‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 118 sur 169 · ET LE JEUNE ÉPAGNEUL · texte numérisé non relu

ET LE JEUNE ÉPAGNEUL

F.\BLE

Redoutable gardien du château de son maître , A l'aspect d'un intrus, terrible, furieux, Sultan eût fait trembler les plus audacieux :

Et cependant , Sultan peut-être Était de tous les chiens le moins présomptueux.

D'ailleurs, doux, caressant, paisible.

Pour les gens du logis c'était un vrai mouton.

Il est beau d'être fort et bon ; Aussi notre Sultan , malgré son air terrible,

IS'etait point exclus du salon.

Or, un jour qu'il y venait faire, A l'heure du repas, sa visite ordinaire.

Il y rencontre un compagnon,

Jeune épagneul , petit , mignon ,

Un peu gâté, selon l'usage,

Joueur, comme on l'est à son âge.

Mais en somme assez bon garçon.

Sultan , en chien poli , lui fit à sa façon

Un accueil plein de bienveillance:

Tournant autour de lui, faisant la révérence.

Il semblait inviter Fripon ,

(Du petit chien c'était le nom ).

A prendre part à la pitance.

Mais Fripon , au premier abord ,

Intimidé, serrant la queue, Se tenait à l'écart : il eût jappé bien fort ,

S'il eût été loin (l'une lieue.

Cependant raccucil ])on enfant Du gardien du logis, lui parut rassurant : Il cesse de trembler, abandonne la chaise

Sous laquelle il s'était caché ; Puis bientôt, de Sultan le voilà rapproché

Et se sentant tout à son aise.

Ce n'est pas tout : après avoir fait son repas ,

Déjouer il lui prend envie; Le bon Snltan se prête h ses jeunes ébats; Roulant sur le tapis selon sa fantaisie.

Tantôt debout, tantôt à bas.

Le tournant, rétournant, il faisait sa partie , Sans blesser de Fripon les membres délicats. Le jeu durait depuis près d'une heure et demie,

Et Fripon ne s'en lassait pas, Quand soudain le marteau de la porte cochère

Retentit jusques au salon ; Sultan vole, son œil est brillant de colère; Ledevoira parlé, plus de jeu, son affaire

Est de veiller sur la maison ,

Alors , notre jeune Fripon

Qui n'entend riei\à ce mystère, Ne veut pas lâcher prise et lui saute au derrière.

Mais pour le coup, montrant la dent,

.Sultan se retourne en grondant.

Et le pauvre épagneul tremblant

Aurait voulu rentrer sous terre.

Je prie mes jeunes lecteurs de vouloir bien me dire:

i" Quel est le sens moral qu'on peut tirer de la fable qu'ils viennent de lire'?

2" Ce qu'ils pensent de la conduite du gros chien , et de celle du jeune cliien ?

Comme ces deux questions sont à la portée de mes plus jeunes lecteurs, aussi bien qu'à celle des plus avancés, je me dispenserai, cette fois, d'en faire une spéciale pour les premiers. Chacun répondra à celleci, à sa manière et selon ses idées. Je prie seulement ceux de mes correspondants qui n'ont pas onze ans accomplis, d'indiquer leur âge, afin (jue je puisse les placer dans une classe à part, et choisir une ou deux

de leurs réponses pour les imprimer après celles de leurs plus grands émules.

J'attendrai les réponses dans le délai de ce jour au dimanche \l^ janvier prochain; et je réitère encore 1 invitation de ne pas dépasser ce terme.

VARIÉTÉS

.Voici un petit apologue emprunté, par l'abbé Blancliet, au poète oriental Sadi, et qui renferme une leçon bonne pour tous les âges.

11 Le favori d'un sultan jeta une pierre à un pauvre derviche, qui lui demandait l'aumône. Le religieux outragé n'osa rien dire: mais il ramassa la pierre et la garda, se promettant bien de la rejeter, tôt ou tard, à cet homme superbe et cruel. Quelque temps après, on vint lui dire que le favori était disgracié; que, par ordre du sultan, on le promenait dans les rues monté sur un chameau, et exposé aux insultes de la populace. A cette nouvelle, le derviche courut prendre sa pierre : mais après un moment de réflexion, il la jeta dans un puits. Je sens à présent, dit-il, qu'il ne faut jamais se venger : quand notre ennemi est puissant, c'est imprudence et folie; quand il est malheureux, c'est bassesse et cruauté.»

— Il y a un proverbe espagnol qui dit : Il Trois beaucoup et trois peu sont pernicieux à l'homme : beaucoup parler et peu savoir; beaucoup dépenser et peu avoir; beaucoup présumer et peu valoir, n

— L'Amie de tous tes Enfants, ou Recréations tnorales de l'Enfance, contenant des contes moraux, des historiettes amusantes, des conseils à la jeunesse sur les défauts et les préjugés ordinaires à cet âge; par madame de M : tel est le titre d'un livre que je crois

pouvoir recommander de nouveau à mes lecteurs, h l'approche des étrennes. On peu se le procurer, soit au bin-eau du Bon Génie, soit chez Belin-Leprieur, libraire, quai des Augustins, n° 55.

AVIS

Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" janvier 1826 pour im an, ou du 1" juillet de la même année pour six mois, et expire par conséquent à la fin de décembre courant, sont invités il le faire renouveler avant le dimanche 7 janvier prochain, afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.

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