‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 30 sur 169 · L'ENFANCE DE NEWTON · texte numérisé non relu

L'ENFANCE DE NEWTON

Depuis que je suis en grande relation avec mes lecteurs, depuis que leurs aimables lettres me révèlent en eux une intelligence si précoce, un désir si vif de s'instruire, je pense à eux continuellement. Je m'occupe des succès qu'ils pourront obtenir, du bonheur qui leur est réservé. Je suis dcjà bien sûr qu'ils se feront tous remarquer par ces qualités du cœur qui inspirent tout à-la-fois l'estime et l'attachement; et c'est un grand pas de fait pour être heureux. Mais j'aime à me figurer aussi que quelques uns d'entre eux se distingueront un jour par de grands talents, et par la considération qui suit toujours les travaux utiles à la société. Ce désir bien naturel m'a rendu curieux de savoir comment s'était passée l'enfance de quelques personnages célèbres, et je crois que mes lecteurs partageront facilement ma curiosité à cet égard. Je vais donc vous montrer, dès aujourd'hui, ce qu'était à votre âge un de ces hommes extraordinaires qui, par l'étendue de leuis connaissances et la force de leur esprit obtiennent l'admiration du monde entier.

Vous avez sans doute entendu parler de Newton, un des savants les plus illustres qui aient existé. 11 naquit le jour de noèl,en i6/|2, à Woolstrop, dans le comté de Lincoln, en Ecosse, la même année oii mourut un autre savant, très célèbre aussi, et (ju'on appelait Galilée. Newton reçut sa première éducation dans de petites écoles de village. Mais à l'âge de douze ans on le mit dans une ))lus grande école, à Grantliani, ville voisine du lieu de sa naissance. C'est là qu'il commença à se faire remarquer par un goiit singulier pour toutes les inventions physiques ou mécaniques. Entouré de scies, de marteaux, d'outils de tout espèce, qu'il avait su se j)rocurer, il consacrait

les moments de loisir que lui laissaient ses études h ] , construction d'une foule de machines qu'il exéciù li'f avec u ne adresse merveilleuse. On cite entre autres une horloge qu'il fabriqua lui-même et qui recevait son mouvement par l'écoulement de l'eau; celte horlop-e marquait l'heure avec une grande justesse. Il devinait facilement, à la seule inspection d'une machine, comment elle était construite. Voici ce qu'on raconte à ce sujet: Un moulin à vent, d'une invention nouvelle avait été établi près de Grantham. Le jeune Newton n eut pas de cesse qu'il n'eût connu le secret de cette mécanique. Il allait si souvent voir les ouvriers nui v travaillaient qu il le devina, et qu'il construisit un modèle pareil, l.quel tournait aussi avec le vent et opérait aussi bien que le grand moulin même; avec cette seule différence qu'il y avait ajouté, de son invention, une souris qu'il appelait le Meunier, parce quelle servait à diriger le moulin , en allant mauper la farine. Les murs de sa petite chambre étaient couverts de dessins de toute espèce, les uns copiés les autres faits d'après nature, et dans cet art, pour lequel il montrait de grandes dispositions, il était son seul inaitre. Ces goûts divers, qui avaient chez lui une grande vivacité, faisaient tort quelquefois à ses études de langues, et il n'occupait pas toujours au milieu de ses camarades le rang auquel il pouvait prétendre. Il s'en ai)erçut, se livra avec ardeur au travail , et bientôt fut à la tète de tous ses condisciples.

La mère du jeune Newton ne voulait pas faire de lui un érudit. Elle desirait que son fils, après avoir reçu réducalion nécessaire à tous les hommes, revint faire valoir avec elle le domaine de ses pères. Elle le rappela donc quand elle lejugea assez instruit, et voulut ciii'il s'appliquât aux choses du ménage et à l'administration de sa ferme. Elle l'envoyait le samedi au marché avec un vieux serviteur de confiance; mais Newton laissait son vieux compagnon faire sa besogne, et se mettait à lirejusqu'au moment du retour. Sa passion pour l'étude était extrême; et il néplifreait toujours malgré lui les travaux delà campagne, pour aller reprendre quelque lecture, où la construction de quelque machine. On voit encore aujourd'hui, à Woolstrop, sur sa propre maison, un petit cadran solaire qu'il a placé lui-même; il est à la hauteur qu'un enfant peut atteindre. On conserve avec soin ce petit monument, et c'est avec un sentiment de vénération pour la mémoire d'un si grand homme, que les voyageurs vont le visiter.

C'est ce goût si vif de Newton pour l'étude, qui lui valut la protection d'un de ses parents, et par suite la gloire qu'il acquit. Un de ses oncles l'ayant trouvé un jour au jiied d'une haie, plongé dans une lecture qui paraissait occuper fortement son attention, lui prit le livre des mains; c'était un ouvrage de mathémaliques. Cet oncle, homme éclairé, pensa avec raison ipi'un |)enchant si décidé pour l'étude, annonçait de grandes dispositions, et décida la mère de Newton à lui faire achever son éducation dans les plus céli'bres universités. Newton marcha alors de succès en succès, et bientôt il fit faire des progrès rapides aux sciences physiques et niathéniatiijues. Son nom est aujourd'hui aussi grand que ses travaux, etM'AngIcterre le cite avec un juste orgueil.

Impkimehie de JULES DIDOT AÎNÉ, imprimei'O oi;

tlu l'onl-ik-Loili. Il' G.

1^ AvniL 1826.

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Il ANNÉE. N'* 0*2.

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