‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 104 sur 169 · LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE

Angéline avait conçu, dès sa plus tendre enfance, des sentiments pieux et une confiance extrême dans la bonté de la providence. A peine sa petite langue était-elle capable de balbutier quelques mots, qu'elle avait appris à prier, à remercier Dieu de lui avoir donné de bons parents, à lui demander la santé et le bonheur pour eux, et pour elle, la sagesse, la docilité et les vertus qui devaient la rendre la joie de sa famille. A mesure que le sens des prières qu'on lui faisait répéter d'abord était devenu plus intelligible pour elle, Angéline y avait ajouté, de son propre mouvement, quelques phrases simples et touchantes, pour obtenir, selon les circonstances, les grâces particulières dont elle sentait qu'elle avait besoin. S'agissaitil de remplir une tâche difficile? elle s'adressait à Dieu qui pouvait lui donner la force nécessaire; puis, elle s'y mettait avec coiu'age et confiance, et bientôt les difficultés semblaient disparaître. Éprouvait-elle quelque contrariété ou quelque douleur physique? Elle élevait encore son âme à Dieu , lui offrait sa souffrance comme un innocent sacrifice; et après avoir prié, elle se sentait toute résignée; le poidsdu mal étaitdiniinué de moitié, llencontrait-elle un infortuné qu'elle ne pouvait pas soulager elle-même? son cœur tendre et compatissant implorait la bonté céleste en faveur de ce malheureux, et elle espérait pour lui. (Quelqu'un de ses grands parents, ou quelque ami de la famille était-il malade? Angéline n'avait garde de l'oublier dans ses prières. Une fois, ce fut sa mère elle-même qui, atteinte d'une grave maladie, devint l'objet de ses plus ferventes supplications. On touchait au moment oii une crise devait décider de la vie de M"' de

P Angéline s'était retirée le soir, bien triste, dans

sa petite chambre, parce que son père l'avait absolument exigé. Au point du jour, M. de P entra chez

sa fille, pour lui annoncer que la crise avait eu lieu et que la malade était beaucoup mieux. Mais quel fut

l'étonnement de M. de P , en trouvant Angéline à

genoux sur .son lit, le corps penché et le visage dans ses deux mains! « Que fais-tu donc, Angéline? lui dit-il. — Ah! Papa, s'écria la jeune fille, en relevant la tête et sortant de sa profonde méditation; pardonnez-moi, je ne vous ai point di'sobéi, je me suis mise au lit; mais vous n'aviez pas exige' que je ne priasse pas le bon Dieu pour Maman. — Quoi! tu as passé la nuit — En prières, ajouta .Vngéline; cela adoucissait mon chagrin, mes angoisses; il me semblait que le bon Dieu avait pitié de moi. — Oh! oui, oui,

mon enfant, s'écria M. de P , en pressant sa fille

sur son sein; oui, Dieu a eu pitié (îe nous, Dieu n'a pas voulu te rendre orpheline, il a entendu ta prière, il l'a exaucée ; ta mère est sauvée.... — Ah !....» Angeline ne poussa que ce seul cri, et retombant prosternée, elle demeura dans l'attitude d'une profonde adoration.

M. de P , ému jusqu'au fond de l'àme, se mit à

(jenoux près du lit d'Angéline, en disant: » Je m'unis à toi, bonne et pieuse enfant, pour rendre grâces à ce Dieu de bonté, qui nous conserve ce que nous avons de plus précieux et de plus cher. O mon Angeline, tu as raison, remercions -le ensemble; la prière de la reconnaissance doit être agréable à celui qui a écouté avec bonté la voix du malheur. " Le père et la jeune enfant restèrent quelques instants en actions de grâces; ensuite ils entrèrent dans la chambre de la malade qui leur tendit la main avec un doux sourire.

LA SOURIS ET LE RAT (i).

FABLE

Une jeune souris vivait dans une tour Aux dépends d'un derviche, habitant du rivage Où de vastes déserts ont remplacé Carthage. Du haut des vieux créneaux elle aperçut un jour Un superbe lion, que l'appât du carnage,

Bien loin de son antre sauvage.

Avait conduit vers ce séjour.

A quatre pas de là, notre jeune Africaine Vit le chat du logis, le plus cruel des chats,

Fléau des souris et des rats.

Sous un large nopal faisant sa méridienne. Elle court aussitôt chez un rat son voisin. "Bonne nouvelle! ami, livrons-nous à la joie! " Le matou, d'un lion va devenir la proie; " Plus de chat! plus de chat! bénissons le destin! " — Un matou d'un lion deviendrait la pâture Il Pour vous croire cherchez un ignorant, un fou, Dit le rat, sans oser abandonner son trou; " Vous renversez, ma sœur, l'ordre de la Nature;

« Car, selon les traditions, « Ce sont les chats qui mangent les lions. " Avez-vous vu du chat la gueule dévorante? » De ses crocs, de ses dents la file menaçante?

(i) J'ai trouvé cet apologue, dans un Recueil de fables composées en russe par M. KiilofF, et traduites en vers frantais et italiens par différents poètes. Celle-ci est traduite par M. Mazois. Je l'ai choisie parce qu'elle m'a paru pouvoir être bien placée dans ce Journal, et non point pour recommander à mes lecteurs le Uecueil d'ott je la lire; les apologues qu'il coutient nu s'adressent pas en général à leur âge.

« Ses ongles recourbés, dont l'aspect fait horreur?

Cl Ce regard brûlant de fureur Il Qui lance des éclairs au milieu des ténèbres?

« Avez-vous entendu, ma sœur,

11 Ses longs miaulements funèbres?

11 Engager un pareil combat.

Il De la part du lion serait trop téméraire;

Il 11 n'existe point sur la terre Il D'animal plus affreux ni plus fort que le chat, u

Un poltron ne voit rien sous son jour véritable : Il grossit les objets qui causent sa terreur. Et selon lui rien n'est plus redoutable Que l'ennemi dont il a peur.

LITHOGRAPHIE

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