LES MOISISSURES
Je dinais, il y a quelques jours, chez mon ancien ami, M. Pli...., dont les enfants, Ludovic et Kmilie, m'ont déjà fourni les sujets de plusieurs articles. A mesure qu'Emilie grandit et acquiert de la raison avec des années, sa mère se plaît à l'initier aux soins du ménage, et aux diverses occupations domestiques qui conviennent à une jeune personne sagement élevée. Ainsi, c'est Emilie qui a maintenant, dans l'administration de la maison, le département du linge de table et d'une partie des provisions, telles que café, fruits secs, légumes conservés, et confitures.
iS'ous étions au dessert, et l'on avait eu la bonté de m'offrir déjà plusieurs friandises que j'avais refusées, parce que je m'attendais à une offre de la part d'Emilie , et que je ne voulais pas lui faire le chagrin de ne point accepter, u Mon bon Génie, me dit-elle en effet, voici des confitures de prunes, que j'ai faites cet été avec Maman ; j'espère au moins que vous ne refuserez pas votre petite Emilie. — Non sans doute, répondisje; car je me suis réservé tout exprès pour ses confitures. ))
Pendant que je disais ces mots, la petite ménagère
découvrait vivement le pot de prunes Mais quel
chagrin! Une large tache de moisissures en couvrait
toute la surface. " Ah ! ([u'est-ce que cela? s'écria Emilie; nos pauvres confitures sont perdues!» Et bien vite, elle courut en chercher un autre pot. Celui-ci était presque intact; après avoir enlevé un peu du dessus, nous en mangeâmes, et elles furent trouvées fort bonnes. Mais Emilie paraissait préoccupée de ce petit accident; je l'invitai à s'en consoler; elle me répondit qu'il n'y avait qu'un moyen, et que c'était de lui expliquer d'où provenaient les moisissures. Charmé de satisfaire une aussi aimalile enfant, je le fis en ces termes :
« Les moisissures sont des plantes qui appartiennent à la famille des champignons. Elles présentent la forme de petits filaments sinjples ou rameux, très frêles, très légers, très délicats, et que le moindre souffle emporte ou altère. Ces plantes végètent sur les corps où il se trouve un principe muqueux uni à une certaine quantité d'eau. Elles se développent surtout sur les substances qui commencent à se corrompre, et elles en hâtent là décomposition. Tantôt elles sontéparses, tantôt elles paraissent réunies en larges ^ touffes. La durée de leur vie est proportionnée à leur >t ^ extrême délicatesse, et quel([ues heures suffisent pour / ',"7 les conduire à leur parfait accroissement. Lorsqu'onjS j'- ' observe unetouffedemoisissures, à travers une bonne v'pjf' loupe grossissant fortement les objets, on aperçoit, '' 'V
dans un espace de quelques lignes, une forêt en miniature, composée de petits végétaux rameux qui portent en haut de leur tronc de belles grapes de graines. Le sol divise en montagnes et en vallées, est revélu d'un gazon mélangé de couleurs différentes. Le jaune y contraste avec le vert, le rouge et le blanc; souvent des gouttes d'eau brillent comme des rubis .sur ce parterre. De petits animaux se promènent dans cette foiét, et de grosses larves en soulèvent le sol. lîetirez la loupe, et à l'instant le charme disparait; tous ces phénomènes se réduisent, pour l'œil désarmé, à une tache grise sur un morceau de pain ou de fromage à demi pourri. — Voilà, interrompit Emilie, de grandes merveilles, dans une petite chose où on ne les soupçonnerait guères. Cela revient à ce que vous nous avez dit souvent, mon bon Génie, qu'il n'y a rien de petit, rien d'insignifiant dans les oeuvres de Dieu. — Mais, demanda Ludovic, il y a une chose que je ne comprends pas: comment ces moisissures peuvent-elles pousser là oîi il n'en existait pas d'abord et où, jDar conséquent, il n'y avait pas de leurs graines?— 11 faut, repris-je, que les germes qui font naître les premières moisissures sur un corps, y soient ransportés par l'air; et c'est ce qui arrive, ainsi qu'on s'en est assuré par diverses expériences. Ma petite Emilie ne doit donc pas élre surprise, si ses confitures de prunes ont été attaquées de moisissures. Peut-être l'avait-elle pas pris des précautions suffisantes pour es en préserver. Le moyen d'y réussir est, d'abord, le les faire cuire au point convenable; ensuite, de les lien comprimer dans le pot; de ne pas les laisser exposées trop long-temps à l'air avant de les couvrir; le ne pas se borner à y mettre un simple couvercle le papier, souvent fort mince, mais d'y en mettre plusieurs doubles; enfin, de les placer dans un endroit très sec, exposé à la lumière, et même au soleil, si cela est possiljle. Ces précautions sont bonnes à prendre, non seulement pour les confitures, mais pour les herbes cuites, les légumes et autres provisions de ménage. Elles sont d'autant plus importantes, que les moisissures accélèrent la corruption des corps et leur communiquent une saveur nauséabonde, très désagréable, et qu'il est extrêmement difficile de leur faire perdre. — Tache de te souvenir de tout cela, Emilie, dit Ludovic, afin de ne [las nous faire manger des confitures moisies. — Ah ! Monsieur le fai.seur d'épigrammcs, je voudrais bien voir comment tu te tirerais du ménage, toi qui arranges si bien ta cham- 1,'re. — Tu as raison, ma sœur; il est vrai que si tu ne mettais pas de temps en temps un peu d'ordre dans ma commode, je ne saurais souvent où retrouver mes affaires. — Pauvre Ludovic! tu es un garçon de bonne foi. — Et vous, ajoutai-je, si vous continuez, vous serez une bonne et aimable pelile femme. »
MOTS A L'OREILLE
SOUFFLÉS PAR LE BON GÉNIL
^ La vigilance et la prière sont deux armes puissantes contre le mal.
^ V^eillez sur vous-même, afin de n'être point sur- |)ris par la tentation; priez, afin d'obtenir la grâce d'y résister.
(^ Écoutez la voix de votre conscience, avant qu'elle puisse vous faire des reproches.
Vç, Quand vous rougissez, enfants, c'est Dieu «pii vous avertit.
tç Une âme pure est comme une fleur délicate et parfumée, dont il faut craindre d'altérer la fraîcheur.