‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 31 sur 169 · LE FER · texte numérisé non relu

LE FER

11 y a Jejà bien long-temps qu'on m'a demandé Jes explications sur la manière dont on retire le fer du sein de la terre et dont on emploie cet utile métal. J'ai hésité jusqu'à présent à satisfaire à cette demande, parce que, pour y répondre complètement, il me faudrait entrer dans des détails qui m'entraîneraient beaucoup au-delà de mes limites ordinaires. Cependant, afin de prouver au moins que je n'oublie pas les questions qui me sont adressées, je vais donner aujourd'hui quelques notions fort succinctes, mais exactes, sur ce sujet.

Si vous vous rappelez l'article dans lequel je vous a. parle des métaux, vous devez savoir qu'on appelle 'nmcrais les corps formés par le mélange ou la combma.son d'un ou plusieurs métaux avec une ou plusieurs autres substances minérales. Vu grand nombre de métaux se trouvent dans le sein de la terre combines avec l'oxygène, et forment, dans cet état, des m.nerais quon appelle o.rydcs ,m:tallu,ues. Le fer est dans ce cas, et les minerais dont on le retire sont ordinairement des oxydes dont la couleur e^ jaune noire ou rouge. Ils se présentent sous la forme de niasses irregulières, pleines, creuses, massives, ou en yrains de diverses grosseurs. Les oxydes jaunes de fer

sont les plus communs; les rouges sont plus rares, mais ils contiennent une plus grande quantité de fer. Il y a une espèce de ces derniers qui cristallise quelquefois en très beaux cristaux, d'un rouge vif mordoré, ayant un éclat qui indique la présence du métal. Ces cristaux, fort recherchés par les minéralogistes, se trouvent dans les mines de l'ile d'Elbe. Les oxvdes noirs sont ceux qui contiennent le plus de fer, dont la présence se manifeste dans ces corps par l'action qu'ils exercent sur l'aiguille aimantée.

Le fer se rencontre dans la Nature allié ou mélangé à beaucoup d'autres substances, mais il n'y a que les oxydes dont je viens de parler qui soient exploités comme minerais de fer.

hafoiite est le premier produit de ces minerais; c'est la substance métallique qui s'amasse dans le creuset des hauts fourneaux, où le minerai est exposé à l'action du feu pour dégager le métal de sa combinaison. On fait avec la fonte une infinité d'objets d'arts et de ménage. Pour cela, il suffit de la recevoir, pendant qu'elle est encore rouge et liquide, dans des moules de sable préparés d'avance. Les marmites, les chenets, les plaques de cheminée, les fers à repasser, les chaudières dans lesquelles on fait le sucre, les bombes, les boulets, les canons de rempart, et une foule d'autres objets, s'exécutent journellement avec la fonte.

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Depuis quelques années, on a encore e'tentlu l'usage de cette substance, en l'appliquant a la déioration, et à l'exécution de grandes constructions. Vous avez sans doute entendu parler des machines à vapeur, des ponts, des charpentes et des chemins de fer: eh bien, c'est avec la fonte qu'on exécute tous ces grands travaux; en sorte que l'emploi de cette substance va toujours en croissant. Mais malgré cette énorme consommation de fonte en nature, vous saurez que l'opération qui en absorbe toujours le plus, est la fabrication du fer.

Le fer se fait avec la fonte, que l'on épine en la refondant. Je n'entreprends pas de vous décrire ces opérations, parce qu'il serait difficile de vous en donner une idée exacte, au moyen d'une simple description. Je vous dirai seulement qu'on obtient ainsi, de l'épuration de la fonte, deux sortes de fer, l'un dur et cassant, l'autre doux et liant. On réserve le premier pour la fabrication des instruments auxquels l'autre ne serait pas propre, tels que ceux de culture, pics, pioches, socs, etc.; et l'on conserve le (er doux pour la clouterie et la fabrication des tôles et des fds de fer.

Vous connaissez la couleur, la dureté et les autres propriétés du fer; vous savez combien sa faculté de se laisser forger au feu le rend précieux pour l'industrie. Si d'autres métaux l'emportent sur lui par un éclat i>lus vif et plus inaltérable, par des qualités plus brillantes, il n'en est pas moins le premier et véritablement le plus précieux de tous, à cause des services immenses qu'il rend aux hommes. De toutes ses qualités, une des plus importantes sans doute, est celle de pouvoir s'aimanter; propriété au moyen de laquelle il a fourni à la navigation cette boussole, dont je vous ai déjà parlé dans le temps, qui dirige la marche du pilote au milieu de l'Océan, et permet au navigateur d'aller retrouver un point déterminé d'avance sur l'immensité des meis. I^a pierre d'aimant elle-même est un minerai de ftr très riche en métal, qui se trouve dans l'Inde, en Suède et en Corse. L'Angleterre, la France, la Russie, fa Suéde, l'Autriche, sont les pays qui fournissent à-peu-prcs tout le fer qui se consomme dans le monde entier, et dont la valeur annuelle est estimée à 35o millions de francs.

En unissant au fer une certaine dose de cliarbon, tellement combinée, tellement alliée avec lui que l'oeil ne peut l'y apeicevoir, on obtient Vaciêr, corps beaucoup plus dur, plus biillant que le fer, et qui est susceptible de recevoir un poli très éclatant. Pour opérer cet alliage, on enferme des barres de fer dans des caisses de briques, remplies d'une poussière de charbon de bois, et que l'on fait chauffer au roupe pendant plusieurs jours. La caisse étant bien fermée, le charbon ne peut pas brûler et se consinaer, parce qu'il n'a pas d'air; il rougit seulement et péneire le

fer. Ce premier résultat donne ce qu'on appelle Yacieide cémentation. Ce même acier, fondu dans des creusets et moulé en lingots, acquiert un degré de finesse qui le rend propre à la confection des instruments les plus soignés, ainsi que des bijoux et des parures d'acier. Il porte, dans le commerce, le nom d'acier fondu.

On a apporté de l'Inde une espèce d'acier nommé ivootz, qui est infiniment plus dur que tous ceux d'Europe. Des ciseaux de woolz coupent la tole d'acier avec autant de facilité que nos ciseaux ordinaires coupent le papier. On a déjà fait, à Paris et en Angleterre, des essais pour imiter cet alliage.

Le damas est aussi un acier très dur qui nous est venu du Levant. Il présente, lorsqu'il est poli, des veines contournées et repliées en tous sens. On est ]iarvenu a l'imiter en France, tant pour l'arrangement de ses dessins que pour sa grande dureté.

C'est au moyen de la trempe qu'on parvient à donner à l'acier cette excessive dureté. La trempe consiste en un refroidissement subit, qu'on opère en faisant cliauffer fortement l'acier et en le plongeant ensuite brusquement dans de l'eau très froide. Il y a un degré à observer dans cette opération, selon le résultat qu'on veut obtenir, et elle exige une certaine habileté.

Ainsi, mes amis, vous voyez, dans ce que je viens de vous dire, la filiation de trois produits d'un seul et même minerai : La fonte se fait avec le minerai de fer; \efer se fait avec la fonte; \ acier se fait avec le fer.

Je ne terminerai pas sans ajouter quelques mots sur un autre produit de ce même minerai, dont les arts et l'industrie tirent aussi un très grand parti. Je veux parler du fer-blanc, qui est employé à la confection de tant d'instruments utiles et d'ustensiles de ménage. Le fer-blanc n'est autre chose que du fer ordinaire laminé ou de la tole, que l'on a plongée dans un bain composé d'étain et d'un autre métal nommé antimoine. Cet alliage s'attache au fer et le recouvre d'une couche brillante qui le défend de la rouille. Ce même fer-blanc, dont les services sont innombrables, anosé avec diverses liqueurs acides, prend un aspecl nacré des plus agréables et porte le nom de tnoircmctulliiiue. Les vernis colorés dont on le recouvre permcllcnt de l'appliquer à une foule d'objets d'utilile ou d'agrément. Cette découverte date de peu d'années.

Voilà, mes amis, des notions sans doute bien incouqdctes, mais qui vous prouveront au moins le désir que j'ai de vous satisfaire.

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