‹ Le Bon génie (volume 2)Chapitre 98 sur 136 · RÉPONSES AUX DEKNIÈRES QUESTIONS DU BO · texte numérisé non relu

RÉPONSES AUX DEKNIÈRES QUESTIONS DU BO

Je m'applaudis véritablement d'avoir eu l'i demander à mes jeunes lecteurs ce qu'ils avaient vu ou appris de plus intéressant depuis trois semaines.

Il en est résulté que j'ai reçu une multitude de lettres toutes sur des sujets divers, et dont je pourrai im])rimer un assez bon nombre, avec la certitude d'intéresser tous ceux qui me liront. J'avoue que, pour mon compte, j'ai eu un plaisir extrême à dépouiller cette jolie correspondance, et si je ne me trompe, ce plaisir doit être partagé. Selon la méthode que j'ai adoptée, j'ai classé les lettres et j'en ai formé deux séries, l'une composée de celles des plus avancés de mes correspondants, l'autre de celles des plus jeunes. J'en imprimerai aujourd'hui quatre des premières et trois des secondes. Je ne ferai ni extraits ni mentions des autres, parce que plusieurs trouveront encore leur place dans les numéros suivants, où elles me fourniront de jolis articles. Ce ne sera qu'après avoir épuisé cette mine intéressante que je mentionnerai celles qui, méritant d'être distinguées, ne me paraissent pourtant pas devoir figurer dans ce journal. Quant aux explications de ma dernière charade, c'est un sujet à part que j'épuiserai aujourd'hui même.

Plusieurs de mes jeunes correspondants m'ont parlé des distributions de prix qui ont eu lieu à l'époque où nous nous trouvions lorsque j'ai fait ma question. Toutes leurs lettres sont intéressantes, mais je ne pourrai revenir assez souvent sur le même sujet pour les satisfaire tous, et je les prie de m'excuser.

L'une de mes abonnées, qui l'est depuis pou de temps. M"' Louise F...., m'a dit, avec beaucoup d'amabilité, que ce qu'elle avait vu de plus intéressant était mon journal. Ce compliment gr.acieux m'a fait d'autant plus de plaisir que les petites phrases qui l'expriment sont fort bien tournées et avec beaucoup de naïveté et de naturel.

Quelques-unes des lettres que j'ai sous les yeux, en répondant à mes questions, m'en adressent à moimême. Je ne puis y répondre de suite parce que l'espace me manque, mais je ne les oublierai point, et je les mets à part pour y revenir.

Les quatre premières lettres qu'on va lire sont de M"" Jriane de C...., M"' Blanche R , M. Emile Gautier, et M"' LaureD

"Mon bon (îénie, il y a bien des choses qu'on ne me permet pas de lire, mais les morceaux de ces livres qui m'intéresseraient, on a la bonté de me les lire. C'est de cette manière que j'ai entendu un trait que je vais vous raconter: Dans les guerres sous Charles VIF, Lahire s'empara du château de Château- Gaillard, à sept lieues de Rouen, ap|iartcnant aux Anglais.'l-e gouverneur de Château-Gaillard, nommé Kiug;ston, s'etifuit. Les Français trouvèrent dans le château, le sire de Rarbazan, brave chevalier français, pris par les Anglais depuis neuf années. Il était ejiléruié dans une cage de 1er, et il était traité fort

mal. Les Français furent obligés de rompre les barreaux de cette cage; mais il ne voulut point sortir, il dit qu'il avait donné sa parole à Kingston d'être son loyal prisonnier, et qu'il ne voudrait de sa liberté que lorsque sa parole serait dégagée. On ne put l'engager à sortir qu'en courant après Kingston qu'on ramena et qui délivra Barbazan. Je trouve, mon bon Génie, que ce trait est un des plus beaux que j'aie entendus; tout aussi beau que celui de Régulus tant vanté; car, dans tous deux, il y a une soumission volontaire à de grandes souffrances pour garder sa parole. « Ariane de C. » ( de Montfleuri ).

il J'aurais bien des choses à répondre à votre dernière question, mon bon Génie; j'ai vu et entendu raconter plusieurs faits qui m'ont bien vivement intéressée. Je vous envoie le récit de celui qui m'a paru le plus touchant. On m'a assuré qu'il venait d'arriver. Je regrette seulement de n'avoir pu vous le mieux raconter, car le héros de mon histoire est si intéressant qu'il mériterait un narrateur plus habile que moi.

Il Deux jeunes enfants jouaient, non loin de la ferme qu'habitait leur père, au bord d'iuie petite rivière peu profonde, mais dont le courant était fort rapide. Il faisait chaud, l'eau était belle et pure, tout invitait à s'y baigner. L'aîné, nommé Etienne, y engagea son jeune frère, à peine âgé de six ans. Mais celui-ci, craintif et timide, redoutait beaucoup l'eau. Il s'y refusa et dit même à son frère, qui déjà était descendu dans la rivière, de ne pas s'éloigner du bord , en lui rappelant que leur père leur avait dit souvent qu'elle était fort dangereuse. Mais Etienne l'écoutait h peine, il courait, plongeait, allait, venait et faisait le brave, en se moquant des terreurs que lui témoignait son frère; lorsque tout-à-coup le pied lui manque, il glisse et disparait A cette vue, le petit Jacques pousse des cris perçants afin d'attirer du monde; mais personne n'approche. Alors , ne calculant plus que le danger de son frère, il oublie et ses craintes, et son peu de force, il saute dans la rivière, et, assez heureux pour y prendre pied, il parvient jusqu'au malheureux Etienne, au moment où celui-ci allait être emporté par le courant. Il le saisit par le bras, mais ne pouvant pas l'entrainer jusqu'au rivage, il réunit toutes ses forces pour le retenir et recommence a crier pour appeler du secours. Heureusement on l'entendit, on vint à lui, et on parvint à les sauver tous deux.

11 Ce courageux dévouement a reçu sa récompense. Les autorités de la ville voisine en ayant été informées, ont envoyé au petit Jacques une médaille sur laquelle est gravée une légende qui rappelle son action, son nom et son âge. Il l'a acceptée avec joie et reconnaissance, quoiqu'étouné d'obtenir une récoin-

pense pour une chose si naturelle; et cette médaille, sans doute, lui sera toujours bien chère, carelle lui rappellera une bonne action.

(c Blanche R.... ■

«Mon bon Génie, je passais, il y a quelques jours, avec mon papa, le long d'un canal qui communique au port de La Rochelle, lorsque tout-à-coup un grand bruit et des cris perçants vinrent éveiller notre attention. Nous précipitâmes nos pas, et nous fûmes bientôt rendus au lieu du tumulte. Voici, mon bon Génie, ce que nous y apprîmes: Deux enfants, 1 un de 10 à II ans environ, et l'autre moins âyé de quelques années, s'étaient arrêtés sur le petit pont de bois qui est établi sur ce canal. L'ainé, pour voir sans doute plus à son aise le courant de l'eau, avait passé la partie supérieure de son corps entre les barres de bois qui servent de rampes à ce pont. Son frère, reconnaissant le danger qu'il courait dans cette position, voulut le retirer en arrière; mais déjà le corps de l'imprudent enfant était emporté par son propre poids , et loin de le sauver , son frère fut entraîné dans sa chute.

" Tel était l'événement qui avait occasionné les cris qui nous avaient attirés; et lorsque nous arrivâmes, plusieurs marins faisaient les dispositions convenables pour sauver ces deux enfants. Ce qui m'a le plus frappé, dans cette circonstance critique, c'est d'avoir vu l'ainé qui, sachant nager et pouvant se soustraire au danger qui le menaçait, faisait tous ses efforts pour soutenir la tète de son frère hors de l'eau, en attendant les secours qu'on s'apprêtait à leur porter. Je vous assure, mon bon Génie, que ce trait de dévouement m'a touché jusques aux larmes et que, si j'avais pu percer la foule qui s'empressait autour de ces enfants, quand on les eut retirés de l'eau, j'aurais été embrasser de bien bon cœur ce brave petit garçon. II Emile Gautier. " (de l.a Rochelle. )

J'ai hésité long-temps à insérer ici la lettre suivante, à cause des choses personnelles à moi qu'elle renferme, et dont je suis bien touché. Cependant il y aurait de l'injustice à lui refuser l'insertion. Je demande seulement à ma jeune correspondante la permission de mettre au bas sa signature en toutes lettres, parce que .Tia délicatesse lexige. Je saisis au reste l'occasion de la remercier , ainsi que plusieurs autres de mes abonnes, des choses gracieuses qu'ils m'ont adressées.

« Le sujet dont j'ai à vous entretenir, mon bon Génie, n'offre pas un bien grand intérêt, sans doute, mais quelques-unes de mes compagnes et moi avons été si heureuses, vendredi dernier, que je ne puis résister au désir de vous communiquer la cause de notre bonheur.

«Celait la distribution des prix de notre pension-

nat. Une réunion de près de deux cents personnes, tout en faisant sentir l'intérêt que l'on prend à nos succès, nous fit faire à toutes des réflexions que cependant, je dois vous l'avouer, quelques-unes avaient déjà faites. Chacune examinant alors sa conduite de l'année, se livrait à la crainte ou à l'espérance, et toutes se disaient : Si j'avais donc toujours fait ce que recommande le bon Génie!

« Après quelques exercices , et lorsque les élèves les plus avancées eurent répondu à des questions qu'on leur fit sur l'histoire de France, les plus jeunes récitèrent plusieurs pièces de poésie, dont quelques-unes étaient choisies parmi celles que vous mettez de temps en temps dans votre charmant journal. Elles firent tellement plaisir, que Ton désira savoir d"ou elles avaient été tirées; et ce ne fut pas pour moi une des moindres joies de la journée, d'entendre louer notre bon ami le bon Génie.

« Il est plus facile de s'imaginer que de décrire la joie peinte sur le visage de celles qui allaient recevoir la récompense de leur travail au milieu des félicitations de leurs parents, de lem's amies et d'une foule de spectateurs qui applaudissaient à leurs succès. Si dans le cours de l'année on a eu quelque peine, comme on en est dédommagée dans ce jour solennel ! J ai pu l'éprouver moi-même. J'ai eu le bonheur de remporter trois prix. Ne croyez pas, mon bon Génie, que ce soit par un sentiment de vanité ou d'orgueil que je vous le dise: ce sentiment est loin de mou cœur; et si j'y étais sujette , vos bons avis m'en auraient déjà corrigée. Mais si j'ai été couronnée, c'est à vous que je le dois en grande partie, et j'ai besoin de vous en témoigner toute ma reconnaissance. La lecture de votre journal n'a pas peu contribué à nourrir en moi l'amour de l'étude et cette émulation sans laquelle il n'y a point de succès. Il m'a appris comment nous pouvons faire oublier à nos parents, les peines que leur donne notre enfance. Alil mon bon Génie je vous dois tout mon bonheur.

» Lalre Darier. " (de Beaune. )

Voici maintenant les trois lettres choisies parmi celles de mes correspondants les plus jeunes :

«Mon bon Génie, je n'ai rien de bien intéres.sant à vous conter, car je suis à la campagne où je ne vois que nos poules et mes lapins, et ce que j'apprends est si peu de chose que cela ne mérite pas d'être écrit. Ce qui s'est passé de plus intéressant pour moi depuis trois semaines, c'est la saint Louis, jour de ma fête. J'ai eu beaucoup de bouquets, mais le plus beau de tous, c'est une petite sœur que maman m'a donnée. O mon bon Génie, que j'ai été contente! J'étais chez notre bonne voisine , lorsqu'on est venu m'annonce; la bonne nouvelle. Je sautai de joie sur ma chaise, et

je courus à la maison pour embrasser ma petite sœur. Nous avons été tous bien contents de la naissance de notre petite Henriette. Beaucoup de raisons ont encore augmenté notre joie: la principale était de voir marnan guérie des souffrances qu'elle éprouvait depuis si long-temps. En voyant ainsi soufl'rir ma bonne mère, j'ai aussi réfléchi que nous lui avions tous causé autant de maux, et que nous étions bien ingrats de ne pas faire tous nos efforts pour lui prouver notre reconnaissance, et lui procurer autant de bonheur que cela nous est possible. Mes frères sont trop jeunes pour sentir cela. C'est donc moi, comme l'aînée, qui dois être chargée de ce soin, aussi ai-je pris de bonnes résolulions, et j'espère qu'elles ne seront pas |)erdues. Je veux dorénavant tout faire pour contenter mes parents, et bien travailler, afin de me mettre en état de faire ensuite travailler ma petite sœur, et d'éviter ainsi à maman une partie des peines qu'elle se donne pour moi. Je vous fais part de mes bonnes résolutions, mon bon Génie, parce que je connais votre bienveillance pour vos petites abonnées, et que je veux vous prier de vous en souvenir pour me les rappeler, si je venais à y manquer. Je vous prie aussi de mettre ma petite Henriette au nombre de vos petites amies. Elle est encore trop jeune pour sentir le prix de votre amitié; mais elle apprendra bien vite à vous aimer aussitôt qu'elle pourra comprendre ce que je lui dirai. n Louise D > (à Noisy. )

<i Mon bon Génie, j'ai vu, àTournon, un très beau pont en fil de fer qui réunit Tain et Tournon, en sorte que ces deux villes n'en font, pour ainsi dire, qu'une. Il y a une pile au milieu du Rhône, surmontée d'une arcade avec deux culées, qui servent à tenir les cordages en fil de fer qui soutiennent le pont en bois. Ce pont a été béni solennellement par Mgr. l'évêque de Valence. Le préfet de l'Ardéche ainsi que celui de la Drôme et les Autorités y ont assisté. Après la bénédiction, on a remarqué un vieillard à genoux à la pile du milieu, qui priait Dieu avec ferveur. L'ingénieur qui avait fait les épreuves lui demanda ce qu'il faisait. Il répondit qu'il remerciait Uieu de l'avoir conservé jusqu'à ce qu'on eût fini ce bel ouvrage. Ce pont, aussi léger que solide et agréable à la vue, est le premier en France qui soit construit de c. tte manière. M. Séguin d'Annonay en est l'auteur et l'entrepreneur. Le jour de l'inauguration, la recette, qui s'est élevée à 5oo francs, a été donnée aux pauvres. (i Fortuné Bolcault. » (de Privas. )

» Mon bon Génie, puisque vous nous demandez ce

que nous avons vu ou appris de plus intéressant, je

vas tâcher de vous raconter une histoire bien jolie 1 ', . , . ^ . **

dont j ai ete témoin.

« Un pauvre petit pierrot avait son nid sur un arbre, vis-à-vis la fenêtre de ma chambre. Le vent est devenu si fort, que le nid s'est détaché de la branche et est tombé du haut de l'arbre. Le nid était fait avec grand soin. J'ai été le ramasser bien vite, et je l'ai mis dans une cage où la mère les a nourris bien long-temps. Sa tendresse lui a fait oublier la peur que les oiseaux ont des cages. Il y en eut six qui s'envolèrent, mais le septième njourut. J'ai un petit frère

qui a quatre ans. Je lui racontais cette histoire eu lui disant que maman en ferait autant pour nous. H se retourna vers elle, et lui dit avec tendresse: i\"ei^cc pas Maman? « Cécile de P... » (de Follembray.)

EXPLICATION DE LA DERNIÈRE CIIARvVDE.

Le mot de la dernière charade est corne-muse, en voici l'explication donnée par trois des lettres qui m'ont été adressées :

"Le premier est corne, car on trouve la corne sur la tète des animaux que vous avez nommés. Celle là est la plus commune et l'on en fait des manches de couteau, des boites et des peignes qui imitent l'écaillé. Il y a encore des cornes différentes sur la tète des cerfs et sur le muffle du rhinocéros.» {M"' Jucjusta de r )

Il Les IMuses, selon la fable, étaient les déesses des sciences et des arts, filles de Jupiter et de Mnémosyne, déesse de la mémoire. Elles habitaient le Parnasse, le Pinde, l'Hélicon, et avaient Apollon à leur tête. La fontaine Ilijipocrène et le fleuve Perinesse leur étaient consacrés. Elles étaient neuf: Clio, qui présidait à l'histoire; Calliope, à l'éloquence et à la poésie héroïque; Érato, à la poésie lyrique; Thalie, à la comédie; Melpomène, à la tragédie; Terpsicliore à, la danse; Euterpe, qui inventa la flûte et présidait à la musique; Polymnie, à la rhétorique; et Uranie, à l'astronomie. » (M. Eucjéne Delisle, de Périgueux.)

" La cornemuse est une espèce d'instrument à vent dont les paysans suisses se servent pour rappeler leurs troupeaux de la montagne. J'habite la Suisse, mon bon Génie, et je vous assure que, quoique le son de la cornemuse ne soit pas fait pour un salon, il n'est pas laid dans les montagnes, ii ( M"' Ariane dp C... )

Presque tout le monde a deviné et bien expliqué la charade, en sorte que je ne puis faire des mentions particulières qui seraient beaucoup trop nombreuses. Je répète, en terminant cet article de correspondance, que j'ai encore plusieurs lettres à imprimer, qui n'offriront pas moins d'intérêt que celles qu'on vient de lire.

AVIS

M"' Ilortense a réclamé un numéro du journal qui neluiest pas parvenu. Comme j'ai plusieurs abonnées qui ont le même prénom, je la prie de vouloir bien renouveller sa réclamation en signant son nom de famille.

— Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" octobre 1824, pour un an, ou du 1*' avril 1825, pour six mois, et expire par conséquent à la fin de septembre courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche, 2 octobre prochain , afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

iMPimiEniE DE JULES DIDOT AÎNÉ, niPBiMEUR dd noi

du Pom-de-Lodi

Dimanche, 2 octobbe 182

Le prix de labonnemcn.

est , pour Paris , de 2 2 franc > par an, et de 12 francs poui six mois. Pour les départe menis, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois

Bureau de l'ahonneuicnl.

chez I.001S Colas , liliraire, rue Daupliine , u** 3t; et chez les principaui libraires et directeurs des postes des départements.

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