LA PROCESSION DU JUBILÉ
Ce n'est pas à moi qu'il appartient de donner à mes jeunes lecteurs des instructions sur cette grande et générale concession des grâces de l'Église, qui se renouvelle, après une période de vingt-cinq années, sous le nom de Jubilé. Ce sujet est trop grave, trop imposant pour pouvoir être traité convenablement, dans une feuille dont la composition légère et le ton familier ne permettent pas d'aborder une aussi sérieuse matière. Je dois me borner, mes enfants, comme je l'ai fait dans d'autres circonstances analogues, à vous inviter à mettre à profit les instructions que recevront ceux d'entre vous qui sont en âge de participer aux actes de piété et aux grâces de cette époque de sanctification. C'est pendant la semaine Sainte que j'écris ces lignes, et elles vous seront adressées dans un jour où l'Église célèbre une des plus grandes fêtes instituées par elle, la fête de Pâques. Tout se réunit en ce moment pour exciter dans vos jeunes Ames des sentiments pieux et les élever vers l'auteur de tous les biens. Quelle que soit ma réserve à vous entretenir de ces choses pour lesquelles je n'ai point mission, il m'est impossible de ne pas vous parler du spectacle religieux qu'a offert, le 17 de ce mois, aux fidèles de la capitale, la procession du Jubilé. La foule qui s'y
est portée, le recueillement qui y régnait; Tappareil majestueux de ce nombreux clergé, de ces prélats revêtus de leurs ornements épiscopaux; les chants dans lesquels s'unissaient des milliers de voix, tout cela était propre sans doute à exciter de profondes émotions, et pourtant ce n'était pas ce qui devait frapper le plus vivement les esprits. Certes, il y avait quelque chose de bien grand et de bien imposant, dans cet exemple de foi et d'humilité chrétienne donné par le Roi de France et par les princes de son auguste famille, traversant à pied les rues de cette grande ville, allant d'église en église se prosterner devant le Roi des Rois et invoquer sa miséricorde et son appui pour le monarque et pour son peuple. Au milieu de cette royale famille, paraissait une jeune princesse, le front couvert d'un voile blanc, image de l'innocence et de la candeur de son âme. Aimable et auguste enfant! Déjà vous avez appris à prier pour la France. Ah! si douce et si pure, votre voix doit être entendue là-haut, comme linvocation d'un Ange. Les vœux de la France pour ses princes v seront entendus aussi, car Dieu recompense la piété filiale dans les peuples. Croissez, jeune fille de France, avec cet autre enfant appelé à de si hautes destinées; croissez ensemble, et commencez votre noble carrière en offrant à vos jeunes contemporains l'exemple de vos vertus héréditaires.
LITHOGRAPHIE
LKS GinoULÉES. LES PLUIES D'ORAGE.
J'ai déjà parlé de la pluie, de la neige et de la grêle; voici le lenips de parler des giboulées qui offrent la réunion de ces trois accidents, et des pluies d'orage, qui sont ordinairement mêlées de grêle.
On appelle giboulée une pluie subite et instantanée, de peu de durée. Vers l'époque des équinoxes, c'est-àdire, l'époque où les jours sont égaux aux nuits, il s'opère un niouveinent dans l'atmosplicre; les vents soufflent avec violence; de grands nuages se promènent; ils crèvent par intervalles, subitement, et forment une pluie abondante, à laquelle souvent succède bientôt un rayon de soleil. 11 arrive communément que ces pluies sont mêlées de neige et de grêle, parce que des vents froids soufflent dans la région où sont suspendus les nuages. Quelquefois même elles sont accompagnées d'éclairs et de coups de tonnerre; alors la grêle est plus abondante et ce sont de véritables pluies d'orage, telles qu'on en voit plus tard pendant les ardeurs de l'été. Je reviendrai dans quelque temps sur ce sujet, pour vous parler du tonnerre et de l'électricité. Hien n'est perfide comme ces pluies subites. Un soleil brillant vous invite à la promenade; vous vous mettez en route avec confiance; un nuage arrive, crève soudain et vous inonde, avant que vous ayez eu le temps de chercher un abri. Témoins cette mère et ces trois enfants du dessin que je vous envoie aujourd'hui : le vent a emporté leurs chapeaux , l'eau les enveloppe de toute part, et l'on peut se figurer dans quel état ils vont rentrer au logis.
Les pluies d'orage, dont on se plaint lorsqu'on a été ainsi surpris par elle, ont cependant des effets tiès salutaires. Elles rafraîchissent l'air, purifient l'atmosphère, tempèrent l'activité d'une chaleur incommode, humectent la terre desséchée et aride, et rendent aux plantes languissantes la fraîcheur et la vie. Si quelqu'un de mes lecteurs reçoit un jour une averse, je l'invite à s'en consoler en faisant ces réflexions.