LE CAMÉLÉON
Le cainéicon, dont une de mes jeunes abonnées m'a demandé il y a quelque temps riiistoire, est un petit animal qui appartient à la famille des lézards. Il leur ressemble par l'aspect général de sa forme, mais voici quelques particularités qui lui sont propres: sa tête est triangulaire et applatie sur les côtés; sa bouche est très fendue; ses yeux gros et saillants se meuvent indépendamment l'un de l'autre, de manière que l'un peut regarder en avant tandis que l'autre regarde en arrière; ses pattes sont longues et ses pieds garnis d'ongles crochus; enfin, sa queue se termine en pointe, et jouit de la faculté de saisir, comme celle de certains singes.
Le caméléon vit dans les contrées les plus chaudes de l'Afi-ique et de l'Asie. Il se tient habituellement sur les branches des arbres, où il grimpe avec ime lenteur qu'il apporte dans tous ses mouvements. L'immobilité semble être son état le plus ordinaire. Il se nourrit cependant d'insectes, et voici comment il parvient aies saisir, malgré son peu d'agilité : Cet animal est pourvu d'une langue très longue et gluante, qu'il sait lancer habilement hors de sa bouche au moment où un insecte passe devant lui; aussitôt que cette langue touche l'insecte, il s'y colle, et elle le ramène
dans la bouche du caméléon. Il reste quelquefois fort long-lemps à attendre sa proie, avec une patience qu'on pourrait admirer, si elle n'était pas le brut instinct de sa nature, et si l'on ne savait d'ailleurs que cet animal a un estomac très complaisant, qui peut se passer de nomriture pendant des mois entiers. C'est ainsi qu'il demeure caché, pendant l'hiver, soit dans des trous, soit sous des tas de pierres, sans manger, dans un état parfait d'immobilité, et pourtant sans être endormi.
Cet animal, fort laid, dépourvu do toute grâce, ne donnant presque aucune marque d'intelligence, n'aurait probablement pas acquis la célébrité qu'il a obtenue, sans une propriété singulière qu'on a regardée long-temps comme une grande merveille. L'épiderme du caméléon est transparent; sa peau est jaune et son sang est d'un bleu violet très vif. Il en résulte que, lorsque la passion ou une impression quelconque fait passer plus ou moins de sang à la surface de son corps, le mélange du bleu, du violet et du jjune produit plus ou moins de nuances différentes. Ainsi, dans l'état naturel, lorsqu'il est libre et tranquille, sa couleur est d'un beau vert. Est-il en colère? elle passe au vert bleu foncé, au vert jaune, et au gris plus ou moins noir. Est-il malade? il devient gris jaune et jaune feuille morte. C'est dans cet état que j'en ai vu un
<]ue l'on montrait à Paris, au Bazar. Lorsqu'on parvenait à l'irriter, la nuance changeait; mais je n'ai pu Je voir tel qu'il doit être, en état de santé et de quiétude, dans un climat chaud.
(>ette faculté de changer de couleur avait fait supposer, dans Tanliquité, que le caméléon ])renait la couleur des objets qu'il approchait, et c'est pour cela qu'on en avait fait l'einhléme du flatteur, qui affecte de penser et d'agir comme les hommes puissants auprès desquels il veut s'insinuer. C'est là ce qui a valu au caméléon sa grande célébrité, dont il ne se doute guères; et quoiqu'on sache aujourd'hui ([ue les changements de couleur que subit cet animal, ne dépendent aucunement de celle des corps qui l'environnent, son nom n'en est pas moins resté l'objet d'une comparaison humiliante pour ceux à qui elle peut être appliquée.