LES BALLONS
Parmi les dernières lettres qu'on m'a e'crites, il en est une dans laquelle on me donne des détails sur un ballon qu'on a vu lancer. Cette lettre renferme des erreurs très graves qui ne me permettent pas d'attendre pour les rectifier. Je lui donne donc le pas sur les questions directes qui m'ont été adressées; et, sans en rappeler ici le contenu , je pense que les explications que je vais donner feront parfaitement comprendre à ma jeune correspondante qu'elle s'est méprise sur la théorie des ballons.
• Les ballons construits comme les premiers qu'on a connus portent le nom de mongolfières , parce que c'est à M. de Mongolfier qu'on en doit l'invention. Voici en quoi ils consistent : Une vaste sphère, en papier ou en toile, ouverte par le bas, est placée audessus d'un foyer dont la chaleur raréfie l'air renfermé dans la capacité de cette sphère. Cet air occupe un espace de plus en plus grand à mesure qu'il se dilate, de manière qu'il remplit l'intérieur du ballon et le tend. Étant ainsi raréfiée, la masse d'air renfermée dans le ballon devient plus légère qu'un volume égal d'air atmosphérique à la température naturelle; et la différence de pesanteur se trouvant assez considérable pour balancer le poids du ballon et d'une na-
celle qu'on y suspend, il arrive que le ballon tout entier s'élève dans l'air, parce qu'il est plus léger que lui , de même qu'un morceau de liège ou de bois qu'on mettrait au fond d'un bassin s'élèverait à la surface de l'eau, parce que son poids se trouverait moindre que celui d'un volume égal d'eau. Afin que le ballon se soutienne, on continue d'entretenir la chaleur qui raréfie l'air intérieur, en plaçant dans la nacelle, audessous de l'ouverture du ballon, un foyer qui ne peut cesser de brûler sans que le ballon descende.
Telle est la construction des premiers ballons connus. Mais depuis, on a découvert un moyen plus simple et moins dangereux de les construire. Le gaz hydrogène dont le nom est aujourd'hui bien connu . puisque c'est lui qui sert à éclairer une partie des établissements publics et des rues de la capitale, est un gaz inflammable, combustible, dont la pesanteur est beaucoup moins considérable que celle de l'air. En remplissant un ballon de ce gaz, la différence entre sa pesanteur et celle de l'air est plus que suffisante pour balancer le poids du ballon et de la nacelle, et lorsqu'il en est rempli, il s'élève comme la
mongolfiere. Plus le ballon est grand , ])lus il peuy '' enlever avec lui un poids considérable. On a fait pljP sieurs fois des ballons assez grands pour que dejisd :. hommes pussent monter dans la nacelle, avec des '
instruments nécessaires pour faire des observations de physique. Le principal de ces instruments est le baromètre, à l'aide duquel on peut savoir, ainsi que je l'ai expliqué déjà, à quelle hauteur on est parvenu. On donne aux ballons le nom d'aérostats, et on appelle aéronaictes, les personnes qui voyagent dans l'air au moyen des aérostats. De tous les aéronautes celui qui s'est élevé à la plus grande hauteur est M. Gay-Lussac, physicien célèbre, qui est parvenu dans l'air à une élévation plus qu'égale à celle du mont Chimboraço , la plus haute montagne de la terre. L'air, dans ces régions supérieures de l'atmosphère, est plus raréfié que dans les régions inférieures. Il en resuite premièrement, qu'on ne peut dépasser une certame hauteur, parce que l'air manquerait à la respiration; secondement, que la masse d'air déplacée par l'aérostat devenant plus légère puisqu'elle est raréfiée, l'aérostat n'est plus soutenu comme il l'était dans la région inférieure. Les aéronautes ont, à cause de cela, la précaution d'emporter des sacs remplis de sable, qu'ils appellent /e.^ et qu'ils jettent quand cela devient nécessaire, afin de diminuer le poids de l'aérostat.
A mesure que l'on s'élève dans les régions où l'air est plus raréfié, il arrive que le gaz renfermé dans le ballon se raréfie aussi. Alors il occupe plus de volume et finirait par faire éclater le ballon, si l'acronaute n'avait pas la précaution d'ouvrir une soupape, préparée à cet effet, et par laquelle une partie du gaz s'échappe. Il y a même des ballons auxquels on adapte une soupape qui doit s'ouvrir d'elle-même, lorsque le gaz est dilaté jusqu'à un certain degré. Cette précaution est très utile pour le cas où, par quelque circonstance imprévue, l'aéronaute se serait trouvé mal, ou bien n'aurait pas remarqué que le ballon menaçait d'éclater. Lorsqu'on veut descendre, on ouvre la soupape ordinaire, le ballon se vide et descend majestueusement, comme il s'était élevé.
Jusqu'à présent on n'a pu tirer jiarti de cette merveilleuse invention que pour faire quelques observations de pliysique,qui ne sont pas toutefois sans importance. L'obstacle qui s'oppose à ce qu'on en fasse des applications plus utiles, c'est l'impossibilité de diriger lin aérostat, qui est toujours à la merci du vent. Cependant on a fiit usage des ballons, dans une circonstance fort intéressante, d l'époque de la bataille de Fleurus, dans les premières années de la révolution française, on avait établi des aérostats qu'on retenait captifs au moyen de cordes, et dans lesquels des aéronautes montaient pour observer les mouvements de l'ennemi et reconnaître son nombre et ses positions. L'aspect de ces masses flottant dans l'air, et dominant l'armée ennemie pour l'observer, produisit une profonde sensation. J'ai l'avantage de coii-
naîtie une personne aussi respectable par son mérite que par son caractère, qui avait la direction des ballons à Fleurus, et qui y est montée bien souvent; c'est M. le colonel Coutelle. Il était un jour dans un aérostat, pendant que le vent soufflait avec violence. Trois fois dans l'espace de deux minutes, il fut chassé jusqu'à terre par la force de la tempête, et trois fois il se releva avec la rapidité d'une flèche. Trois cent mille hommes le regardaient, et on lui battit des mains même dans l'armée ennemie.
MOTS A L'OREILLE
Le bon Génie souffle une seconde fois, pour ses nouveaux lecteurs, les mots suivants:
l| Il n'est rien de si embarrassant que de recevoir des louanges dont on ne se sent pas digne.
(^ L'embarras et la honte deviennent plus grands encore, si l'on sent que ces louanges seraient dues à un autre.
^ C'est un manque de probité odieux, et une prétention bien ridicule, que de s'attribuer le mérite ou le savoir d'autrui, pour l'emporter sur ses émules.