‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 94 sur 136 · LE JEUNE GOFFIN · texte numérisé non relu

LE JEUNE GOFFIN

J'ai depuis long-temps le projet de consacrer quelques articles, dans ce Journal, à faire connaître à mes lecteurs différents traits honorables et actes héroïques par lesquels des enfants se sont rendus célèbres. Je vais commencer aujourd'hui, et je choisis à dessein mon personnage dans une classe obscure, où le courage et le dévouement sont d'autant plus fpritoires, qu'ils ne sont soutenus par aucune espérance de gloire, par aucun désir ambitieux.

Quelques uns de mes lecteurs ont peut-être entendu raconter déjà l'événement arrivé, il y a quatorze ans, dans les mines de houille de Beaujon , et qui a illustré le nom d'Hubert Goffin ; mais ils ignorent probablement qi*e cet homme courageux avait un fils qui donna, dans cette occasion, un exemple non moins étonnant de fermeté, de dévouement et de présence d'esprit.

Une partie des mines ayant été envahie par les eaux, le passage se trouva fermé à plus de soixante ouvriers qui travaillaient dans une galerie souterraine. Ces malheureux, ne pouvant plus sortir de la mine, y eussent infailliblement péri, sans le courage d'un homme aussi habile que généreux. Hubert Goffin, mineur très expérimenté, était hors de la mine, lorsqu'on s'aperçut de l'inondation. 11 calcule qu'il lui est encore possible de descendre et d'aller rejoindre les ouvriers menacés, u Moi seul , dit- il, je puis les sauver; seul je connais assez bien l'intérieur des mines, pour diriger leurs travaux afin de se faire jour quelque part. Il n'y a pas à hésiter, je vais les sauver

I ou périr avec eux.,, Le jeune Goffin, âgé de treize ans, a entendu les paroles de son père, et s'écrie: uPère je ne vous qi.itte pas, je descends avec vous.,. On les descend tous deux par un puits. A peine sont-ils dans Ja mine, qu'un nouveau progrès de l'inondation leur ferme tout retour. Ils arrivent auprès des ouvriers ensevelis, et les trouvent dans le désespoir. Hubert Goffin et son fils les raniment, leur indiquent le lieu ou il faut travailler pour tâcher de s'ouvrir une issue en perçant le flanc de la montagne. On travaille d'abord avec ardeur. Douze, vingt-quatre, trente-six heures s'écoulent ; aucun résultat ne se laisse entrevoir. On n'a plus de nourriture, l'air commence à se corrompre; on ne peut respirer qu'à peine, et bientôt la dernière lampe s'éteint.... (,)uelle situation ! Le découragement s'empare de ces infortunés; ils vont jusqu'à murmurer contre celui qui est venu pour les sauver. Goffin lui-même vient de tomber épuisé de fatigue et de besoin. Intrépide et conservant toute sa force et son sang-froid, le jeune Goffin saisit le bras de son père dans l'obscurité, tâte son pouls, et s'écrie: » Courage! père; il bat encore bien fort. » Cette parole héroïque sortant de labouchedeson fils ranime Hubert; il se relève, reprend le pic, et frappe de nouveau le rocher.... Quel moment ! un bruit sourd se fait entendre à l'extérieur; d'auti'es coups répondent à ceux du pic de Goffin. A cette lueur d'espoir, tous ceux qui conservent un reste de force se remettent à l'ouvrage. Bientôt il n'y a plus de doute; on travaille en dehors; le bruit approche.... Enfin on entend des voix, et un rayon de lumière pénètre dans le gouffre, où il vient éclairer une scène que je n'essaierai pas de décrire. Personne encore n'avait péri. Lorsqu'on eut exhumé, avec de grandes précautions, tous ces infortunés, Hubert Goffin et son fils furent portés comme en triomphe au sein de leur famille, et bientôt ce courageux enfant eut la joie d'attacher sur la poitrine de son père une croix d'honneur bien noblement acquise.

CORRESPONDANCE

J'ai reçu encore plusieurs souscriptions pour les incendiés de Salins. Je ne puis, ni ne dois, imprimer toutes les lettres touchantes dont elles sont accompagnées ; mais je ne saurais résister au désir de faire connaître à mes lectein's au moins encore la suivante :

"Mon bon Génie, dans votre numéro du 28 novembre 1824, vous nous avez soufflé à l'oreille qu'après l'honneur de le donner soi-même, rien n'était plus honorable que de savoir suivre un bon exemple. J'imite celui de ma cousine N... M..., dont vous avez inséré la lettre dans votre Journal de dimanche dernier, et je vous envoie mes épargnes et celles de ma sœur pour les incendiés de Salins. Je voudrais que tout le monde se dépêchât de leur donner plus qu'ils n'ont perdu, pour qu'ils oubliassent bien vite leur malheur.

u Adieu, mon bon Génie, soyez toujours notre ami. Je suis bien aise d'être petite, parce que je serai pins long-temps votre alionnéc. A... ^\ ■••"

IviPiiiMiitiiE DE JULES DIDOT AINt, iMPniMEUB du uoi , rue du Pom-dc-LuUi, n" 0.

UE, it^sEPTEMBEElSaS.

Le prix de l'aboiinenieni est , pour Paris , Uc 2 2 francs par an , et de 12 francs pour six mois. Pour les départements, de 24 fr.mcs par au > 't i3 francs pour six mois.

ir ANNÉE. N<> 21.

Bureau de l'abouncmeut.

chez Louis Colas, -libraire, rue Dauphine , n'* Si; et chez les principaux libraire?

et directeurs des postes des dépariements.

^ià'^

LES COQLJILLAGES.

Lorsque j'ai commence ce journal, il m'est arrivé plus d'une fois d'être embarrassé pour le choix des sujets que je traiterais d'abord. Maintenant je suis àpeu-près délivré de cet embarras, au moyen des questions qui me sont adressées par mes lecteurs, et qui me déterminent tout naturellement à adopter le sujet qu'elles m'indiqvient. Ainsi plusieurs jeunes personnes, auxquelles on a fait présent de belles coquilles recueillies sur le bord de la mer, m'ont prié de parler des coquillages, et c'est ce que je vais faire aujourd'hui.

On dorme le nom de mollusques à une classe d'animaux dont le corps présente l'aspect d'une masse molle, gluante, de formes diverses, quelquefois pourvue de pieds qui lui servent à se traîner, plus ordinairement rampant sur le ventre. Une partie des animaux de cette classe portent avec eux une enveloppe pierreuse qu'on nomme coquille, et ceux-là sont appelés mollusqws testacés. On entend, par le mot coquillage, la coquille et l'animal vivant qui l'habite.

De ces animaux, les uns vivent dans la mer, les autres dans les eaux douces, et d'autres enfin rampent sur la terre.

Lorsque le petit mollusque testacé sort de son œuf, sa coquille est déjà formée, mais elle est encore molle

et sans consistance. Bientôt elle se raffermit, et elle s'accroit par des couches qui se forment intérieurement, à mesure que l'animal grossit. Il y adhère par une partie de son corps, la traîne par-tout avec lui. et s'y renferme comme dans sa maison, quand cela lui plait ou quand un danger le menace.

Les coquilles sont ou formées d'une seule pièce et s'appellent alors coquilles univalves; ou bien de deux pièces réunies par une sorte de charnière, et s'ouvrant ou se fermant comme une boîte, au gré de l'animal; ces dernières portent le nom de coquilles bivalves. Les unes et les autres présentent une multitude d'aspects divers, depuis la coquille peu élégante de Ihiûtre, jusquà cette belle coquille qui imite la forme d'une harpe dont elle porte le nom.

Il est quelques mollusques qui , dans le cours de leur vie, se détachent de leur coquille, l'abandonnent, et s'en forment une nouvelle. Il en est d'autres qui s'attachent à un rocher, et y demeurent fixés pour toute leur vie sans changer de place. Telles sont les huîtres qui s'amoncèlent ainsi dans le même lieu par quantités innombrables, et finissent par former ellesmêmes une masse énorme, une sorte de rocher.

La bouche des mollusques est ordinairement petite. Quelquefois, dans ceux qui vivent sur terre, elle est armée d'osselets, qui peuvent être appelés dents, et

qui sont propres à couper l'herbe (Jont ranimai se nourrit. Chez d'autres, elle est pourvue d'une trompe, qui s'allonge et se retire, et avec laquelle le mollusque peut sucer de loin les petits animaux qui lui servent d'aliments.

Les mollusques à coquille bivalve ont la faculté d'ouvrir et de refermer à volonté leur coquille. Ils l'ouvrent pour saisir leur proie qui s'y trouve prise comme dans un piège, et ils la referment aussitôt. Quand elle est fermée, les deux valves adhèrent avec une force singulière.

Les coquilles sont souvent parées de couleurs brillantes et variées qui contribuent, avec leurs formes ou élégantes ou bizarres, à exciter la surprise et l'admiration. Il en est qu'on emploie, telles qu'on les trouve, à faire divers ornements, des boîtes, des tabatières et même des colliers, des parures de femme. Mais ce n'est pas là le parti le plus important que l'on tire des coquilles; ce sont elles qui fournissent deux matières très précieuses, dont l'une sur-tout est d'un grand prix, la nacre et les perles.

La nacre est cette matière blanche, brillante, à reflets moirés, que les tabletiers emploient à faire une multitude de petits meubles brillants, non moins agréables par leur éclat que par les formes élégantes que le goût des artistes leur donne. Cette matière constitue l'intérieur de beaucoup de coquilles, mais dans le plus grand nombre, elle n'est pas assez épaisse pour qu'on puisse l'en retirer et la travailler. C'est particulièrement la coquille nommée avicule pcriière, qui la fournit en plus grande quantité et d'une qualité supérieure. Cette coquille a souvent un demipied de diamètre et jusqu'à deux pouces d'épaisseur. La nacre qu'on en retire est celle qui porte le nom de nacre de perle.

C'est dans cette même coquille qu'on trouve aussi les plus belles perles, qui ne sont elles-mêmes qu'iuie nacre isolée et plus pure. Comme il est très rare d'en rencontrer de grosses et d'une forme bien arrondie, celles-ci sont fort recherchées et d'un prix quelquefois excessif.

Les perles, sans doute, sont de très belles et très agréables parures; mais peut-être aurait-on moins de plaisir à les porter, si l'on songeait à la malheureuse condition des hommes que la cupidité de leurs maîtres consacre, dès leur bas âge, dans plusieurs endroits de l'Inde, au dangereux métier de la pêche des perles. C'est sur-tout dans le golfe Persique, aux environs de Ceylan, et sur les côtes du Japon, que cette pêche se fait encore, quoiqu'elle soit aujourd'hui beaucoup moins en faveur qu'autrefois. Pour avoir les avictdes, qui sont attachées aux rochers au fond de la mer, des plongeurs stylés pour ce seul objet, y descendent dans une corbeille lestée d'une pierre, et lors-

qu'ils ont détaché une certaine quantité de coquilles, ou qu'ils ne peuvent plus se passer d'air, ils font trémousser les cordes qui les tiennent suspendus, et on les tire en haut. Ils ne peuvent guère travailler au fond de la mer qu'un demi-quart d'heure, et c'est un des métiers les plus pénibles qu'on puisse imaginer.

Lorsque les coquilles sont tirées de l'eau, on les étend au soleil, où elles ne tardent pas à s'ouvrir et à permettre la recherche des perles qu'elles peuvent contenir. La quantité de coquilles qu'on retire ainsi de la mer est si considérable, que l'infection qu'elles répandent est meurtrière pour les ouvriers et pour les habitants à une certaine distance du rivage.

Voilà, mes amis, ce que j'avais à vous dire aujourd'hui sur les coquillages. Cela me conduira à vous parler bientôt d'une autre espèce d'animaux fort singuliers qu'on nomme polypes, et auxquels on doit une matière aussi fort estimée, cjui est le corail.

MOTS A L'OREILLE

(| Il n'est pas de satisfaction pure et vraie pour celui qui a une faute à se reprocher.

(| Après le bonheur de n'avoir aucun reproche à se faire , il n'en est pas de plus grand que celui de pouvoir se dire : Je viens de réparer ma faute.

(| Il n'est pas, au sein du malheur, de meilleure consolation cjue celle qu'on trouve clans sa propre conscience.

Page 1