‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 17 sur 169 · LE VERRE · texte numérisé non relu

LE VERRE

Il y a bien long-temps qu'on me demande un article sur la fabrication du verre; et dans les dernières lettres que j'ai reçues, j'ai trouvé encore au moins huit ou dix post-scriptum, par lesquels on me priait de ne pas oublier cet mtéressant sujet, dans le choix de ceux que je traiterais incessamment. Cette curiosité est fort raisonnable, et il est bien naturel en effet de désirer savoir comment on se procure cette belle et précieuse . matière employée a tant d'usages, si nécessaire à une multitude de besoins, si favorable à tant d'ornements mventes par le luxe. Depuis les glaces magnifiques qm multiplient l'éclat des salons dorés et des ameublements les plus pompeux, jusqu'au débris de miroir suspendu dans le réduit de l'artisan ; depuis les coupes

etincelantesdesfestinsroyaux,jusqu'ausimplegobelet dans lequel se désaltère le ménage du pauvre; depuis s bri, antes girandoles des lustres qui éclairent les te es de lopu ence, jusqu'au petit carreau de vitre q«i arrête la bise et laisse pénétrer le jour dans la chambre la plus modeste, c'est le verre et toujou le; erre qui se présente, ou comme un objet de grande nec^site, ou comme un objet d'extrême agrément.

so„l;„/''"r r'^"'''''^'""'^^''l"'f-Muonne songe pas quelquefois aux choses qui nous sont le

plus utiles! Moi qui n'ai pas une très bonne vue, et qui suis obligé de me servir souvent de lunettes, j'allais oublier de rendre grâce au verre, de cette faculté que le génie a découverte en lui, de suppléer à l'imperfection d'un de nos sens.

Toutes ces considérations justifient trop bien la curiosité de mes jeunes lecteurs, pour que je tarde davantage à la satisfaire. Mon plus grand désir est toujours de leur être agréable, sur-tout lorsque que je sens que je puis en même temps leur donner quelques notions utiles.

L'art de fabriquer le verre remonte à la plu, haute antiquité. On en attribue la découverte aux Phéniciens ou aux Égyptiens; mais ce qui est plus certain, c'est que cette belle industrie fut introduite en Europe au temps des croisades; que Venise éleva la première fabrique de verre, inventa les glaces, perfectionna les émaux et les verres de couleur; qu'elle en conserva long-temps l'espèce de privilège; et qu'enfin ce ne fut qu'au dix-septième siècle que Colbert, ce grand fondateur de l'industrie française, jeta les fondements de nos premières verreries.

Le verre noir, le verre à vitre et le cristal sont composés d'un mélange de sable commun ou de sable blanc, et d'une ou plusieurs autres substances qui ont la propriété de faire fondre ce sable à l'aide d'un grand feu.

On peut dire, en général, que les différentes sortes de verre ne sont autre chose que des sables fondus; mais on pense bien que le verre noir de nos bouteilles n'exige pas d'aussi grands soins, ni des ingrédients aussi purs que le verre blanc, et sur-tout que le cristal de nos flacons gravés et taillés, ou les girandoles de nos lustres. En effet, Ton se contente ordinairement du sable de rivière pour la fabrication des bouteilles, tandis que le verre Jjlanc et le cristal exigent les sablons les plus purs et les plus fins, tels que celui de la forêt de Fontainebleau, par exemple. Quant à la grande différence qui existe d'ailleurs entre le verre blanc et le cristal, elle tient à ce que, pour le premier, on se sert de sable et d'une substance minérale nommée soude, et que le second se compose de sable et de minium, substance rouge faite avec le plomb, et qui, comme la soude, force le sable à se fondre et à se vitrifier. C'est à ce même witiium que le cristal doit sa pesanteur, bien plus grande que celle du verre.

Les verreries sont ordinaù'ement de grands bâtiments élevés, des espèces de halles, sous lesquelles on bâtit un ou plusieurs fours qui renferment chacun six ou huit grands pots de terre. On verse dans ces pots le mélange de sable et de soude, et c'est là que s'opère la fusion et la confection proprement dite de la matière du verre.

Ces fours sont chauffés avec du bois ou du charbon de terre, et il faut y produire un tel degré de chaleur, que l'une des grandes difficultés de l'art consiste à préserver les pots et les fours eux-mêmes de l'action vitrifiante de cette haute température. C'est pour cette raison que l'on choisit avec tant de soin la terre avec laquelle on établit les fours et les pots. Chacun de ces pots est assez grand pour contenir le verre propre à la fabrication de quatre à cinq cents bouteilles ordinaires.

Douze ou quinze heures de cette épouvantable fournaise sont nécessaires à la fusion et à l'épuration du verre. C'est alors seulement que le maître verrier tire des échantillons de la matière fondue, au moyen d'une tige de fer qu'il plonge dans les pots; et il juge, d'après ceséchantillons, s'il est temps d'appeler les ouvriers qui doivent confectionner cette matière, soit en bouteilles, soit en gobelets, soit en feuilles. L'art du verrier, en effet, art que les gentilshommes pouvaient autrefois cultiver sans déroger, se divise en deux parties bien distinctes:

1°, La fabrication de la matière du verre;

2°, La fabrication des vases faits avec le verre.

Je viens de vous donner une idée de la première partie; mais la seconde exige un peu plus de détails, et je crois devoir la réserver pour en faire le sujet d'un autre article.

MOTS A L'OREILLE

% La bonté donne une si charmante expression à la pliysionomie , qu'elle fait trouver agréables les traits les moins réguliers.

^ Une simplicité parlaitc clans les manières peut seule leur donner du charme, de l'élégance et de la dignité.

^ La modestie unie à ia supériorité a une grâce qui ressemble à celle de la douceur unie à la force.

(^ Heureux celui qui ne s'aperçoit pas qu'on le remarque, mais c[ui sent qu'on l'aime.

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