LA LAMPE ET LA PENDULE
Sur une cheminée, un jour, à la pendule
Une lampe parlait ainsi :
Ne vous semble-t-il pas tant soit peu ridicule Que l'on prenne de vous, ma chère, un tel souci? Tandis que d'un valet la main dure et grossière Me nettove et m'apprête, hélas! tant bien que mal. Que mes cercles dorés , mon globe de cristal
Sont exposés à la poussière , On vous couvre avec soin d'un transparent bocal ,
Et notre maître prend la peine De vous monter lui-même après chaque quinzaine.
Qu'en pensez- vous? n'est-il pas singulier Que l'on mette entre nous si grande différence? Certes, s'il en est une entre notre importance, Je crois que mon emploi doit passer le premier : Sitôt que le soleil a quitté l'hémisphère, C'est moi qui le remplace , et ma lueiu- éclaire Les travaux, les plaisirs de nos maîtres ingrats; Durant une moitié de leur courte carrière. Sans mon secours ils n'existeraient pas.
Et ma bienfaisante lumière Double le temps qu'ils ont à passer ici bas. — Oui, dit, en agitant son balancier mobile,
La pendule froide et tranquille,
Vos services sont importants.
Moi,jen'en rends qu'un seul,mais qui seul en vaut mille. Et je fais aux humains gagner bien plus de temps. En les avertissant que le Temps est agile.
Au moment où j'étais occupé à chercher les questions que j'adresserais aujourd'hui à mes jeunes correspondants, j'ai reçu la lettre suivante, qui est venue fort à propos pour me tirer d'embarras.
" Votre extrême bonté m'est trop bien connue , mou
bon G«nie, pour que je craigne de vous paraître hnportnne en vous demandant un conseil. On vient de me faire les questions suivantes :
il Quelles sont les qualités que je rechercherais de préférence dans une amie?
" Quelles sont celles que je crois le plus propres à re>idre l'amitié durable?
" Ces questions me semblent bien intéressantes, car le choix d'une amie peut avoir une grande influence sur le bonheur de toute notre vie. Je serais bien contente, mon bon Génie, si vous vouliez m'aiderde vos avis; cependant ces questions sont moins importantes pour moi que pour tout autre, car lorsque, comme moi, l'on a le bonheur de posséder une bonne et tendre mère, on doit la regarder comme sa meilleure amie, et l'on n'éprouve pas le besoin d'en chercher une autre.
".\ddio, mio caro buon Genio; vi amo di tutto il mio cuore, e sono la vostra affezionata, « b. r. n
Cette aimable petite lettre, dont la signature ne sera pas nouvelle pour mes lecteurs, me dispense de leur adresser d'autres questions que celles qu'elle renferme. Au lieu d'y répondre moi-même, comme me le demande Mademoiselle B. R., je les propose à mon tour à mes zèle's correspondants. Elles n'intéresseront pas moins les jeunes gens que ks jeunes personnes, car le choix d'un ami n'est pas moins important pour les uns, que le choix d'une amie ne l'est pour les autres. Je les prie donc de répondre à ces deux questions, et j'espère que Mademoiselle D. R. , malgré l'embarras qu'elle me dit avoir éprouvé, voudra bien aussi me faire connaître ses idées à ce sujet. Tout est profit pour moi dans cette petite circonstance : Mademoiselle B. R. m'a dispensé de la recherche d'une question, et je compte bien que ma correspondance me dispensera de la recherche de la solution.
J'attendrai les réponses jusqu'au dimanche 19 février prochain; et j'invite de nouveau mes jeunes amis à ne pas dépasser cette date, car j'ai encore reçu la dernière fois quelques lettres tardives.
VARIÉTÉS
La petite Lcocadie a la mauvaise habitude de ricaner à tout propos. Elle ne sait aborder personne sans rire, et ne dit jamais trois mots de suite sans interrompre son discours par des hi! hil hi! qui sont la chose du monde la plus fatigante, et qui lui donnent un ridicule extrême. Le besoin qu'elle a de rire
est si fort, cfn'elle aGCueillerait en ricanant même la plus triste nouvelle. C'est au point que l'autre jour, une sœur de sa mère qu'on attendait de province étant arrivée à Paris, Léocadie, en lui souhaitant le bonjour, partit de trois ou quatre hi! hi! hi! qui parurent fort singuliers à sa tante. Un moment après, comme on s'informait de la santé de cette dame, elle répondit que les chagrins qu'elle venait d'éprouver lavaient fort altérée, et Léocadie ne put s'empêcher, en disant « Pauvre tante! », d'ajouter encore son hi! hi! hi! La tanle, pour le coup, jeta sur Léocadie un regard qui voulait dire: La sotte nièce que j'ai là! Quelle impression croit-on que ce regard fit sur Léocadie? Il lui inspira encore un hi! hi! hi!
— Le jeune Prosper avait un défaut à peu près du même genre, et qui aurait pu quelquefois donner une très fausse idée de son cœur. Prosper était très rieur, et quoiqu'il fût vraiment bon, son premier mouvement était toujours de rire lorsqu'il lui arrivait d'être témoin d'un accident. En passant, un jour d'hiver, dans une rue du faubourg Saint-Germain, avec son gouverneur, il vit un pauvre petit garçon qui portait un vase d'albâtre, glisser sur le verglas, tomber et briser le vase en mille pièces. A cette vue, Prosper fit d'abord un grand éclat de rire. « Vous êtes bien méchant! lui dit le petit garçon qui se relevait en pleurant. — Méchant! s'écria Prosper que ce mot venait de faire rentrer en lui-même; oh! non, je suis étourdi, mais non pas méchant. Monsieur, ajouta-t-il en s'adressent à son gouverneur, voilà un petit malheureux qui sera peut-être maltraité par son maître, pour avoir brisé ce vase. Permettez que nous l'accompagnions, afin d'attester qu'il n'y a pas de sa faute. Je m'engagerai à payer le prix du vase, et je ferai des économies pour acquitter bien vite cet engagement. Il Le petit garçon sauta de joie, et Prosper se promit bien de ne plus rire du malheur d'autrui.
— M"" de C... venait de faire faire son portrait. Le peintre lui avait fort maladroitement donné un air très sérieux et même un peu sévère. Comme on demandait à la petite Eugénie de C..., âgée de six ans, si elle connaissait la personne que représentait ce portrait, «Eh! mon Dieu oui, dit-elle; c'est Maman quand je ne suis pas sage. »
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iMiniMEniE 01' JULES DIDOÏ AÎNÉ, imiiiimei r du noi . riu' du I'om-de-l.odi
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