‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 42 sur 169 · LES PIERRES A FUSIL · texte numérisé non relu

LES PIERRES A FUSIL

Je me rappelle, mes chers amis, qu'en vous parlant, il y a plusieurs mois, du briquet, je promis de vous donner plus tard quelques notions sur les pierres à fusil. Je vais payer aujourd'hui cette petite dette. Vous avez tous vu sans doute des pierres à fusil, et vous connaissez la forme qu'on leur donne pour les faire servir à l'usage auquel elles sont destinées. Cette forme est assez compliquée; les différentes faces sont nettement et régulièrement taillées, et cependant ees pierres se vendent à fort bas prix. Il faut donc qu'on ait des moyens très simples et très expéditifs pour les fabriquer.

Les pierres à fusil sont faites avec le silex, espèce de pierre de la même nature que les agates, mais moins transparente et d'une pâte plus grossière. Le silex qu'on exploite pour cette fabrication, se trouve en petites masses isolées, placées les unes à côté des autres, dans le sein de certaines montagnes. On voit de ces masses de silex ainsi disposées, dans des mines de craie aux environs de Paris.

Cette espèce de pierre a la faculté de se briser, sous le choc du marteau, en éclats qui présentent une cassure lisse, nette et concave. C'est cette propriété qui rend facile et prompte l'opération au moyen de la-

quelle on taille le silex pour en faire des pierres à fusil. Voici en quoi consiste cette opération:

Ou rompt d'abord le bloc de silex, avec une masse de fer, en morceaux du poids d'une livre et demie environ; on écaille ensuite ces morceaux, de manière à faire naître à leur surface des espèces de cannelures concaves; puis, au moyen de coups de marteau donnés avec une certaine dextérité, on en enlève des écailles longues, plates sur un côté et présentant une arête sur l'autre.

Ce sont ces écailles que l'on débite en autant de morceaux que leur longueur le permet, et chacun de ces morceaux devient une pierre à fusil. On les obtient, en plaçant l'écaillé, par son côté plat, sur le tranchant d'un ciseau fixé dans un bloc de bois, et en frappant à faux avec le marteau.

Il ne reste plus alors qu'à reprendre un à un ces petits morceaux et à finir les diverses parties de la pierre, au moyen de petits coups de marteau adroitement donnés. Ces parties sont : La mèche, ou la partie qui frappe sur la platine et qui fait feu; les flancs, ou bords latéraux ; le talon, ou la partie qui touche au fond des mâchoires du chien et qui est opposée à la mèche; Vassis, ou la face supérieure située entre le talon et la mèche; enfin le dessous de la pierre, qui est un peu concave et opposé à Vassis.

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Quoique ces parties soient assez nombreuses, et que chacune soit toujours bien nette et bien distincte dans cliaque pierre, on estime à une minute au plus le temps ntfcessaire pour faire une pierre complète, et, en général, un bon ouvrier peut fendre et terminer à lui seul mille pierres en trois jours. C'est pourquoi il est possible de les livrer toutes fabriquées au prix de neuf à dix francs le mille; ce qui semblerait inconcevable, si l'on ne savait pas avec quelle promptitude s'opère cette fabrication.

La propriété qu'a le silex de se débiter ainsi sous le marteau, de manière à prendie des formes ai(;ues et tranchantes, n'avait pas échappé aux anciens habitants des Gaules. Cette pierre qui est aujounl'hui l'âme de la guerre et de la chasse, arma aussi la main de nos pères, mais d'une tout autre manière. Us l'arrachèrent du sein de la terre, et la taillèrent péniblement, pour lui donner la forme de haches, de couteaux, de dards, et demassesàdemi tranchantes qu'ils appelaient casse-tétes. C'étaient là les armes dont ils se servaient dans les combats et pour la chasse. On trouve encore en France les traces et les déblais de quelques ateliers où l'on façonnait ces divers instruments. Ceux qu'on a retrouvés et que l'on conserve dans les cabinets d'antiquités, sont vraiment étonnants par la perfection du travail; leurs tranrhants sont vifs, leurs arêtes bien nettes; les dards de flèches ont une forme qui approche beaucoup de relie des dards en fer; ils ont non seulement la pointe et les barbes, mais une petite queue qui servait à les assujetir au bois. Cette forme compliquée devait présenter des difficultés sans nombre, et cependant il suffit de voir ces dards, pour se convaincre qu'ils ont été taillés seulement par le choc, et par des procédés analogues à ceux que l'on met en usage aujourd'hui pour la taille des pierres à fusil. On ignore complètement, au reste, quels étaient ces procédés et les instruments qui y étaient employés.

Une chose fort remarquable, c'est que ces armes des anciens Gaulois ont une ressemblance parfaite avec celles des peuples de la mer du Sud, et de tous ceux qui ont fait usage de pierres dures pour leurs armes de guerre et de chasse. Dans les Gaules, ces armes furent remplacées, aux temps héroïques, par celles de fer et d'airain; et voilà que |ilus tard, on arrache de nouveau le silex du sein de la terre, pour le faire reparaître au milieu du carnage et des combats, et compléter la funeste découverte de la poudre à canon.

Je m'arrête et j'abrège cet article, car en l'écrivant je m'aperçois qu'il pourra bien n'être pas d'un grand intérêt pour mes jeunes lectrices, qui ne sont piobablciricut iuqjalientes ni de commander un régiment, ni de poursuivie aux champs un pauvre lièvre.

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