LA COURSE
En vous envoyant aujourd'hui, mes amis, un dessin dont le sujet est le prix de la course consistant en une couronne offerte par une jeune fille, je pense qu'il ne sera peut-être pas inutile de vous donner quelques avis relatifs à cet utile et salutaire exercice. Voici la saison où il est particulièrement agréable; c'est au moment des premières petites gelées de l'automne, que vos corps éprouvent le besoin de ce mouvement propre à leur rendre une chaleur douce, saine, et à favoriser le développement de leurs organes. Le jeu des barres, la lutte h la course, et tous les jeux où il faut courir sont de saison à cette époque. En vous y exerçant avec intelligence, vous pouvez rendre ces jeux doublement profitables pour vous. Ils ont, en effet, une utilité immédiate pour votre santé; et de plus, il peut se présenter beaucoup de circonstances dans la vie, où l'on soit bien aise d'avoir acquis l'habitude de franchir avec célérité un espace plus ou moins grand, soit pour échapper soi-même à un danger, soit pour porter promptement du secours à une personne exposée à quelque péril imminent. De même qu'on ne doit point négliger de cultiver les facultés intellectuelles qu'on a reçues de la Providence il ne faut pas dédaigner non plus de développer les forces physiques dont on peut tirer quelque avantage pour soi et pour les autres.
C'est pour cette raison, mes amis, que je crois à propos de vous offrir quelques conseils sur la manière de courir avec le plus de facilité et le moins de fatigue possible. Vous allez me dire peut-être que vous en savez à cet égard autant que moi, et j'entends d'ici quelques uns d'entre-vous qui sont tout prêts à me défier à la course, malgré le secours que je pourrais trouver dans mes prétendues ailes. Il serait possible en effet, que je ne fusse pas le plus leste, le plus acile
parmi vous; mais cela n'empêche pas que je ne puisse donner un bon avis à de plus habiles que moi. Je gagerais bien qu'il y a de ces merveilleux coureurs, qui se donnent en courant beaucoup plus de peine qu'il ne faut; qui vont balançant leurs bras avec trop de violence, jetant en avant leurs genoux, faisant de grandes enjambées; ou bien relevant trop les jambes par derrière, renversant trop le haut du corps, appuyant trop le pied sur le sol; ou encore respirant trop précipitamment; et qui se fatiguent ainsi très promj)tement, sans y rien gagner en vitesse.
Pour courir vite et avec grâce, il faut, pour ainsi dire raser la terre, en portant les jambes tendues en avant, s'enlever d'un pied sur l'autre, avec beaucoup de vélocité, et faire succéder rapidement le mouvement des pieds. Pendant la course, le haut du corps doit être penché un peu en avant, pour laisser au jeu des poumons toute sa liberté: Il est avantageux de porter les bras comme collés au corps à la hauteur des hanches, et de les y maintenir, sans roideur ni mollesse, de manière à ce qu'ils n'aient d'autre mouvement que celui qui leur est communiqué par l'impulsion du corps; autrement, ils embarrassent, gênent, et ralentissent la course.
Il faut éviter, en courant, de respirer avec trop de précipitation, car ce serait le moyen d'être essoufflé après peu d'instants, et de perdre toutes ses forces. En ne reprenant haleine qu'à d'assez longs intervalles, on fatigue beaucoup moins la poitrine; et c'est d'ailleurs une bonne chose que de s'accoutumer à avoir, comme on dit, Uhaleine lomjiie. Quand on est arrrivé au bout de la carrière, une bonne précaution à prendre est de pencher le haut du corps un peu en avant, afin de faciliter la respiration.
Si vous avez à fournir une carrière un peu étendue, ayez soin de ne pas donner, en partant, à votre course, toute la rapidité dont vous êtes capable; vous épuiseriez promptement vos forces, et vous seriez obligés de ralentir avant d'arriver au but, peut-être même de vous arrêter. Commencez avec modération, mettez-vous d'abord en haleine, et peu-h-peu augmentez la rapidité de vos mouvements; vous regagnerez bientôt l'avantage qu'auraient pu prendre sur vous, dès les jiremiers pas, ceux qui n'auraient pas eu la même précaution.
Ce n'est que par degrés qu'on peut arriver à faire rapidement de longues courses. Il serait imprudent, à des jeunes gens peu exercés, de vouloir lutter de prime abord avec ceux qui le sont davantage ou qui sont plus grands et plus vigoureux, et de s'obstiner à fournir une carrière au-dessus de leurs forces. Tous les exercices du corps exigent une certaine jirudence.
dont on ne se départ pas impunément, et dont la première règle est de ne point entreprendre ce que nous ne sentons pas la possibilité d'exécuter sans un trop grand effort.
Tels sont les avis que m'a suggérés le sujet de la lithographie de ce jour. Je vous invite, mes amis, à les suivre, pour vous habituer à courir avec grâce et agilité; mais je vous conseille, en même temps, de ne pas y mettre un amour-propre déplacé, et de céder tout bonnement la victoire à vos compétiteurs, plutôt que de faire abus de vos forces naissantes.
MOTS A L'OREILLE
^ Briller et plaire ne sont pas même chose : briller est une victoire au profit de la vanité; plaire est une conquête au jirofit du cœur.
(ç Chercher à briller, c'est s'occuper de soi; chercher à plaire, c'est s'occuper des autres.
% Briller fait des envieux; plaire gagne des amis.
(^ Pour plaire, il suffit de le vouloir, car il suffit d'aimer ceux à qui l'on veut plaire; mais ne brille pas qui veut, et souvent même le désir de briller rend ridicule. Le désir de plaire est affranchi de ce danger: la bienveillance a toujours de la grâce.
(ç Le plaisir brille et passe; le bonheur plait sans éclat, mais il est plus durable.
CHARADE
Au-dessous de mon premier On Voit passer mon dernier Au milieu de mon entier.
( Ceux de mes correspondants qui voudront me donner l'explication de cette charade, pourront me l'envoyer avec leur réponse à la question contenue dans le précédent numéro. )
AVIS
Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" décembre 182") pour im an, ou du i" juin 1826 pour six mois, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche 3 décembre prochain, afin de ne paséprouverd'interruptiondans renvoi du Journal.
Impkimerik de JUI.F.S DIDOT AINi:, iMrniMEUn nu
.lu l'oTIl-llc-LoiIi
-. .^îfv.'ivSj.,s&
DlMAXCIlE, 3 DÉCEMB. 1826.
Le prix de l'abonnemeni csi, pour Paris, de îifrj!
par
el de II fran
mois. Pour les dt-jt^ luents, de 24 fraucs par et i3 francs pour sis m
Ui" AN.NtE. N" 3l.
Bureau de raboanement, cliei Louis Colas, libraire, roc Daupliine, n° 32; el chez les principaux libraires cl dirccieurs des posies des dépariemenis.
ILE iBOïï oral,