire renoncer à sa ■ volonté. " Mathii.de Q , (à Marseille). »

Les trois lettres qu'on va lire maintenant sont celles que j'ai cru devoir choisir entre les réponses de mes plus jeunes abonnés ; elles sont de MM. François Gtiizot, Fortuné Boucatilt et de M"' Lucie de P.....

"Mon bon Génie, la fermeté est, lorsqu'on veut vous entraîner dans une faute, de répondre avec rorce aux mauvaises raisons que vos camarades t.ichent de tourner en bonnes pour vous eutrainer, que puisqu'on l'a défendu on ne le fera pas. La fermeté est, lorsqu'on est dans une position dangereuse, et quon vous propose de vous en tirer, à condition quon livrera au méiue danger que celui où l'on est ses parents ou ses amis, de ne vouloir pas. Lorsqu'on s est laissé entraîner par de mauvais camarades à

i:nre une vilaine chose, la fermeté est alors d'aller tout avouer à son père ou à sa mère, de ne pas se laisser entraîner à quelque grande sottise, et de ne point craindre la punition qu'on pourra vous infliger; et ainsi on se fait autant d'honneur qu'on se ferait de déshonneur en s'unissant à de mauvais sujets. Lorsque des supérieurs vous ordonnent des choses injustes, la fermeté est d'y résister.

.1 L'obstination consiste, quand on vous donne de i)iinnes raisons pour faire une chose, à résister, eu tâchant, par de petits détours, de faire croire qu'on a raison; car dans ToLstination on ne va jamais franchement. Quand on vous donne des ordres justes, l'obstination est de dire qu'ils sont injustes, de prendre de l'humeur, de grogner; et ainsi l'obstination conduit souvent à la désobéissance. Quand on vous lionne des avis que, si l'on examinait sa conscience, un trouverait raisonnables, mais qu'on ne veut pas trouvertels, de ne vouloir pas les suivre, de dire qu'ils ne sont pas bons, et de répondre impertinemment.

« La fermeté diffère de l'obstination ; car la fermeté consiste à ne pas faire de fautes, au lieu que l'obstination consiste à résister aux bons avis, et mène ainsi aux fautes. " François Gvizot. "

.1 Mon bon Génie, il me semble que la fermeté est fondée sur le raisonnement. Nous voulons une chose et nous ne cédons pas, parce que nous l'avons raisonnée. L'obstination n'a point de raisonnement; nous voulons une chose sans savoir pourquoi nous la voulons, on sans y avoir réfléchi. J'ai cru remarquer un trait de fermeté et un d'obstination en lisant l'histoire grecque. Les Athéniens, renfermés dans le détroit de Salamine, étaient commandés pas plusieurs généraux: les uns voulaient aller au-devant de l'armée' ennemie ; les autres s'y opposaient. Mais Thémistocle opina pour rester dans le détroit, parce que, disait-il, la flotte persanne, étant plus considérable' ne pourrait pas manoeuvrer dans le détroit, tandis qu'en pleine mer, les ennemis, étant plus nombreux auraient eu plus d'avantage. '

« Eurybiade, le plus obstiné des généraux, s'avance vers Thémistocle , le bâton levé: «Frappe, mais écoute 1 II lui dit Thémistocle avec sang-froid. '

"Eurybiade, déconcerté de tant de fermeté se rendit à son avis ; et de cet acte de fermeté , résulta le salut des Athéniens. La fermeté nous préserve de bien des maux, tandis que l'obstination nous entraine dans des malheurs qui causent notre perte et souvent notre déshonneur.

« Fortuné Bolcaclt (à Privas), .i ..Mon bon Génie, je crois que la fermeté est une vertu qui empêche le mal, et l'obstination empêche le bien. J'ai une amie qui me permet de causer avec elle, et veut me corriger de mes défauts, pour ave je devienne bonne et aimable. Quand elle a décidé quelque chose, il faut que cela se fasse; et lorsqu'elle a fait une défense, il n'v a plus moyen d'y penser. Quand j'étais plus petite, je ne cédais jamais, même quand j'avais tort. Mon amie a de la fermeté; moi, j'avais de l'obstination.

«Mon bon Génie, je vous remercie d'avoir mis dans votre joli journal le nom d'une petite fille comme moi. « Lucie de P.... ( à Follembray). „ J«î vais maintenant extraire quelques fragments des

autres lettres que je regrette de ne pouvoir imprimer. Les voici :

crLa fermeté est une qualité qui nous est utile dans toutes les circonstances de la vie, et que, depuis le pauvre jusqu'au roi, chacun doit chercher à acquérir. L'obstination est un défaut qui nous rend désaf;réaliles à tous ceux qui nous entourent, et qui est presque toujours la preuve de la présomption et de l'ignorance." (M"° Blanche R....).

" Régulus montra une grande fermeté, en revenant à Oarthage, malgré la mort qu'il savait lui être préparée. L'enfant qui voulait avoir la lune qu'il voyait dans un sceau d'eau, malgré les représentations de ses parents, était bien obstiné.» (M"' Clémence de F.... , à Villebadin.)

" La fermeté est une bonne qiuilité qui vient de l'ame, et l'obstination est un défaut qui vient de l'ainour-prnpre. >> (M"° Firginie G )

" Nous devons, avec le plus grand soin, nous garantir de fobstination qui ne mène qu'à nous faire mépriser de nos amis, et à nous faire oublier le respect que nous devons à nos parents et à nos maîtres: nous avons besoin de fermeté, pour toujours suivre les bons conseils qu'ils nous donnent, et ne jamais nous écarter de nos devoirs, n. (M"' Laure D. ..., h Heaune.)

11 Exemple de fermeté: Louis XVIII, étant en émigration, reçut une lettre de Napoléon qui lui demandait de transiger avec lui pour la possession de la France. Quoiqu'ayant à craindre la vengeance d'un ennemi puissant à la tête d'une armée victorieuse, il répondit avec fermeté qu'il ne voulait pas abandonner la France, qu'il aimait mieux demeurer en exil , et pouvoir dire, à l'exemple de son aïeul Françoi: I" : Nous avons tout perdu, fors l'honneui .n (M"° Augusta de V , à Vendeuvre. )

11 La différence qui existe entre la fermeté et l'obstination, c'est que l'une marche avec la raison, et l'autre sans la raison. » ( M"' Adèle D )

11 La fermeté est la force d'une ame noble.... La fermeté prend sa source dans la véritable grandeur d'ame, et dans le sentiment intime de ses devoirs; tandis que l'obstination la prend dans une vanité puérile. " (M"' Élise i...., à Châtillon-snr-Seine.)

<i L'obstination est une preuve d'orgueil et d'égoisme. 1) (M. Gonzalve de logent, à Rouvres.)

Il La fermeté consiste à savoir résister avec force à tout ce qui est injuste. " (M. Emile Gautier, à La Rochelle. )

"La fermeté est raisonnable, et l'obstination est déraisonnable.» (M"" Cécile de P...., à Follembray.)

11 Une fois qu'Alcibiade était à jouer aux osselets , lui charretier vint et lui dit de se déranger ; mais Alcibiade, au lieu de le faire, se coucha devant la roue, et dit ; Passe si tu l'oses ! C'était de l'obstination. (M. Ferdinand de Mézy.)

u L'obstination résiste à la raison.» (M. Louis Mennessier, à Metz. )

Il L'obstination est une persévérance dans le mal, qui dénote peu de jugement. » (M"' Maria J. B. L.)

« La fermeté est mie q^ualite qui fait qu'on tient ferme dans les occasions fâcheuses, quand on a jugé que ce qu'on veut faire est bon et du devoir » (M"' Aimée de R... , à Coin-sur-Seille.)

Les lettres de ceux de mes correspondants et correspondantes dont les noms suivent m'ont paru mériter d'être distinguées et mentionnées :

M"' Sophie Ch.... ; M"' Erncstine P... , à Montataire; M"° Syda de A'... ; M. Maurice de Faines; M"° Caliste B...] à Mortefontaine; M"= Hortense;M. Georges Dubois, à Périgueiix; M"' Delphine F...., à Vienne: M"' Antoinette R. d. l. M., à Marseille; M"" Albertine B...., à .Moulins; M^° Euphémie de M...., à Osmond; M. Jules Guérin; M"" Caroline L ; M"' Jcnny M...., à Bordeaux ; M. Ernest Boudet; M"' Emma de F... , a Villebadin; M. Ainbroise Beanchef, à la Flèche.

J'ai encore là d'autres lettres dans lesquelles il y a de jolies choses; mais ceux et celles qui les ont écrites n'ont pas également bien saisi toutes les parties de la question, ainsi qu'ils le reconnaîtront en lisant ce numéro. Il en est même qui ont compris que je demandais quelle différence il y a entre la fermeté et la fierté. Cette petite erreur ne m'empêchera pas d'adresser à l'une d'elles de sincères et affectueux remerciements, pour avoir pensé à moi dans une grave et touchante occasion. J'ai eu le regret enfin de perdre cette fois quelques lettres qui ont été, m'a-t-on dit, refusées au bureau, parce qu'en les adressant on avait négligé de suivre un petit avis que j'ai été forcé de donner il y a quelque temps. Je désire bien qu'on ne m'expose pas à cette perte une autre fois.

Je m'arrête, mes chers enfants, et il en est tcmpj. J'ai la tête cassée par l'examen consciencieux que je viens de faire de cette nombreuse correspondance. Ne me plaignez pas trop cependant, et soyez bien convaincus que c'est une occupation qui a pour moi beaucoup de charme ; car il m'est bien doux de m'occuper de vous.

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