‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 167 sur 169 · L OBSIDIENNE · texte numérisé non relu

L OBSIDIENNE

J'ai là devant moi, sur mon bureau, une pierre qui me sert à retenir des papiers, et dont je m étonne de n'avoir pas encore eu l'idée de vous parler, mes amis, car elle est assez intéressante pour mériter de vous occuper un petit moment. Cette pierre est une obsidienne.

On donne ce nom à un verre naturel produit par les volcans, et dont l'aspect, la cassure, le poli, sont les mêmes que ceux du verre noir de fabrique.

Lorsque ce verre volcanique est en morceaux d'une certaine épaisseur, il parait ordinairement tout-à-fait opaque; mais quand on examine les bords ou les parties minces, ou trouve qu'il est d'une couleur enfumée voisine du vert-bouteille, et qu'il jouit d'une demi-transparence très sensible. Vobsidieniie est assez dure pour rayer le verre blanc factice, et par conséquent, pour recevoir un beau poli.

Cette substance se rencontre dans tous les pays qui présentent des volcans, soit en activité, soit éteints; en Islande, aux environs du mont Hécla, aux iles de Lipari, de Madagascar, de l'Ascension, au Pérou, au Mexique; cellequejaisurmonbureau,vientduVésuve- Il existe plusieurs variétés d'ohsidienne, qui diffèrent entre elles par la nuance. La première porte le

nom iVobsidiemie noire, parce qu'elle est la plus foncée. On fait avec celle-ci des miroirs, et elle a toujours été fort recherchée pour cet usage. Les Romains la tiraient de l'Ethiopie, où Ton sait qu'il existe des volcans éteints. Ils en faisaient le plus grand cas, puisque Auguste dédia, à titre de merveille, quatre figures d'éléphants, exécutées avec cette matière, au temple de la Concorde, à Rome. Les Gouanches qui habit^iient Ténériffe, les Naturels du Pérou et les habitants de plusieurs autres parties du Nouveau- Monde, en formaient aussi des miroirs, en façonnaient des dards, des couteaux, des poignards, et profitaient sans doute pour cela de la forme de la cassure de Pobsidienne, comme nous tirons parti de celle du silex pour fabriquer des pierres à fusil. Le volcan du Mexique qui fournissait Vobsidienne employée à cet usage, porte encore le nom de Montagne des couteaux.

En Europe, et sur-tout dans le Nord, on fabrique, avec cette même variété, des bijoux de deuil, et on lui donne le nom vulgaire d'agate d'Islande; mais son emploi le plus intéressant est celui de servir à faire des miroirs à l'usage des peintres paysagistes. On voit, dans les galeries de minéralogie du Jardin du Roi, un de ces miroirs qui a été exécuté avec l'obsidienne noire du Pérou.

Une seconde variété est Yobsidienne verdâlre qui, à la nuance près, jouit des mêmes propriétés que la }wiie. On prétend que la hache des Incas était faite particulièrement avec cctle variété qui abonde au Pérou , mais qui était probablement plus estimée que la première.

La troisième variété à^obsidienne est celle qui porte le nom de cliatoyante , parce que, lorsqu'elle est convenablement taillée et polie, elle présente des reflets variés et mobiles, comme les yeux d'un chat. Le fond de sa couleur est le noir verdâlre, et il y a, dans ses reflets, du jaune et du roux. Un morceau de cette obsidiemie, de la grosseur du poing, ayant été débité et taillé avec art, produisit plus de 12,000 francs, par la vente qui fut faite de ses fragments dans le nord de l'Europe.

On voit, chez les joailliers de Paris, quelques bijoux de fantaisie faits avec cette dernière variété d'obsidienne; mais ils ont peu d'éclat, et soutiennent mal la concurrence des pierres brillantes et colorées qui les accompagnent.

Vous voyez, mes amis, que si Yobsidienne n'est plus aujourdhui une matière très précieuse, elle l'a été beaucou]) autrefois, avant qu'on ne connût nos beaux miroirs de glaces au tain. Elle était alors la ressource des femmes, et formait le piincipal instrument de leur toilette; on n'était pas, dans ce temps, aussi difficile que de nos jours, et l'on se consolait, faute de mieux, de voir son visage réfléchi avec une teinte de brun verdâtre, ((ui ferait horreur maintenant aux moins susceptibles de nos dames modernes.

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