‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 148 sur 169 · LA TOURTERELLE · texte numérisé non relu

LA TOURTERELLE

LA CIGOGNE ET LE COUCOU (i), FABLE.

Un jour, maman la tourterelle , Demoiselle cigogne et monsieur le coucou,

Venant tous trois je ne sais d'où,

Arrivèrent à tire-d'aile

Dans un beau champ de chenevis,

Le plus renommé du pays.

La rencontre n'avait rien d'extraordinaire; Et l'on comprend, sans explication.

Ce qu'en tel lieu pouvaient avoir à faire

Une petite ménagère,

Une maman, un vieux garçon.

Tourterelle amassait et ne mangeait que guère; ('igogne de grains frais emplissait son long bec ,

Comme un panier de cuisinière; Et garçon le coucou dévorait vert et sec. Il s'arrêta pourtant, d'un air lourd et stupide,

Lorsqu'il fut si plein, si repus,

Qu'au fond de son gésier avide Il n'aurait pu tenir une graine de plus.

Alors , très content de lui-même , Il contemple un moment les deux autres oiseaux,

Et puis leur adresse ces mots :

Vous prenez une peine extrême

A ramasser encor du grain (^ue vous ne mangez pas, mesdames les avares. Reposez-vous, si vous n'avez plus faim ;

Les grains ici ne sont pas rares ,

Vous en retrouverez demain.

— Monsieur, répond la tourterelle.

C'est peut-être bien dit à vous;

(1) La tourterelle est un Acs oiseaux qui ont le j)lus de soin et de tendresse pour leurs petits, La ei^offne prend soin «le ses père et mère <lans leur vieillesse, et même des autres vieux oiseaux de son espèce, lorsqu'ils sont infirmes. Le coucou ne fait pas de nid ; il dépose ses œufs dans celui d'un autre oiseau par lequel ils sont couves, en sorte qu'il ne connaît ni parents, ni enfants; il vit seul, sans fuinille, et on en a fait, à cause de cela, remblênip de l't-jjoïsnie.

Mais il nous faut cueillir pour d'autres que pour nous:

Aux petits édos sous mon aile Je porte ce repas, qui leur est partagé

Par la tendresse maternelle; Et pour moi, je n'ai faim que quand ils ont mangé. Adieu; leur douce voix vers mon nid me rapelle.

— Et moi , dit la cigogne, et moi, j'ai d'autres soins :

Si je ne suis pas encor mère,

J'éprouve le bonheur du moins De soutenir les jours de mon vieux père,

De pourvoir à tous ses besoins; Je lui rends ce qu'il fit pour moi dans mon enfance.

Quand je recevais tout de lui.

Son cœur palpitait d'espérance;

Et quand je lui donne aujourd'hui,

Le mien bat de reconnaissance.

Adieu, je pars; peut-être il souffre en mon absence.

— Eh bien, dit lecoitcou, je n'ai pas. Dieu merci!

Pour ma part, si grande besogne.

Madame tourterelle, et madame cigogne.

Grand bien vous fasse! Moi, je suis tout seul ici ,

Je mange à mon aise , et digère,

De personne je n'ai souci , Et me trouve fort bien d'être ma seule affaire.

QUESTIONS

J'ai composé la fable que voits venez de lire, mes amis, tout exprès pour vous demander:

1°, Ce que vous pensez des trois personnages qui y fiqurcnt, et du langage que chacun y tient?

2", Quel est celui dont les sentiments et la conduite vous inspirent le plus d'intérêt, et pourquoi:'

3° , Ce que vous auriez dit au coucou , si vous aviez été là (juand il prononçait les derniers mots (jui terminent la f aide?

Comine il me semble que ces questions sont à la portée de tous mes lecteurs, je ne crois pas devoir en faire de spéciales pour les plus jeunes; ceux-ci y répondront selon leur petite raison; et je les prie seulement d'indiquer leur âge, afin que je puisse établir ma division accoutumée en deux sections.

J'attendrai les réponses dans le délai de ce jour au dimanche aS mars courant, et j'invhe de nouveau mes correspondants .*i ne pas dépasser ce ferme. J'ai encore reçu la dernière fois des lettres tardives, entre autres, celles de Mesdemoiselles de S.\int-Y...., qui m'écrivent de la maison royale de Saint-Denis. J'ai été d'autant plus fâché de ce retard , que l'une d'elles avait parfaitement bien saisi la question.

Imphimerie de JUI.KS DIDOT AINK, imprimeuh hl' noi , ria- iu l'oiu-tlc-I.oili

Le prix de l'abonneineni »st , pour Paris , de 2 J francs par an, ei de 12 francs pour sii mois. Pour les dcparlemenis, de 24 francs par an , et i3 francs pour sij mois.

Iir

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CORRESPONDANCE

RÉPONSES DU BON GÉNIE

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