‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 96 sur 136 · LES DEUX POUPEES ET POLICHINELLE · texte numérisé non relu

LES DEUX POUPEES ET POLICHINELLE

Chef-d'œuvres ensemble sortis Des doigts industrieux d'un berger d'Allemagne,

Une poupée et sa compagne Arrivèrent un jour toutes deux à Paris. Après avoir été quelque temps suspendue

Dans \m magasin élégant.

Chacune à son tour fut vendue

Et fit le bonheur d'une enfant;

Mais à dater de ce moment,

Elles se perdirent de vue.

Plus d'un an vint à s'écouler.

Sans que ces anciennes amies Jamais l'une de l'autre entendissent parler.

Voilà qu'un jour, aux Tuileries,

Sur un banc , non loin du bassni ,

Elles se rencontrent soudain.

Tandis que leurs jeunes maîtresses.

Le cerceau, la corde à la main.

S'amusaient comme des princesses.

Vous concevez leur joie et leur étonnement.

L'une était mise simplement ; Petit bonnet uni , robe sans garniture :

L'autre, vêtue élégamment.

Étalait fort complaisamment Ses plumes, son chapeau, sa brillante parure.

Et prenait un air important.

.1 Ma chère soeur, dit la première ,

Que je suis aise de vous voir!

J'en avais perdu tout espoir, ^lais je vous conservais une amitié sincère. Vous paraissez heureuse, et je m'en réjouis.

Dieu ! comme vous voilà bien mise !

Contez-moi votre sort, vos plaisirs, vos ennuis: Quel nom vous donne-t-on?— Je me nomme Artémise, Ma chère, et de mon sort je n'ai qu'à me louer.

Ma jeune maîtresse est charmante ; Nous passons notre temps fort gaîment à jouer, A danser, à courir, et je suis très contente.

Jamais nul travail ennuyeux

Ne vient interrompre nos jeux ; Car la parure seule est l'affaire importante Qui par fois nous dérobe un temps si précieux. Et vous, ma sœur? — Oh! moi, ma vie est différente.

Mais mon sort n'est pas moins heureux.

Ma maîtresse est aimable, et bonne, et bienfaisante;

Son goût, c'est la simplicité;

Aussi , je m'appelle Marie ,

Je suis mise avec propreté.

Mais toujours avec modestie.

Nous jouons quelquefois; cependant chaque jour Un utile travail nous occupe à son tour; Nous apprenons l'histoire et la géographie,

Nous écrivons et nous lisons ,

Puis nous brodons et nous cousons ; Enfin, le soir, je vois ma maîtresse ravie, Quand nous avons pu faire une bonne action. "

L'autre allait répliquer, lorsqu'un Polichinelle, Appuyé sur sa bosse et frappant du talon , Se mit à chanter sur ce ton :

« Mademoiselle, et vous, Mademoiselle.

L'une de vous est une Péronnelle;

Savez- vous laquelle?

L'autre est gentille et bonne demoiselle; Savez -vous laquelle?

C'est celle Qui n'est pas une Péronnelle.

Qui l'a dit? C'est Polichinelle.

Et vous, là-bas , jeunesse sans cervelle , Écoutez bien ma ritournelle:

La voici , la voici :

« On en saurait souvent de belles « Sur le compte des demoiselles, « Si leur poupée avait ainsi « Le don de parler d'elles. "

iMpniMERiE DE .HXES DIDOT AINK, niiRiMECR du noi , rue du l'oul-clc-l.odi

Dimanche, 2.'» SEP

[,e prix de rabonncniem est. pour Paris, de 22 francs par an , ei de 1 ^ francs pour six mois. Pour les deporiemems, de 24 francs par an , et i3 francs pour sU mois.

ir AKNtE. N'^ 2?-.

Durcau çlc rabonnciui'nt, chez Louis Colas, libraire, rue Dauphinc , n** ^2; et chez les priocii>aiis libraires cl directeurs des posles des déparicnienis-

là

Page 1