LES DIFFÉRENTS ÉTATS DE LA VIE
La petite Julie Perrin , fille d'un honnête marchand, avait accompagné sa mère qui était allée toucher le
montant d'un mémoire chez la comtesse de N Elle
y reçut un très gracieux accueil de la part de la jeune Amélie de N.... qui s'empressa de lui montrer ses beaux jouets, sa poupée magnifique, ses bijoux, et ses robes de bal. Julie était dans l'admiration. La comtesse sortit avec sa fille, en même temps que ^I°" Perrin avec Julie, et celle-ci vit mademoiselle Amélie monter dans un beau carrosse qui fit beaucoup de bruit en passant sous la porte cochère.
Julie, cheminant à pied avec sa mère le lonf; du boulevard, paraissait rêveuse et ne disait mot. n A quoi penses-tu, ma fille? lui demanda M"' Perrin. — Je pense, Maman, que c'est une chose bien agréable que d'aller en carrosse comme M"' Amélie. Pourquoi donc n'avez-vous pas un carrosse, et pourquoi n'ai-je pas de belles robes et de beaux joujoux comme les siens?!)
M"' Perrix : » Paice que nous ne sommes pas à.
beaucoup près aussi riches que le comte de N...., et que si nous dépensions notre argent eu choses superflues, nous ne serions plus en état de nous procurer les choses nécessaires pour nous et pour nos enfants. >i
Julie: «Mais, Maman, pourquoi mon Papa n'estil pas aussi riche que "SI. le comte i" »
M'°' Perri.n : 1' Parce que M. de N.... possède de grands biens que lui a laissés son père, tandis que ton papa n'a qu'une très petite fortune, qu'il s'efforce d'augmenter par son travail, afin de pourvoir à vos besoins, à votre éducation, et de pouvoir vous donner une dot, à toi et à tes sœurs, qaand vous vous marierez. ))
Julie: « Mais enfin, pourquoi Papa n'est-il pas aussi riche qu'un autre? Il travaille beaucoup, tout le monde l'aime et l'estime; il me semble qu'il mérite, aussi bien queM.le conite,d'avoir une grande Fortune."
M"" Perrin : « Ne sais-tu pas, mon enfant, qu'il y a une grande quantité de personnes plus pauvres que ton père, et qui cependant sont aussi très méritantes? Regarde seulement parmi nos voisins : l'honnête Guillaume qui habite avec tout son ménage deux petites chambres au quatrième; qui se met au travail avant le jour et ne c{uitte son métier que quand le sommeil l'accable : eh bien, comment penses-tu que sa femme et ses enfants vivent? Voudrais-tu changer de condition avec eux? »
Juhe: Il Oh! pour cela non. Ils sont si déguenillés et ont l'air si misérables ! »
M"*" Perri.n : u Hélas! oui; ce sont de pauvres créatures qui n'ont peut-être pas toujours une nourriture suffisante; qui manquent en hiver de bois et de vêtements chauds, tandis que nous avons une belle boutique, un appartement commode et tous ce qui nous est nécessaire. Cependant l'honnête Guillaume se donne encore plus de peine que ton père, pour faire vivre sa famille, n
Julie: "Il me semble. Maman, que cet honnête Guillaume a de bien justes motifs, au moins, pour se plaindre de son sort. •>
M"' Perrin : " Quand il en serait tenté, ma fille, il pense qu'il y a des malheureux encore plus mal partagés que lui. Il jette les yeux sur ceux qui n'ont pas d'ouvrage et ne peuvent pas même gagner de quoi apporter un pain dans leur ménage. Alors il remercie Dieu, et reprend .son travail avec ardeur et reconnaissance.»
Julie: « Mais alors. Maman, je pense que c'est très mal à ceux qui sont riches d'avoir tant de choses inutiles dont ils pourraient employer la valeur à procurer aux malheureux les choses nécessaires. »
M"" Peruin : " Sans doute, ma bonne amie, c'est un devoir pour les riches, et même pour ceux qui n'ont qu'un peu d'aisance, comme nous, de consacrer une partie de leur superflu au soulagement de la misère. Mais il faut considérer qu'en achetant certaines choses qui ne sont pas indispensables, on paye le travail
de ceux qui ont fabriqué ces objets. Ces superfluités sont une branche de commerce qui fait vivre beaucoup de gens; en sorte que l'argent qu'on y consacre sert toujours à procurer de l'occupation à quelques ouvriers, n
Julie: "Oui, Maman; mais par exemple, M"' Amélie ne pourrait-elle pas se contenter de robes comme les miennes et des choses que j'ai, afin de donner à des malheureux un peu plus d'argent? »
M"" Perri.v : Il Elle n'a pas besoin de s'imposer cette privation, puisqu'elle est assez riche pour faire du bien et pour se procurer en même temps ces plaisirs. Songe donc que les filles de nos voisins le boulanger et le ferblantier pourraient dire la même chose de toi? N'es-tu pas mieux habillée qu'elles? n'as-tu pas plus de joujoux?»
Ji LIE ; Il C'est vrai. Je me rappelle que la petite Anette fut enchantée un jour que je lui donnai une de mes vieilles poupées. »
M"" Perrin: «Eh bien, s'il te fallait aujourd'hui n'avoir que de vieilles poupées et être vêtue comme Anette, en prendrais-tu bien ton parti? Ce ne serait pas au moins sans chagrin; et il en serait de même deM"° de N...., si elle n'avait plus que ce que tu as. »
Julie: «Je comprends cela. Mais au fait. Maman, ce que j'ai est assez pour moi, et nous ne manquons de rien. »
M"" Perrin : «Tu as raison, ma Julie; ne jetons jamais les yeux sur ceux qui ont plus que nous; regardons plutôt ceux que la fortune a moins bien traités; c'est le moyen de ne pas éprouver de vains regrets, et d'être toujours reconnaissants des biens que Dieu nous a accordés. »
Julie: «Ah! Maman, je lui rends grâces tous les jours de m'avoir donné la plus précieuse des richesses, mon bon Père et ma tendre Mère. »
VARIETES
Parmi mes abonnés les plus âgés, il en est probablement qui, à l'époque de la nouvelle année, donnent des étrennes à leurs plus jeunes frères et sœurs. Peut-être éprouvent- ils quelque embarras pour le choix, et je pense que je leur rendrai service en leur indiquant de bons livres destinés au premier âge. Il en est un que je leur recommanderai particulièrement; c'est un joli pelit volume intitulé : Contes à Henriette, par M. Abel Dufrcsne. M. Abel Dufresne est un des nommes qui parlent le mieux le langage convenable aux enfants, qui savent le mieux les instruire en les amusant, et les intéresser utilement. La morale a, sous sa plume, une grâce et une naïveté charmantes.
Un autre volume, publié par le même auteur, et intitulé : Nouveaux Contes à Ifenriette, est destiné au second âge. Il serait difficile d'imaginer rien de plus gracieux, de plus frais, de plus intéressant f(ue la plupart de ces contes, et je suir sûr de trouver de mon avis tous ceux qui auront lu les deux Jardins , le petit l'elnlre, et In Fée Réséda.
On peutse procurer ces ouvrages, en les demandant au bureau d'abonnement du Bon Génie.
iMiitiMERiE DE JULES DIDOT aîné, ni
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du Poiii-de-LoJi
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Le prix de l'abonncnicni est, pour Paris, de 22 francs par an, el de i^ francs pour âii mois. Pour les dcparienients, de i\ francs par an , cl i3 francs pour six mois.
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Bureau de l'abonneincnt, clicï Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n° 32; et cliez les principaux libraires cl Jirecieurs des postes des dépariements-