L'ÉCOLIER GÉNÉREUX
Dans un collège de Paris, se trouvaient enseml)le deux jeunes garçons de caractères bien différents. L'un était aussi doux, aussi complaisant, aussi docile que l'autre ét.iit désobéissant, fier et arrogant. Le premier c/u' se nommait (Iharles, appartenait à des parents Jionnétes et peu fortunés; ses qualités aimables lui avaient attire l'estime de ses maîtres, l'amitié de ses camarades, et le faisaient recbeicber de tout le monde. Léon, au contraire, fils unique de parents très riches, et >e figurant que les avantages de la fortune lui donnaient des droits au respect et à la soumission de tous les ai très, n'avait réussi, par ses airs bautains et ses manières désagréables, qu'à se faire généralement détester de ceux qui l'entouraient. Vivement piqué de cette différence, il ne laissait échapper aucune occasion de s'en venger sur le pauvre Charles, en lui faisant éprouver tous les mauvais traitements imaginables. Charles les supportait avec patience, sans jamais songer n se plaindre et à faire punir son méchant camarade. Un jour même que plusieurs de ses jeunes amis l'invitaient à employer ce moyen pour mettre fin aux injures de Léon, » à quoi me servira , répondit le bon Charles, la correction qui lui sera iiiHigéel Elle ne réparera pas le mal qu'il m'a fait, et moi. j'aurai le legret d'être la cause du mal qui lui arrivera. »
Cependant, enhardie par Timpunité, la conduite de Léon deven.iit de plus en plus mauvaise. Ce n'était pas seulement Charles et quelques autres écoliers qui avaient .t en souffrir: les maîtres eux-mêmes ne savaient plus à quels moyens recourir pour dompter ce caractère altier et rebelle. Plusieurs ra|)ports furent faits au proviseur, et les plaintes qu'ils contenaient étaient d'une naicne si grave, que ce chef de l'étanlissement crut devoir prendre la résolution de renvoyer honteusement Léon du collège. Lorsque cette nouvelle se répandit, tous les élèves, dont il s'était lait d( lester, en furent ravis. In seul ne prit aucune part à leur joie: c'était Charles, lui qui avait eu le plus à se plaindre de Léon. Oubliant en ce moment les injures qu'il avait i.çues de lui, il ne vit plus que le mallieui de son camarade, et les fâcheuses conséquences que p<.uva tavoirpour lui dans lavenir, son ren\. i du collège. A peine a-t-il appris la nouvelle, qu'il sort précij)it.iiiiment de la cour, traverse rapidement le, coiiidors, arrive au cabinet du proviseur et se jeiie à ses genoux: «Ah! Monsieur, dit-il d'une voix émue, je vous en conjure; si vous avez été jusqu'à présent content de ma conduite et de mon travail, accordez m'en aujourd'hui la récompense, accordez moi la grâce de Léon. Je vous en supplie, procurez-moi le bonheur d'acquérir im .-,mi pour
moi, et pour vous un élève qui se conduira désormais comme vous pouvez le désirer. Oui , j'ose prendre sur moi d'en répondre, Léon sera touché de votre bonté, il travaillera à réformer son carai tère, il deviendra peut-être l'honneur de la maison. Monsieur, ne soyez
pas inflexible — Aimable et bon enfant, répondit
le proviseur vivement touché de la démarche et de l'accent de Charles, tu mérites en effet une recompense, et je sens bien qu'aucune autre ne pourrait remplacer celle que tu demandes. Viens m'embrasser et recois, avec la grâce de ton camarade, l'assurance de mon estime et de ma tendresse. »
Ayant ainsi parlé, le proviseur ordonna qu'on fit venir Léon. Celui-ci parut bientôt dans l'attitude d'un suppliant. « Tenez, lui dit le proviseur, en montrant Charles, voilà celui à qui vous devez votre grâce; c'est en sa faveur, c'est par ses prières qu'elle vous est accordée. Je vous expliquerai dans un autre moment les conditions que j'ai à y mettre de votre part; je me borne à vous dire aujourd'hui que je vous regarderais comme le dernier des hommes, si par votre conduite, vous ne vous efforciez pas de réparer vos fautes et de vous rendre digne d'un ami tel que l'honnête et généreux Charles. »
Léon était demeuré immobile, et la surprise le rendait muet. Tout-à-coup, versant un torrent de larmes, il voulut se jeter aux pieds de Charles; mais celui-ci le retint et s'élança dans ses bras en disant ; " >"est-ce pas que tu veux bien être mon ami? n