‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 116 sur 169 · LES ESPÉRA^'CES · texte numérisé non relu

LES ESPÉRA^'CES

Les vœux, les projets, les espérances amusent et trompent la vie. L'imagination les fait naître, les pare de couleurs brillantes, leur prête une réalité fictive, anticipée, et prépare, hélas! le désenchantement.

Les vœux ne coûtent rien à faire; hardis, rapides, ils bravent les obstacles et se jouent de linvraisemblaiice.

L'espérance, plus timide, cherche un appui, un fond pour jeter l'ancre, et ne rêve que des choses possibles.

Les projets ont quelque chose de moins passif, de moins paresseux; en cherchant les moyens, ils appellent la volonté au secours de l'imagination.

Les vœux possibles se changent en projets; les pro-

jets deviennent espérances : tille est la marche ordinaire de nos désirs.

Avons-nous tort, enfants, de former des vœux, de faire des projets, de nous livrer à l'espérance? Non sans doute : ces élans vers l'avenir sont un besoin de l'âme humaine. Mais dans nos vœux, nos projets, nos espérances, le choix est tout pour le bonheur.

Au reste, il est un sûr moyen de ne pas s'égarer dans ses vœux, c'est d'en faire un premier qui règle tous les autres : le vœu de plaire à Dieu. Celui-là chasse d'avance tous les vœux insensés ou coupables; il comprend , à lui seul, tous les vœux de bonheur possible.

Voulons-nous éprouver nos vœux? essayons d'y joindre la prière : tout vœu qu'on n'ose adresser à Dieu doit expirer dans le cœur, comme téméraire ou coupable.

Faisons pour nous les vœux que nous ferions pour un fils. Appuvons nos vœux de bonheur sur des projets vertueux, et plaçons en Dieu nos espérances.

Les vœux d'être riche, puissant, considéré, admiré, seraient des vœux de bonheur, s'il n'y avait point de riches malheureux, de grands inquiets, d'artistes et d'hommes de génie persécutés par la haine et l'envie.

Le vœu d'être agréable à Dieu par la vertu ne saurait être stérile ; il commence déjà le bonheur, car l'espérance n'abandonne jamais la foi ni la-charité.

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