‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 88 sur 136 · LA LUNE · texte numérisé non relu

LA LUNE

Une de mes jeunes abonnées m'a écrit tout e.xpres pour m'adresser une question assez singulière ; elle me demande si je pense que la Lune soit habitée.

La plupart d'entie vous, mes jeunes amis, ont appris déjà très probablement quelque chose de ce que je vais leur dire. La Lune est un corps sphérique, opaque, qui reçoit sa lumière du soleil, et la réfléchit vers la terre. C'est n tort qu'on donne quelquefois à ce corps le nom de planète. Ce nom n'appartient qu'aux corps qui tournent immédiatement autour du soleil , et parmi lesquels figure la Terre. (Quelques unes dé ces planètes entraînent, dans leur révolution autour du Soleil, un ou plusieurs autres corps qui tournent en même temps autour d'elles. On donne, à ces corps tournant autour d'une planète, le nom de mteltites. La Lune n'est autre chose qu'un satellite de la Terre. Tandis que la Terre fait, dans l'espace d'une année, sa révolution autour du Soleil , elle entraîne avec elle la Lune qui tourne en même temps autour de notre globe, et fait une de ses révolutions dans lespace de vingt-huit jours. Les astronomes sont parvenus à calculer exactement la grosseur du Soleil, des planètes, de la Lune, et les distances qui séparent ces corps les uns des autres, .\insi, on sait que le Soleil

est un million 333 mille fois plus gros que la Terre, et que la Terre est éloignée de cet astre de plus de 33 millions de lieues. On sait de même que la Lune est environ 5o fois plus petite que la Terre, et qu'elle en est éloignée de 85,324 lieues. Au moyen de ces connaissances, on calcule le retour des saisons, et on établit avec exactitude la division des années et des mois. Mais de savoir si la Lune est habitée, soit par des créatures semblables a nous, soit par des êtres différents, ceci est une autre affaire. Il n'est en notre pouvoir aucun moyen d'avoir à cet égard une certitude. Autant qu'on en peut juger, d'après ce que l'imperfection de nos télescopes nous permet d'observer, la Lune ressemble assez à un corps qui aurait subi l'action du feu. On croit y apercevoir des sommets élevés et des abîmes profonds. On avait cru y voir brûler des volcans ; puis d'autres observations ont fait penser qu'on s'était trompé. On avait cru y distinguer aussi des continents et des mers, et ensuite il a paru que c'était une erreur. Quant à moi, qui ne suis pas un astronome, lorsque j'ai examiné la Lune avec le grand télescope de l'Observatoire, il m'a semblé voir un énorme morceau de mâchefer sortant d'un four^ neau, et j'avoue que j'aurais eu peine à croire qu'uit corps de cette apparence pût être habité. Je me ga^ derais bien toiUefois de prononcer que non: car je. ^

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n ai pas une assez haute opinion de mes sens, ni de ma raison, pour porter un jugement de si loin.

Quant aux autres planètes, il est vrai de dire que celles qu'on distingue le mieux, ont l'apparence d'être plus habitables que la Lune. Cependant vous comprendrez sans peine qu'on ne peut faire à ce sujet que des suppositions, tirées de '. ressemblance de ces corps avec notre globe. Mais comme on risque toujours beaucoup de se tromper, en faisant des suppositions qu'on n'a aucun moyen de vérifier, il me semble plus sage de s'en abstenir, et de suivre en ceci le conseil que donnait M. de Sinville à son fds Roland', dont je vous ai raconté l'histoire.

Et d'ailleurs, mes enfants, voyez donc jusqu'où nous entraîneraient nos vagues suppositions : toutes ces innombrables étoiles qui brillent au-dessus de nos têtes dans une belle nuit, et tant d'autres qui échappent à nos regards, à cause de l'immensité de leur éloignement et de la faiblesse de notre vue; tous ces astres scintillants sont autant de soleils, dont on ne peut calculer la distance, et qui ont probablement, comme le nôtre, des pUncto. tournant ^.uour d'eux. Tous ces mondes sont-ils donc habités? Cela se peut ; mais le plus savant ne saurait avec certitude répondre: Oui. La seule idée certaine que notre raison puisse saisir au milieu de ces mystères, c'est l'idée de la grandeur infinie et de la toute-puissance du Dieu qui a créé l'univers. Prosternons-nous devant lui avec admiration et reconnaissance, et ne cherchons point à pénétrer les secrets qu'il a cachés hors des limites de notre intelligence.

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