LE CHARLATAN, LE SINGE ET LE PERROQUET
FABLE
Un grand démonstrateur de la place publique
Avait dressé deux jeunes animaux.
Dont le talent aidé d'une longue pratique Vint à le suppléer dans ses nobles travaux. Du charlatan tenant au mieux la place, Le perroquet Par son caquet Amadouait la populace, Tandis qu'un singe, son agent, Dans son bonnet prenait l'argent Des amateurs que charmait sa grimace.
« Entrez, Messieurs, entrez, disait l'oiseau ; « C'est aujourd'hui que vous verrez du beau , (( Que vous rirez , et de la belle sorte. « Entrez, Messieurs; si Ton n'est point content, 11 Chacun pourra reprendre, en nous quittant, « Sa finance à la porte. »
Dès qu'on était entré, Bertrand par mille sauts Divertissait ce peuple de badauds.
Qui, le voyant si bien jouer son rôle, Disaient en trépignant: «Vivat! Ah! qu'il est drôle! " Et, le rideau tombé, tous ils s'en retournaient. Sans s'informer de l'homme auquel appartenaient L'oiseau , le singe et le spectacle.
Mais c'est ici qu'il faut crier miracle ! Ce singe, de la caisse habile régisseur , De son patron encore était le fournisseur : Son bonnet sur le chef et muni d'un vieux linge. Il visitait boulanger et boucher Qui le servaient, sans même le tricher ; Car il payait, non en argent de singe, Comme on dit, mais en bons écus Qu'au théâtre il avait reçus.
D'abord , en le voyant, on crut que ce manège
Tenait un peu du sortilège ; Mais on s'accoutuma bientôt dans la cité A cette étrange nouveauté , Et notre singe à son passage, Recevant par-tout bon visage.
Par-tout connu, par-tout fêté, N'e'tait plus un objet de curiosité.
Le possesseur de Bertrand, l'économe, Etde Jacquot, lepéroreur, Vécut dès-lors en galant homme Du seul produit de leur labeur.
A l'abri du besoin il prolongeait sa vie , Sans être cependant à l'abri de la mort;
Un accident vint terminer son sort, Au moment qu'il était le plus digne d'envie;
Cela se voit assez souvent :
Enfin il trépassa; dire comme, il n'importe; Mais api-ès lui , rien n'alla d'autre sorte Qu'il n'en allait de son vivant.
Toujours l'oiseau parleur, aux dépends de la foule,
Sut engraisser la poule , Et toujours notre singe, à son petit bureau, Palpa des fonds, et fit au moulin venir l'eau.
Qui sait bien son métier se tire bien d'affaire.
C'est fortune qu'un bon état.
Bête bien éduquée est capable de faire Plus que tel bel-esprit, fier, ignorant et fat IL T.
QUESTIONS
C'est aujourd'hui que vous attendez des questions, mes bons amis, et il faut que je les tire de mon propre fonds, car personne n'est venu, comme la drenière fois, m'éviter l'embarras de la recherche et du choix. Je crois néanmoins en avoir trouvé qui vous offriront matière à m'écrire de jolies choses. Les voici :
Qu'est-ce que la patience?
Y a-t-il plusieurs sortes de patience? Quelles sont-elles?
Quels sont les avantages qui résultent de la p.iTiENCE , pour soi-même et pour autrui?
Ce sont là des questions qui intéressent tout le monde, grands et petits. J'invite donc tous mes lecteurs à me répondre, et j'attendrai leurs réponses jusqu'au dimanche 26 mars courant. Quelque nombreuses que soient les lettres qui me parviendront, on peut être sûr que je ne manquerai point de patience pour les lire et les examiner.
Je dois une réparation à une de mes bien intéressantes correspondantes. Mon numéro de dimanche dernier était tellement rempli, que le compositeur, après avoir serré le plus possible, avait encore cinq lignes de trop. Ne pouvant les retrancher d'un long article, il prit sur lui de retirer de la correspondance im extrait. J'ai eu le tort de ne pas m'en apercevoir à l'épreuve, et le compositeur ne me l'a dit que cette semaine. Quoique la chose ne soit pas d'qne bien grande importance, la justice veut que je rétablisse ici cet extrait. Le voici •
Il Comme une amie doit rechercher en moi les mêmes qualités que je désirerais qu'elle eût, il me semble que la réunion de ces qualités chez l'une et chez l'autre est ce qu'il y a de plus propre à rendre l'amitié durable.» (M"' Firginie G )
CHARADE
Fortuit ou prévu, commun ou singulier.
Heureux ou malheureux peut être mon premier;
L'écrivain et le cuisinier
Ont grand besoin de mon dernier; Dans un cercle allemand on trouve mon entier.
(Ceux de mes jeunes lecteurs qui auront deviné le mot de cette charade et qui voudront bien m'en donner l'explication, pourront me l'adresser en même temps que leurs réponses aux questions contenues dans ce numéro ).
iMmiMEiiiE DF, JULES DIDOT AIXÉ, nipRiMEUn Dti noi
du Ponl-de-LoJi
Dimanche, 12 "abs iS
Le prix de l'abonnemenl esi, pour Paris, lie 22 fraocs par ao , el (le 13 francs pour sii mois. Tour les dcparieniems, de 24 francs par an, ei i3 francs pour sis mois.
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ILE :Bmi 01B31.