‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 120 sur 169 · LE CHOCOLAT · texte numérisé non relu

LE CHOCOLAT

J'ai coutume, tous les ans à pareille époque, de livrer une petite guerre aux bonbons. Je concevrais que les confiseurs m'en sussent mauvais gré, mais j'espère qu'il n'en peut être de même de mes lecteurs, car ils doivent bien penser que mon intention n'est point de les priver d'un plaisir; je désire seulement leur faire éviter les fâcheuses conséquences au.xquclles s'exposent ceux qui se laissent trop séduire par l'aspect brillant, par le parfum, par les formes variées et les couleurs éclatantes de tous ces jolis poisons. Je ne soupçonne de gourmandise aucun de mes jeunes amis; j'ai trop bonne opinion d'eux pour cela: mais on est si distrait, si préoccupé, le premier jour de l'année, on nage dans une telle abondance de présents sucrés, on est pressé par tant d'instances, on a soi-même tant de plaisir à faire part aux autres de ce qu'on a reçu, qu'il est possible de s'oublier, et de manger trop de bonbons, autant par distraction que par goût. C'est sous ce rapport que j'invite ceux qui me liront à veiller sur eux-mêmes, afin de prévenir les regrets et les souffrances qui pourraient être le résultat de leur iuqirudence.

De tous les boubous, les plus innocents sont sans contredit ceux qui sont faits avec du chocolat. Ce n'est pas à dire qu'on en puisse non plus manjjer impunc»luent avec excès; mais enfin , ils sont moins nuisibles que tous les bonbons crist.illisés, peints, il la liqueur, au café, et autres dont l'aspect sans doute est beaucoup plus séduisant. Ce qui est beau et ce qui brille ne vaut pus toujours ce qui est sinqile et

sans éclat; c'est là une vérité si générale, qu'on en trouve l'application jusque dans la boutique d'un confiseur.

Pour vous prouver l'estime que je fais des qualités modestes du chocolat, je vais lui consacrer aujourd hui un article; je ne saurais choisir une meilleure occasion pour cela.

Le chocolat est composé d'une substance appelée cacao, qui en forme la base; de sucre, qui en fait l'assaisonnement; et d'une petite quantité d'aromate, tel que vanille, cannelle, girofle, ou autre.

Je vous ai déjà parlé de la canne à sucre, mais je ne vous ai point dit encore ce que c'est que le cacao. Cette substance provient d'un arbre nommé cacaoyer, qui croit naturellement sous la zone torride, dans diverses contrées de l'iVmérique, et particulièrement dans la Guiane et au Mexique, sur la côte de Ca raque. Cet arbre , cultivé dans les colonies, est d'une grandeur et d'une grosseur médiocres; il a à-peu-près le port d'un cerisier de moyenne taille. Son écorce est de couleur de cannelle plus ou moins foncée; son bois est poreux et fort léger; ses feuilles sont grandes, lisses, et se renouvellent sans cesse, de manière que ses rameaux n'en sont jamais dépouillés. Il est aussi chargé en tout temps de petites fleurs sans odeur, éparses et disposées en faisceaux sur le tronc et sur les branches. Le fruit du cacaoyer présente une enveloppe coriace, dont l'intérieur est divisé en cinq loges remplies d'une espèce de gelée acide, dans laquelle se trouvent des amandes. Ces amandes sont à-peu-près de la grosseur d'une olive, charnues, un peu violettes, lisses, et au nombre de vingt-cinq à quarante dans chaque fruit. La peau qui les recouvre est très amère ; mais la pulpe dont elles sont entourées, mise dans la bouche, élanche la soif et rafraichit agréablement. C'est la chair de ces amandes qui donne la substance appelée cacao; substance très précieuse h cause de ses propriétés nutritives et forti'fiautes.

Avant la conquête du Nouveau-Monde, et de temps immémorial, les Mexicains préparaient, avec ce Iruit, leur boisson favorite, le c/ioco/af; elle consistait dans du cacao grillé et broyé, qu'ils délayaient dans de l'eau: ils y ajoutaient, pour lui donner de la consistance, de la farine de mais, et du piment pour l'assaisonner. L'existence du sucre leur était inconnue, puisque la canne, originaire des Indes n'a été apportée à .Saint-Doniiujîue qu'en i5o6, i5 ans après la découverte de l'Amérique.

Les Espagnols partagèrent l'enthousiasme des Mexicains pour les propriétés merveilleuses qu'ils attribuaient à ce chocolat grossier. Sa préparation, toute imparfaite qu'elle était alors , devint bientôt entre leurs mains un objet de spéculation ; ils en firent un secret, et ils ont vendu long-temps, pour du chocolat, unr

simple pâte de cacao, grillé, mondé, broyé, et préparé en bâtons.

La canne, transportée dans nos colonies, ayant rendu plus commun en Europe l'usaoe du sucre, les Espagnols ne manquèrent pas de le faire entrer dans la préparation du chocolat, ce qui en fTt un ahmeul également agréable et sain. Ce ne fut que long-temps après, que les autres nations parvinrent à découvrir la composition de celte pâte savoureuse. Elle cessa alors d'être un mystère; chaque fabricant, connaissant les ingrédients qui y entraient, en modifia les proportions, selon le goût des divers consommateurs. Enfin aujourd'hui, le chocolat n'est plus un simple aliment; on le façonne en bonbons, il a l'honneur de la devise et du diablotin, il prend mille formes diverses qui trompent l'œil, mais auxquelles l'odorat et le goût ne sauraient se méprendre; il est enfin un bonbon qui ne le cède en saveur à aucun autre, et qui a sur tous l'avantage d'être parfaitement innocent, pourvu qu'on n'en fasse pas excès.

MOTS A L'OREILLE

^ Soyons discrets dans nos jours de fête, et cachons nos étrennes à ceux qui n'en ont pas.

(ç Nos vieux joujoux ne sont jamais bons h brûler: rappelons-nous que le pain sec du riche serait souvent du biscuit pour le pauvre.

(ç Ne chantonsjamais auprès de ceux qui pleurent.

(ç^ Cachez la bonbonnière d'écaillé à celui qui vous en donne une de corne ou de carton.

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