‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 143 sur 169 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

Tranquille et doux par caractère et par habitude, le jeune Camille Desgrieux éprouvait une excessive timidité lorsqu'un étranger lui adressait la parole. Un rouge vif colorait alors ses joues; il tortillait le mouchoir qu'il tenait dans ses mains; ses yeux baissés, sa tête enfoncée dans le collet de son habit, témoignaient l'extrême malaise que lui causait la moindre marque d'attention dont il était l'objet. Dans sa première enfance, il arrivait même que, si l'on insistait pour obtenir de lui xine réponse, il fondait en larmes,

courait se cacher, et ne reparaissait pas de toute une journée. Ses parents s'inquiétèrent peu d'abord de cette petite faiblesse; ils pensèrent qu'elle se dissiperait d'elle-même avec le temps, et que c'eiit été y attacher trop d'in)portance que de chercher à la combattre.

Cependant, l'âge des études arriva; Camille passa au collège plusieurs années, et ses maîtres rendirent de lui le témoignage qu'il était soumis, appliqué, et que son travail était excellent. Mais rien ne put le déterminer à vaincre l'espèce de sauvagerie qui lui était naturelle. Toujours silencieux, solitaire, toujours déconcerté par la moindre plaisanterie ou par la plus simple question, s'il se trouvait compromis dans quelques querelles entre ses camarades, loin de chercher à se défendre et à se disculper, quand il ne lui aurait fallu qu'un mot pour cela, il se troublait tellement, que plus d'une fois cet embarras le fit passer pour coupable et lui valut des réprimandes non méritées. On pense bien que le pauvre Camille était en bute aux railleries des autres écoliers : l'un remarquait la délicatesse de sa voix; celui-ci celle de son teint, celui-là ses yeux baissés qui ne pouvaient soutenir en face le regard de personne; enfin on ne l'appelait que Mademoiselle Camille.

Cependant les années s'écoulaient: de retour chez ses parents, Camille avait depuis long-temps quitté l'enfance, mais non cette gaucherie qui, devenue insurmontable par l'haltitude, enchaînait sa langue et semblait maîtriser tous ses membres. En vain ses sœurs le pcésentant aux réunions de leurs jeunes amies, engageaient celles-ci à l'admettre dans leurs contredanses et leurs jeux. Que de figures embrouillées, que de robes déchirées, que de jolies souliers blancs salis par un coup de pied maladroit, furent le résultai de cette complaisance! Le pauvre Camille portait à ces petites fêles un air si désolé, inie souffrance si véritable inondait son front de sueur, ses réponses, presque toujours hors de sens, présentaient un contraste si frai)pant avec la gaieté et la vivacité des aulres jeunes gens, qu'il offrait un vaste champ à la malice des uns et à la pitié des autres.

Ce fut alors, mais en vain, que M. Desgrieux crut devoir donner à son fils de sérieux avis, et lui représenter que, n'étant pas destiné à jouir d'une grande fortune, il se fermait toutes les carrières par son excessive timidité, u L'homme qui veut remplir honorablement la place que le sort lui a assignée, disait-il à Camille, l'homme qui veut mériter quelque considération de la part de ses semblables, doit se sentir capable de les regarder en face et de leur parler sur tous les tons. Ce qui se nomme timidité dans la grande jeunesse, s'appelle pusillanimité tlans un âge plus avancé; et 1 indulgence qu'on accorde à la première, fait bientôt place au mépris qui ordinairement s'at-

laclie à la seconde.» 11 était trop lard; ces remontrances restaient sans effet; mais l'expérience devait donner à Camille une leçon plus efficace.

Atteint d'une maladie mortelle, M. Desfjrieux fut enlevé' à sa famille, lui laissant une fortune dont la plus grande partie consistait en mie créance sur l'État, qu'il s'agissait d'établir et de faire reconnaître. Pour y parvenir, il aurait fallu voir non seulement des gens d'affaires, mais encore de grands personnages, des conseillers d'état, des ministres. Je laisse à penser ce que tout cela pouvait devenir entre les mains du timide Camille. Cependant il y allait de l'existence de sa mère, de ses sœurs, et de la sienne propre. Pressé vivement par M"'" Desgrieux de faire quelques démarches, il s'était présenté une fois ou deux dans les bureaux du ministère; mais il y avait été si embarrassé, il s'y était exprimé avec tant de trouble, qu'on n'avait pu le comprendre, et qu'il n'avait su inspirer à personne le moindre intérêt. Rien n'eut été pourtant plus facile, car ce qu'il avait à réclamer au nom de son père, était le prix de très grands services rendus au gouvernement.

Le temps se passait, et peu-à-peu le bruit se répandit que les droits de la famille Desgrieux n'étaient point prouvés suffisamment, et qu'elle n'obtiendrait rien de ce qu'elle sollicitait, (^'en fut assez pour faire manquer un mariage très avantageux que l'une des sœurs de Camille était sur le point de contracter. Que de reproches le jeune Desgrieux n'eut-il pas à se faire, lorsqu'il vit sa mère en larmes presser ses filles contre son sein, en les appelant pauvres orphelines, sans protecteur et sans appui! L'impression que ce tableau fit sur lui sembla le réveiller d'un long sommeil. Il ne dit rien, mais courant s'enfermer dans le cabinet de son père, il y recherche avec soin les papiers qui peuvent servir à établir ses droits; il les réunit, et se rend dans les bureaux où se traite son affaire. Camille n'est plus le même; sa timidité a disparu; ne songeant plus qu'aux intérêts de sa mère et de ses scieurs, il s'occupe peu de ce que diront ou penseront de luimême ceux auxquels il s'adresse; il s'exprime clairement et avec fermeté. On le comprend enfin; on lui dit qu'il faut voirie ministre. La veille encore, Camille se fîit enfui au bout du monde, plutôt que de se résoudre à faire une semblable visite. Aujourd'hui, il ne balance pas; il se présente avec assurance chez l'homme puissant, il ose le regarder, parler sans crainte, exposer avec énergie les services de son père, et en réclamer le prix. Le ministre l'écoute avec intérêt, reconnaît la justice de sa réclamation; et de sa propre main, il écrit sur la pétition de Camille un mot qui cil assure le succès. Transporté de joie, le

jeune homme revient auprès de sa mère et de ses sœurs, se jette à leurs pieds et s'écrie : « Nous sommes sauvés! Ab! ma mère, ah! mes sœurs, j'étais bien coupable, je méconnaissais^le premier de mes devoirs ! Mais, croyez-moi, vous ne pourrez plus vous plaindre a l'avenir d'être sans protecteur et sans appui. »

VARIÉTÉ. S

Il existe à Paris, depuis environ trois ans, une Association charitable dont le but est d'offrir des secours aux pauvres orphelins, de les placer en apprentissage et de leur donner un état. Cette institution est dirigée par un comité déjeunes gens qui tient ses séances rueTaranne n" 12. Il a décidé récemment que les enfants seraient admis à concourir à cette œuvre de bienfaisance, et pour que la souscription fut à la portée de leurs petites bourses, il l'a fixée à 5 sous par mois ou 3 francs par an.

Le jeune M...., àgè de neuf ans, ayant eu connaissance de cette décision, s'est aussitôt mis en devoir d'inviter ses camarades à souscrire, et il est parvenu à réunir trente-quatre souscripteurs dans sa pension. Il recueille lui-même le montant de leurs cotisations, en tient une note exacte sur un petit registre , et transmet le tout au Comité des orphelins.

Ce Comité, vivement touché d'un zèle si intéressant de la part d'un enfant de cet âge, lui a envoyé une médaille en signe de remerciment. 11 serait difficile d'exprimer la joie que lui a causée ce témoignage du premier service qu'il a eu le bonheur de pouvoir rendre à ses semblables. Il est accouru auprès de sa mère pour lui en faire hommage : u Tenez, Maman, lui a-t-il dit, en lui présentant sa médaille; tenez, il faut la conserver toujours; serrez-la, je vous prie, dans le tiroir ou vous mettez vos diamants. "

A VI. S

Plusieurs de mes nouveaux abonnés mont écrit pour me demander s'il serait possible de se procurer une collection complète de la première et de la seconde année de ce Journal. Le désir qu'ils m'expriment à ce sujet est bien flatteur pour moi, et il me fait sentir un vif regret de ne pouvoir les satisfaire entièrement. Quelques exemplaires de la seconde année nous restent encore, mais la première est tout-à-fait épuisc'c, quoiqu'elh^ ait été déjà en partie reimprimi'e.

iMpniMEniii DE JUI.F.S DIDOT AINli

iIcl'R lili Iiol , rue Jii PoiH-ilc-l.iicli, u' G.

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CORRESPONDANCE

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