LES DEUX POUPEES ET POLICHINELLE
Chef-d'œuvres ensemble sortis Des doigts industrieux d'un berger d'Allemagne,
Une poupée et sa compagne Arrivèrent un jour toutes deux à Paris. Après avoir été quelque temps suspendue
Dans \m magasin élégant.
Chacune à son tour fut vendue
Et fit le bonheur d'une enfant;
Mais à dater de ce moment,
Elles se perdirent de vue.
Plus d'un an vint à s'écouler.
Sans que ces anciennes amies Jamais l'une de l'autre entendissent parler.
Voilà qu'un jour, aux Tuileries,
Sur un banc , non loin du bassni ,
Elles se rencontrent soudain.
Tandis que leurs jeunes maîtresses.
Le cerceau, la corde à la main.
S'amusaient comme des princesses.
Vous concevez leur joie et leur étonnement.
L'une était mise simplement ; Petit bonnet uni , robe sans garniture :
L'autre, vêtue élégamment.
Étalait fort complaisamment Ses plumes, son chapeau, sa brillante parure.
Et prenait un air important.
.1 Ma chère soeur, dit la première ,
Que je suis aise de vous voir!
J'en avais perdu tout espoir, ^lais je vous conservais une amitié sincère. Vous paraissez heureuse, et je m'en réjouis.
Dieu ! comme vous voilà bien mise !
Contez-moi votre sort, vos plaisirs, vos ennuis: Quel nom vous donne-t-on?— Je me nomme Artémise, Ma chère, et de mon sort je n'ai qu'à me louer.
Ma jeune maîtresse est charmante ; Nous passons notre temps fort gaîment à jouer, A danser, à courir, et je suis très contente.
Jamais nul travail ennuyeux
Ne vient interrompre nos jeux ; Car la parure seule est l'affaire importante Qui par fois nous dérobe un temps si précieux. Et vous, ma sœur? — Oh! moi, ma vie est différente.
Mais mon sort n'est pas moins heureux.
Ma maîtresse est aimable, et bonne, et bienfaisante;
Son goût, c'est la simplicité;
Aussi , je m'appelle Marie ,
Je suis mise avec propreté.
Mais toujours avec modestie.
Nous jouons quelquefois; cependant chaque jour Un utile travail nous occupe à son tour; Nous apprenons l'histoire et la géographie,
Nous écrivons et nous lisons ,
Puis nous brodons et nous cousons ; Enfin, le soir, je vois ma maîtresse ravie, Quand nous avons pu faire une bonne action. "
L'autre allait répliquer, lorsqu'un Polichinelle, Appuyé sur sa bosse et frappant du talon , Se mit à chanter sur ce ton :
« Mademoiselle, et vous, Mademoiselle.
L'une de vous est une Péronnelle;
Savez- vous laquelle?
L'autre est gentille et bonne demoiselle; Savez -vous laquelle?
C'est celle Qui n'est pas une Péronnelle.
Qui l'a dit? C'est Polichinelle.
Et vous, là-bas , jeunesse sans cervelle , Écoutez bien ma ritournelle:
La voici , la voici :
« On en saurait souvent de belles « Sur le compte des demoiselles, « Si leur poupée avait ainsi « Le don de parler d'elles. "
iMpniMERiE DE .HXES DIDOT AINK, niiRiMECR du noi , rue du l'oul-clc-l.odi
Dimanche, 2.'» SEP
[,e prix de rabonncniem est. pour Paris, de 22 francs par an , ei de 1 ^ francs pour six mois. Pour les deporiemems, de 24 francs par an , et i3 francs pour sU mois.
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Durcau çlc rabonnciui'nt, chez Louis Colas, libraire, rue Dauphinc , n** ^2; et chez les priocii>aiis libraires cl directeurs des posles des déparicnienis-
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