‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 159 sur 169 · A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES .\MIS · texte numérisé non relu

A DIVERSES QUESTIONS DE SES JEUNES .\MIS

Parmi les diverses questions qui m'ont été faites depuis quelque temps, il en est une dont j'ai ajourné la solution, parce que je sentais bien qu'elle serait peu à la portée d'un grand nombre de mes lecteurs. Cependant je crois pouvoir la rendre intelligible, au moins pour tous ceux qui ont acquis quelques notions de la sphère. La question est ainsi conçue :

Pourquoi règle-t-on maintenant les pendules au temps moyen, de préférence au temps vrai? et quel avantage peut-on en retirer?

Ceux d'entre vous qui ont étudié la sphère, mes amis, savent que le jour est mesuré par la révolution que fait la terre sur elle-même. Le temps employé à cette révolution, est divisé en vingt-quatre heures qui forment une journée. 365 jours 5 heures 48 minutes 48 secondes, font le temps nécessaire pour que la terre opère une de ses révolutions autour du soleil, et ce temps est la mesure de l'année. Or, vous savez encore que la terre, en tournant autour du soleil, décrit une ellipse, et non pas un cercle , d'où il résulte qu'elle n'est pas toujours à la même distance de cet

astre, qu'elle s'en rapproche ^^endant une partie de

l'année, et s'en éloigne pendant une autre partie.

Vous savez aussi que la terre tourne sur elle-même

dans une position inclinée au plan de l'ellipse qu'elle

décrit. Eh bien, il résulte, de ces deux circonstances,

une petite irrégularité dans les heures indiquées par

la position du soleil; c'est-à-dire que le temps -qui

s'écoule entre le passage de notre méridien sous

le soleil, d'un jour à l'autre, n'est pas constamment

le même. Ce moment du passage du méridien sous

le soleil, est ce qu'on appelle midi, qui signifie milieu

du jour. Pendant trois mois, ce moment avance un

peu chaque jour ; pendant trois mois ensuite, il retarde;

puis, il avance encore pendant les trois mois suivants,

et retarde de nouveau pendant trois autres mois. La

somme de cette avance ou de ce retard, pendant sa

durée de trois mois, est d'environ un quart-d'heure.

On a donné le nom de temps vrai, au temps indiqué

par le soleil; mais vous concevrez sans peine, d'après

ce que je viens de dire, que cette dénomination est

inexacte. En effet, ce ne peut pas être îe temps vrai,

que celui qui donne ainsi des heures inégales et va^

riables d'un jour à l'autre. Il eût été beaucoup plus

juste de l'appeler temps apparent. Vous concevez de

même qu'une montre ou une pendule bien réglée,

c'est-à-dire ayant vui mouvement parfaitement égal

et régulier, ne peut pas marcher d'accord avec ce temps prétendu vrui, avec les heures indiquées par le cadran solaire. Aussi, lorsqu'on réglait, il n'y a pas longtemps encore, les horloges publiques sur le temps vrai, était-on obligé d'y toucher tous les jours, pour les mettre à l'heure.

Ce qu'on appelle le temps moyen, qui est la division régulière et précise de l'année en jours égaux, et du jour en heures égales, devrait être appelé le temps vrai, car la marche du temps ne varie pas comme la position de la terre relativement au soleil; cette marche est toujours la même, toujours uniforme, et ce qui est vrai, c'est que les heures, aujourd'hui, doivent être ni plus ni moins longues qu'hier. Vous allez donc comprendre qu'en réglant les horloges sur le temps appelé inoyen, on obtient l'avantage de n'être pas obligé de les toucher chaque jour pour les remettre à l'heure du soleil, et celui d'avoir des indications miiformes, lorsque les pendules ou montres sont bonnes et bien réglées; ce qui n'empêche pas qu'en dernier résultat, la somme du temps ne soit la même. Seulement, les horloges n'ont pas suivi, dans ce cas, les variations du soleil; eîles ont mesuré, non pas la marche et les mouvements de la terre, mais la marche du temps lui même.

Du reste, il est toujours très facile de connaître le rapport du temps vrai au temps moyen, par un calcul fort simple. On dresse à cet effet des tables qui sont entre les mains de tous les horlogers.

Je ne sais si je me suis fait bien entendre; j'y ai mis tous mes soins, et ne vois aucun moyen de rendre cette explication plus simple et plus claire. J'en demande pardon à ceux de mes lecteurs qui ne pourront pas la comprendre; il fallait bien que je répondisse.

Dans le nombre des questions qu'on m'a adressées en répondant à mes dernières, j'en trouve plusieurs qui me sont faites sûrement par de nouveaux abonnés, car elles ont pour objet des matières que j'ai déjà traitées dans les premières années de cette correspondance. Ainsi, l'on m'a demandé un article sur les papillons; on m'a demandé ce que c'est que Yéponge, ce que c'est que le corail. Ceux qui ont la collection entière du Journal, savent que j'ai parlé de toutes ces choses. Il me reste encore trop de sujets non moins intéressants à traiter, pour que je revienne sur ceux dont je me suis déjà occupé.

Voici une autre question à laquelle je puis encore n; pondre aujourd'hui :

Qu'est-ce que le spath fluoii?

On nommait ainsi autrefois, et quelques minéralogistes appellent encore de ce nom, une substance

minérale produite ])ar la combmaison de la c/iau.v avec un acide qui est V acide filuorirpie. Cette combinaison donne naissance à un corps que les minéralogistes modernes nomment aujourd'hui chaux fluatée ou Jluate de chaux. Il se présente en très beaux cristaux, ayant la forme d'un cube, quelquefois d'un assez gros volume, ou en masses cristallines, brillant des plus riches couleurs. Le violet, le rouge, le jaune y dominent particulièrement, et souvent y sont entremêlés de manière à produire les effets les plus agréables à l'œil. Cette substance est assez dure et peut recevoir un très beau poli. Aussi les arts s'en sont-ils emparés pour l'élaborer de diverses façons. On en fait des vases, des coupes, et d'autres objets d'ornement, dont la matière ne le cède à aucune, sous le rapport de l'éclat, et qui n'ont d'autre inconvénient que leur fragilité. C'est en Angleterre, dans le Derbyshire, qu'on trouve les plus beaux et plus volumineux cristaux de chaux fluatée.

MOTS A L'OREILLE

^ Un amusement qui peut nuire à autrui, ou seulement lui causer quelque chagrin , n'est jamais innocent.

(ç^ Les nuances sont bien insensibles de la malice à la méchanceté. On a tort de rire de la première, comme on le fait trop souvent; car il ne faut jamais encourager ce qui a quelque ressemblance avec le mal.

(^ J'aime beaucoup la bonne plaisanterie, mais pas du tout les mauvais'plaisants.

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