‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 113 sur 169 · ASSOCIATIONS DE BIENF-AISANCE · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS DE BIENF-AISANCE

Mes lecteurs n'apprendront pas sans intérêt qu'il existe à Paris quatre associations de jeunes filles ou déjeunes garçons, pour le soulagement de différentes classes d'infortunés. Il me semble d'ailleurs que c'est un devoir pour moi de les leur faire connaître.

La Société des Ouphelines de Saint André est une association d'enfants de parents aisés, placée sous la protection spéciale de S. A. K. Mademoiselle. Elle a pour objet l'entretien et l'instruction de jeunes orphelines élevées dans un établissement soutenu par l'association. Les souscriptions sont recueillies par les enfants sociétaires, dans les diverses institutions dont ils font partie, et ils fournissent eux-mêmes leur cotisation au moyen des économies faites sur leurs menus-plaisirs.

Une réunion a lieu, chaque année, dans les appartements de Mademoiselle, et sous sa présidence: on y reçoit tous les dons et le produit des souscriptions et des quêtes.

L'établissement de saint André est situé rue de Vaugirard.

La Société de saint Joseph, fondée en i823, sous la protection de S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux, a pour but de secourir et de placer les ouvriers sans travail. On a nommé, à Paris et dans les départements, des jeunes gens de bonne famille trésoriers de la société; ils sont munis d'un brevet et d'un livret jaune, sur lequel ils inscrivent les dons qu'ils reçoivent dans les collèges, pensions, etc., et dont ils rendent compte à l'assemblée générale qui a lieu tous les ans aux Tuileries, sous la présidence de Monseigneur le DUC DE Bordeaux.

Des instructions religieuses sont données tous les dimanches aux ouvriers. On estime à 5o,ooo francs les revenus de cette association qui a deux établissements, à Paris, rue Saint-Victor, et au grand commun à Versailles.

L'AssociATio.N des jeunes Économes se compose de jeunes personnes réunies pour s'entretenir dans le î'oût et la pratique d'une pieuse bienfaisance : elle adopte déjeunes filles qu'elle place en apprentissage, leur fournit des trousseaux, paie des pensions pour leur instruction et leur entretien. Les enfants qu'elle adopte doivent être âgés de huit ans au moins et appartenir h une nombreuse famille. Deux directrices, une trésorière, douze conseillères et douze vice-conseillères sont à la tête de l'association qui compte j)lus de 2,000 membres, et a déjà placé un grand nombre

de jeunes filles. Toutes les associées doivent donner 3o centimes par mois et 60 centimes pour le mois de janvier; elles ont le droit de présenter aux directrices ou aux conseillères les enfants qui remplissent les conditions pour être secourues. Dans des assemblées qui ont lieu tous les trois mois, les directrices rendent compte aux conseillères et vice-conseillères de la recette et de la dépense, ainsi que de la conduite des enfants. On peut se faire inscrire ou verser les dons chez Mesdemoiselles Lauras, quai Conti n" 3, ou chez Mademoiselle Duval, quai Pelletier, n» 28.

La Société des Enfants en faveur des vieillards fut fondée en 1823 par les soins de madame Dupont de Nemours. Cette association, dont le titre indique suffisamment le but, a cinq ou six réunions par an, pendant l'automne et l'hiver. Les jeunes demoiselles qui en font partie, apportent chaque fois leur offrande, produit de leurs économies; le taux des souscriptions est volontaire; cependant, elles sont à-peuprès, l'une dans l'autre, de 20 à 3o francs par an; les mères en augmenlent la somme par leurs dons, en sorte que la société possède chaque année une somme de 5,200 francs environ. Les jeunes associées font elles-mêmes les rapports sur les individus pour lesquels elles réclament des secours, et sont accompagnées par leurs mères dans leurs visites de charité. Les dons sont tous faits en nature; chaque vieillard reçoit ordinairement deux chemises neuves, ou une redingote d'une étoffe chaude et moelleuse, ou bien une couverture. Il y a quelque chose de touchant dans cette bienfaisance exercée par l'enfance envers la vieillesse.

Les assemblées se tiennent chez mesdames Grivel et Vernes , rue Coq-Héron , n° 5 , où l'on peut adresser les dons pour concourir à cette œuvre charitable.

Indépendemment de ces quatre sociétés, il existe encore dans Paris plusieurs associations de travail pour les pauvres, auxquelles les jeunes personnes ont part. Dans les unes, on consacre soit un jour de la semaine, soit quelques soirées d'hiver, à tra^iller en commun au profit des pauvres honteux ou infirmes; dans d'autres, chaque personne s'oblige à fournir tant de pièces d'ouvrage par semestre ou par année. Ces différents travaux sont ensuite réunis et vendus , après une exposition publique.

Parmi ces charitables associations, on remarque, entre autres, celles qui se réunissent chez madame la vicomtesse Dambray, au petit Luxembourg; chez madame la duchesse de Duras, rue de Varennes, et l'institution dite de la Paroisse Saint-Louis, rue de la pépinière.

Imprimerie de JUT.l'.S DIDOT AINK, iMPnniEin ni' noi

ilu Poni-de-Loai. 11° G.

OlMANCIin, lyDLCliMD, l8i6-

Le prix de l'aboi est, pour Paris, de 2 2 francs *i par an , ei de 11 francs pour six mois. Pour les dt-pariemenis, de 24 fr-nics par an, cl i3 francs pour six mois.

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lir ANNtE. N" 33.

% Bureau de rahoniieincm

cher LoDis Colas, libraire, rue Daupliine, n" 32; ec chei les priucipaux liliraire.-- Cl directeurs des postes de> départements.

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COIUîESr'O.XDANCE.

nLPON.SES AU.\ DEhXlÉRES QUESTIONS DU BOX GÉXIE,

Il parait que mes deux questions ont fait fortune, c'est-à-dire qu'elles ont e.xcitti l'éniulation de mes jeunes correspondants , car j'ai reçu cette fois un nombre de lettres plus considérable que jamais; et ce qu'il y a de mieux, c'est que la quantité, dans ce cas, n'a pomt nui à la qualité. Je n'avais pas encore eu un si grand nombre de réponses bien conçues et bien rédigées d'un bout à l'autre. Cela ni'a fait beaucoup de plaisir, mais en même temps cela m'a jeté dans un grand embarras , pour le choix des lettres à imprimer, et je vais sentir Lien vivement le regret de ne pouvoir insérer dans cette feuille toutes celles qui le mériteraient. J'abrège au moins ce préambule, afin de leur réserver le plus d'espace possible.

PUEMlÈftE QUESTION'.

Qii'tsi-ce cjue la vanité? à quels inconvcnieiVs exposet-elle celui qui y ei( enclin?

Les deux réponses qui m'ont paru devoir être choisies de préférence pour les imprimer, sont celles de mademoiselle Caroline L et de mademoiselle Rosalie ***. Les voici ;

«Mon bon Génie, la vanité est le défaut de celui qui s'attribue des qualités qu'il n'a pas, ou qui veut se faire honneur de stériles avantages, tels que la richesse, la naissance, la beauté, etc. La vanité vit de petitesses et se nourrit de frivolités. Cependant elle est appuyée sur si peu de chose, qu'il est difficile de se persuader que ce soit un défaut si commun qu'il est presque universel. Si l'on voulait réfléchir que la naissance est le fruit du hasard, qu'il ne faut qu'un caprice de la fortune pour disperser les richesses, enfin que la beauté n'est que passagère et s'enfuit avec les années, on concevrait à peine que quelqu'un pût se glorifier de si faibles biens.

ic II me serait difficile d'énumérer tous les inconvénients auxquels la vanité expose celui qui en est atteint. En exigeant des hommages, l'homme vain ne s'attire que le mépris, ou plutôt il inspire aux autres le désir de l'humilier. Chacun se croit en droit de verser le ridicule sur celui ijui veut dominer sur tous. Fatigués de l'entendre continuellement vanter sa supériorité, tous chercheront à lui prouver quelle se réduit à rien ; et en butte aux railleries les plus amères, la leçon sera pour lui d'autant plus cruelle, que per sonne ne le plaindra, lorsqu'on verra tomber sous le coups du ridicule les vains avantages dont il se gk jiflait. " Caroline L "

( iSo )

H Bon Génie, j'étais hier h une soirée où l'on s'occupa de petits jeux innocents: il y en a un qui intéresse assez généralement; il consiste à écrire une demande sur un morceau de papier qu'on plie et qu'on jette dans un chapeau. Chaque personne prend au liazard une de ces questions à laquelle elle est tenue de répondre. On fait ensuite à haute voix la lecture de tous ces bulletins.

«Depuis quelques jours, je me trouvais fort embarrassée pour répondre à la dernière question que vous nous avez faite. Je me suis avisée hier de l'écrire, autant de fois que nous étions de personnes prenant part au jeu dont je viens de vous parler, et de substituer mes billets à ceux qui étaient déposés dans le chapeau, de manière que tout le monde a eu à répondre à la même question qui est la vôtre.

"Permettez-moi, Bon Génie, de vous soumettre le dépouillement de cette espèce de scrutin secret, en vous priant de faire, dans la litanie que je vous adresse, tel choix que vous jugerez convenable.

« Définitions de ta vanité : L'orgueil fondé sur les petites choses. — Amour de l'estime et des louanges qu'on ne saurait mériter. — Le sacrifice d'un sot aux sottes idées d'autrui. — La fille de l'orgueil et de l'ignorance. ■ — Orgueil avorté. — Le conseiller des sots. — Le miroir des petites âmes. — L'illusion d'un nain monté sur des échasses. — La conscience des fiiibles qui se croient forts. — La consolation des gens médiocres auprès des hommes supérieurs et modestes. — Le triomphe du fat chez les imbécilles. — La doublure de l'orgueil.

il Je réunis en peu de mots, et eu vous épargnant les redites, ce qu'ajoutaient nos petits bulletins, sur les inconvénients de la vanité:

K C'est la source de nos plus grandes peines; elle nous abaisse autant qu'elle voulait nous élever, nous rend dupes de tout le monde, nous fait entreprendre au-delà de nos forces, nous rend aveugles et sourds; elle ne nous donne de confiance qu'en nous et veut que nous rapportions tout à nous-mêmes; de là nos fautes les plus graves et l'égoïsme le plus dur. Enfin, la vanité nous attire le mépris des bons, la haine des gens médiocres, l'amitié des méchants et l'estime des sols. « Rosalie **', à Orléans, 'i

Les lettres que je regrette le plus de ne pouvoir imprimer en entier à la suite des deux qu'on vient de

lire, sont celles de mademoiselle /l/rtivyxcnVc i •

M. Eugène Ddisle, de Pf'rigueux ; mademoiselle Aline

. L , de Baugé; mademoiselle Delphine F...... de

[.•'^Vienne.

' Voici quelques pensées qui m'ont paru susceptibles d'/'lre extraites de différentes réponses, et présentées délaclii'es:

" La vanité est toujours le partage des esprits médiocres, tandis que l'orgueil est souvent accompagné du vrai mérite, n (M"" Marguerite L.... )

a La plus sotte, et je pourrais dire la plus irreligieuse des vanités est celle des richesses. Nous devons penser que nous ne les possédons que pour ce monde, et qu'elles ne contribueront en rien à notre bonheur ou malheur éternel. Dieu en accorde à quelques hommes, mais c'est pour en faire un bon usage, et nous ne devons point nous en prévaloir devant ceux à qui elles ont été refusées. » (M"' Ariane S. de C.,a Crans.)

Il La vanité est petite et mesquine. Elle expose celui qui en est atteint à de grandes humiliations; car, comme il est disposé h froisser l'amour-propre des autres, il rencontre par-tout les mêmes dispositions à son égard, ii (M"' Célinie de B...., à Banneville.)

" Les personnes qui ont de la vanité ne pensent pas que les richesses et la beauté sont passagères; elles font trop de cas de ces biens qui peuvent s'évanouir par la volonté de Dieu." (M"'' Aitgusia S. de C...., à Crans.)

<i Les vertus qui sont contraires à la vanité sont, je crois, la modestie, la douceur et la bienveillance. Toutes trois nous font aimer quand nous sommes jeunes, et respecter quand nous sommes plus âgés, autant que la vanité nous fait haïr. « {M"° SopliieCh....)

Il La modestie est le cachet du vrai mérite, comme la vanité l'est de l'ignorance. » (M"' Caliste B )

« Il ( l'homme vaniteux) sera haï et méprisé de ses inférieurs qu'il traite avec orgueil et dureté; dédaigné par ses égaux au-dessus desquels il veut s'élever; enfin, il sera la fable de ses supérieurs qu'il voudra singer. » (M. Louis Herrnann, à ÎMézières.)

((La vanité, dans beaucoup d'occasions, nous fait raisonner comme ce régent de classe qui, pour prouver qu'il était le plus bel homme du monde, s'y prenait ainsi : (( L'Europe est la plus belle partie du (( monde; la France est le plus beau pays de l'Europe; u Paris est la plus belle ville de France; le quartier (((le l'université est le plus beau quartier de Paris; la (. plus belle chambre de l'université, c'est la mienne; 0 je suis le plus beau de ma chambre; donc je suis le ((])lus bel honnne du monde. » (M. Gustave IL.., à Bressuire. )

(( Ah ! que n'avons-nous sans cesse devant les yeux , pour abaisser notre vanité et notre orgueil, celui qui vint sur la terre, non pour faire éclater sa puissance, mais pour nous montrer que l'humilité est la plus belle des vertus ! Il l'a pratiquée jusqu'au dernier soupir; et du haut de sou tr(Jne céleste, il ouvre ses bras à l'Iiinublc (pii s'oublie lui-même pour s'anéantir

devant lui. Ob! si nous pouvions posséder la vertu d'humilité, elle nous conduirait à la perfection:.. M J.D.) u J'espère que vos petits abonnés ne tireront jamais vanité des petits succès qu'ils remportent quelquefois les uns sur les autres, dans votre journal, et dont le plus gratid prix à leurs yeux sera toujours le plaisir que vous avez la bonté de dire que leurs compositions vous causent. » (M"° Ariane de C.-.. )

Dans le nombre considérable de lettres que j'ai sous les yeux, je regrette de ne pouvoir que mentionner Iionorablement celles qui portent les signatures suivantes :

M"' Antoinetle R. de la M....,k Marseille; M"" Louise F...., à Grenoble; M"' Clémence de F.....; M"' Jlexandrinede L...., au château de Dobert; ^r'' Cécile deP. , à FoUembrav; yi"' Virginie B...., à Metz; M"' E'/iia A...., à Limoges ; M"' Aiigustine ***, au Lude; M"' Er-

nestine P , à Montataire; M. Jules Guérin; M"" H..,

et Emma H. de Saint-Ton; M"' Léonie B....; M'' Fietonne P...., à Rouen.

Je dois faire remarquer que, parmi ceux et celles de mes correspondants et correspondantes que je viens de nommer, il s'en trouve de très jeunes qui ont eu à lutter contre de beaucoup plus avancés, et qui s'en sont tirés avec honneur.

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