SOUHAITS DU BON GÉNIE
Paris, 3i décembre 1826.
C'est aujourcFliiii, si je ne me trompe, le jour de saint Sylvestre, d'où il est permis de conclure que nous ne sommes pas loin du jour de l'an. J'ai donc tout lieu de craindre que l'attention de mon jeune public ne soit fortement détournée de moi en ce moment, et voilà que je me retrouve dans un embarras que j'ai déjà éprouvé deux fois. Je m'en tirerai la troisième comme les autres, c'est-à-dire en prenant mon parti d'être un peu délaissé pour une semaine; mais je ne me priverai pas pour cela du plaisir d'exprimer les vœux que je forme à votre sujet, mes jeunes amis; et ceux qui me liront, malgré l'importance de leurs occupations à cette époque, trouveront, déposée dans nos petites arcbives, cette expression de ma sincère affection pour vous tous.
Je vous souhaite, mes amis, avecla santé du corps, la sagesse qui est la santé de Pâme.
Je souhaite qu'en faisant l'examen de votre conduite pendant l'année qui expire, vous n'y trouviez aucun sujet de regrets, aucun reproche à vous faire; que vous vous sentiez satisfaits de vos progrès en instruction, en vertu, et de toutes vos actions.
Je souhaite à ceux qui auront le bonheur d'être
dans ce cas, une vertu sans laquelle tout le fruit des autres serait perdu, la persévérance, qui fait qu'une fois entré dans la bonne voie , on ne la quitte plus.
Je souhaite à ceux qui n'auront pas le même bonheur, c'est-à-dire qui ne seront pas aussi satisfaits de leur examen de conscience, la force de former de bonnes résolutions pour l'année prochaine, et le courage nécessaire pour les exécuter.
Je souhaite que les uns et les autres n'oublient jamais qu'ils ne peuvent rien sans le secours de Dieu: que c'est à lui qu'ils doivent s'adresser toujours, soit pour lui demander la grâce de faire le bien et d'éviter le mal , soit pour le remercier quand il leur a accordé celte grâce.
Je souhaite que mes jeunes amis contribuent, par leurs bons sentiments et par une sage conduite, à réaliser les vœux de bonheur qu'ils vont offrir à leurs parents.
Je souhaite qu'à la fin de l'année qui va commencer, chacun de vous puisse se dire : Je compte une année de plus, mais je l'ai bien employée.
Je souhaite que vous n'éprouviez dans le cours de cette année, aucun grand chagrin, et que vous sa- il chiez supporter, avec patience et résignation, le.slj; petites contrariétés et les petites souffrances insépa-\f.
râbles de la condition humaine; je souhaite sur-tout que vous ne vous en attiriez aucune par votre faute.
Je vous souhaite tous les plaisirs qui seront compatibles avec vos devoirs; comme je désire avant tout votre bonheur, je ne puis vous les souhaiter sans cette condition, car on ne saurait être heureux quand on a sacrifié le devoir au plaisir.
Je vous souhaite de jolis et utiles présents d'étrennes, et par-dessus tout le contentement et la bénédiction de vos parents.
Je vous souhaite, pour cette année et pour toute votre vie, des occasions et le pouvoir de faire de bonnes actions, d'exercer ces vertus de bienveillance, de bienfaisance, de sincérité, de modestie, dont vous connaissez tous les charmes que vous m'avez si bien exprimés dans votre correspondance.
Permettez, mes amis, que mon dernier vœu soit un peu intéressé : Je souhaite, enfin, que vous conserviez au bon Génie une affection qui ne sera qu'un juste retour de celle qu'il vous porte.