‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 35 sur 169 · L'OR · texte numérisé non relu

L'OR

Après TOUS avoir parlé, mes jeunes aniis,du plus utile (les métaux, de ce fer qui rend à l'homme tant et de si importants services, je veux aujourd'hui vous entretenir de celui auquel on a attaché le plus de prix, auquel on est convenu d'attribuer le plus de valeur, en un mot, de l'or, qui partage avec l'argent le privilège de représenter le fruit de nos travaux.

Ce serait une erreur de croire que cette sorte de primauté accordée à l'or sur tous les autres métaux fût l'effet du hasard, d'un caj)rice des hommes, ou qu'elle ne fut fondée que sur la rareté de ce métal. Elle a véritablement des bases plus solides; Y.,v n'est pas précieux seulement parce qu'il est rare et brillant, et vous reconnaîtrez dans un moment que l'estime dont il jouit est justifiée par d'autres qualités qui lui sont propres.

Vous connaissez tous la belle couleur jaune de lor; elle l'emporte sans contredit, par son éclat tout à-lafois v,f, doux et aj^réable, s :,r celle de tous les autres métaux; mais ce qui lui donne sur-tout un avantage incon astable, c'est de u'étre point altérée par iactmn de l'air et de l'humidité, comme cela arrive a presque Ions les autres corps métalliques.

L'or e.t le plus pesant des métaux, à l'exception

d'un seul, le platine; il l'emporle sur tous, sans exception, par sa ténacité et sa ductilité.

Pour vous donner une idée de sa ténacité, il me suffira de vous dire qu'un fil d'or d'un peu plus d'une ligne de diamètre peut soutenir, sans se rompre, un poids de cinq cents livres.

I,a facilité avec laquelle il s'étend sous le marteau n'est pas une de ses moindres qualités, car elle supplée à sa rareté en lui permettant de recouvrir d'autres corps de la couche la plus mince qu'on puisse imapiner. Ainsi, par exemple, une parcelle d'or du poids d'un grain peut s'étendre sous le marteau en une feuille de cinquante pouces carrés: une statue équestre de grandeur naturelle peut se dorer en plein avec une pièce d'or de 20 francs; un cylindre d'argent sur lequel on aurait étendu une once d'or, peut fournir, par suite de son passage à la filière, un fil doré long de 97 lieues de poste, et si l'on passe ce fil sous un laminoir, il se changera en un petit ruban de 1 1 1 lieues de longueur, doré en plein sur les deux faces. 11 n'est aucun métal, après l'or, dont la ductilité puisse donner des résultats qui approchent de ceux-ci. "

L'or pur est le plus mou des métaux , après le plomb. Cette propriété est cause qu'on ne l'emploie point à l'état de pureté parfaite. On est obligé, soit pour la

monnaie, soit pour le travail de l'oift-vrerie, d'aiijjmenter sa dureté, en y alliant un peu de cuivre ou d'argent. Les proportions de ces alliages sont fixés par la loi et garanties par le poinçon ou contrôle, dont vous pouvez voir la marque sur tous les bijoux en or que vous serez à même d'examiner.

Lorsqu'on veut s'assurer qu'un bijou est en or, et non point de cuivre ou de quelque composition métallique imitant la couleur de l'or, on se sert d'une pierre, appelée pirrre de touche, sur laquelle on passe et repasse le bijou qui y laisse une trace jaune métallique. On fait ensuite tomber sur cette trace jaune une goutte d'acide nitrique, appelé vulgairement eau folle. Si le bijou est en or, comme ce métal n'est point altérable par l'acide, la trace jaune reste intacte; s'il est de cuivre ou de quelque composition imitant la couleur de l'or, ces métaux sont dissous par l'acide et la trace dispaiait. Les gens habiles reconnaissent assez bien, au moyen de la pierre de touche, le degré d'alliage que l'or peut contenir, parce que, lorsqu'il en contient beaucoup, l'or seul reste sur la pierre, l'alliage se dissout, et par conséquent la trace jaune s'efface en partie.

Il résulte de cette disposition de l'or à conserver sa pureté, que c'est toujours à l'état de métal, et non point de minerai, qu'on le trouve dans la nature. Souvent il suffit de le rassembler et de le fondre, tel qu'on le recueille ainsi, pour qu'il soit susceptible d'être versé dans le commerce avec une valeur de plus de î,.'ioo francs la livre. Cet or natif s'applatit sous le marteau; le plus petit grain se change en une paillette, et ce seul caractère suffit pour le faire distinguer des autres subtances, telles que le mica et certains minerais de fer et de cuivre, qui ont un faux éclat doré, mais qui s'égrainent toutes sans exception, quand on veut les applatir entre l'enclume et le marteau.

L'or natif se trouve dans les sables , ou dans des filons qui traversent les montagnes. Le minéral qui le contient ordinairement est un cristal de roche grossier, dans lequel le métal se présente en lames, en paillettes, en grains irréguliers, en filaments contournés ou en petits rameau\. Oelui qui se trouve dans les sables de certaines rivières, s'offre en paillettes plus ou moins fines, ou en petites niasses arrondies que l'on nomme pépites. On rencontre quelquefois de ces pépites qui sont d'un assez gros volume. 11 en existe une, dans le cabinet du Jardin du Roi, qui vaudrait au poids environ i,'.400 fraiKs.

Les principales mines d'or exploitées de hos jours sont celles d'Amérique, qui cousisient en mines souterraines et en lavages des sables qui contiennent de l'or. Le Brésil en produit annuellement pour près de 1^4 millions de francs ; le Mexique, le Pérou, et liuenos-

Ayrcs, pour lo millions. En Afrique, le sable d'or forme une branche essentielle du commerce des Nègres qui le vendent à l'état de sable, ou à l'état d'anneaux grossièrement travaillés. On porte le produit de ces sables à ^ millions. L'Kurope renferme peu de mmes d'or actuellement exploitées, si ce n'est en Hongrie. Quant h l'Asie, ses richesses nous sont à- ]ieu-pres inconnues, mais on sait qu'elle renferme aussi des mines et des lavages importants.

Je ne terminerai point cet article sans vous dire quelques mots des procédés qu'on emploie pour dorer les métaux. Cet art est fondé sur la double propriété qu'a le mercure, dont je vous ai parle ailleurs, de s'amalgamer avec l'or, et de > ev.iporer ensuite au feu, en abandonnant l'or qui s'attache alors fortement au métal sur lequel on a étendu l'amalgame. C'est ainsi cjue l'on dore le fer, le bronze, et l'argent qui dans cet état prend le nom de vermeil.

Lorsque les pièces sortent du feu, elles sont recouvertes d'une couche d'or terne qui porte le nom d'or moulu; on polit sa surface avec un instrumen' appelé brunissoir, ou bien on la conserve à l'état mat dans certaines parties du même ouvrage.

Quant aux corps qui ne peuvent point soutenir l'action du feu, l'art de les dorer consiste à fixer il leur surface, au moyen de certains vernis, des feuilles d'or extrêmement minces. C'est ainsi qu'on dore le bois, le plâtre, le papier, le plomb, le cuir, etc.

Comme je crois vous faire plaisir en vous offrant l'occasion de remarquer la supériorité de notre industrie, je conclurai en vous disant, mes amis, que la bijouterie et l'orfèvrerie françaises ont sur celles des autres nations deux avantages : l'un d'employer la matière à un titre élevé, c'est-à-dire avec le moins d'alliage possible; l'autre, de joindre la perfection du travail à l'élégance des formes, et de faire admirer ainsi par-tout les ouviages exécutés d.ins les ateliers de Paris.

MOTS A L'OREILLE

SOUFFLliS PAR LE BON GÉNIE.

(| Hcuicux celui qui craint les reproches de sa conscience avant de redouter ceux des autres!

ii Un Sa|;e a dit : Dieu a posé le travail pour senllnelle de la vertu.

t| De fiueUiue manière qu'on distribue soji temps, il y en aura pour le mal, sd n'y en a pas pour le travail.

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