‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 46 sur 169 · LE RESPECT POUR I,A VERITE · texte numérisé non relu

LE RESPECT POUR I,A VERITE

Le comte de P.... avait inspiré dès l'enfance, à son fils Alphonse, la franchise et la loyauté de son propre caractère. Il s'était efforcé sur-tout d'imprimer à sa jeune âme un respect austère pour la vérité, et cette élévation de sentiments qui donne la Ibree de lui rendre hommage en présence de tous les dangers.

Ou était au plus fort de la révolution française, au moment où les échafauds étaient diessés et où toutes les familles qui avaient servi la monarchie cherchaient un asylc chez l'étranger, pour échap|ier aux furieux qui désolaient notre pays. Alphonse avait alors treize ans. Le comte de P.... était proscrit; mais retenu par des motifs impérieux, il n'avait pu cpiitter la France et se tenait caché. On le savait, mais on ne pouvait réussir à découvrir sa retraite. Pour y parvenir, ses ennemis imaginèrent un moyen atroce. Des agents, porteurs d'un ordre du tribunal révolutionnaire, se présentent un jour dans la maison du comte de P...., non point avec l'espoir de l'y trouver, mais afin de s'emparer de son fils. On saisit le jeune Alphonse, et on le conduit en prison, pour le faire comparaître le lendemain à la barie du tribunal. Alphonse ne fit aucune résistance, ne montra aucune terreur, i-assura par de douces paroles toutes les personnes de la maison qui pleuraient en le voyant partu-, et suivit avec une noble fermeté les gardes qui l'entraînaient.

Lorsqu'il se vit en prisoa, son premier soin fut de se jeter à genoux pour demander h Dieu la force dont

il pensait qu'il allait avoir besoin. » O mon Dieu, ditil, je suis résigné, pour ce qui me concerne, à subir tout ce qui sera votre volonté; mais, je vous en conjure, ne me mettez pas à des épreuves qui puissent compromettre la sûreté de mon père; ou du moins, inspirez-moi pour en sortir victorieusement, sans trahir la vérité et sans être victime de la ruse. >> Après avoir fait cette prière, il se sentit parfaitement calme; puis, jetant les yeux autour de sa prison, il se rappela que le jeune Dauphin était captif comme lui dans un donjon affreux, u De quoi me plaindrais-je? dit-il en soupirant; un prince plus jeune que moi a éprouvé de bien autres malheurs, et il souffre avec courage. i>

Alphonse s'endormit tard; mais il reposa assez paisiblement, et fut réveillé le lendemain pour être conduit au tribunal révolutionnaire. Il y parut avec un air noble et assuré. Tous les regards étaient fixés sur lui. u Jeune homme, lui dit le président, comment

le nommes-tu? — Alphonse de P — Quel est ton

âge? — Treize ans. » A ces mots il se fit un petit murmure d'intérêt dans toute l'assemblée. Le président reprit: « Es-tu le fils du comte de P....? — Je suis son fils. — Cela n'est pas, interrompit un des juges qui, touché de la jeunesse et de la fermeté d'Alphonse, songeait à le sauver; cela n'est pas, jeune homme; pourquoi nous trompes-tu? tu ne sais pas îi quoi tu t'exposes. — Je le sais, répondit .Alphonse, et je vous remercie de votre intérêt ; mais je suis le fils du comte de P....; il m'a appris il avoir en horreur le mensonge et la lâcheté; je lui dois trop pour ne pas déclarer hautement, même en présence de ce tribunal, que je me glorifie d'être son fils. — ■ En ce cas, dit le président, tu dois savoir où il se tient caché, et ton devoir est de nous le déclarer. — Mon devoir! s'écria Alphonse avec dignité; mon devoir était de dire hi vérité au péril de ma vie; je l'ai fait. Maintenant mon devoir est de ne point trahir mon père, et vous ne

m'arracherez pas un mot sur ce qui le concerne.

Mais sais-tu bien, jeune imprudent, que nous pouvons te condamner à périr à sa place? — Vous pouvez, répondit Alphonse d'un ton calme, vous pouvez faire de moi tout ce qu'il vous plaira. Je ne crains rien de là-haut, puisque je n'ai pas menti. »

Depuis le commencement de cet interrogatoire, un intérêt croissant se manifestait dans l'assemblée en faveur d'Alphonse. Il était déjà à son comble, lorsqu'on vit tout-à-coup un homme couvert de vêtements grossiers, fendre la foule jusqu'à la barre et se précipiter dans les bras du jeune homme. C'était le comte de P...., c'était son père. Informé pendant la nuit de ce qui s'était passé, il n'avait pu se résoudre à laisser son fils exposé aux dangers qu'il prévoyait pour lui; et ayant quitté sa retraite sous un déguisement, il

était venu se mêler au peuple ([ui entrait dans la salle du tribunal. Il avait entendu tout l'interrogatoire, et malgré Thorreur de sa position, il n'avait peut-élre jamais éprouvé un aussi vif sentiment de bonheur. I. Que Dieu soit loué! s'écria-t-il en embrassant Alphonse; que Dieu soit loué de m'avoir donné un tel fils! Je viens me livrer à mes ennemis, mais je regrette moins la vie, en voyant que mon Alphonse a des vertus qui lui suffiront sans moi, pour le guider au milieu des c'inieiis et des malheurs de cette terre. i> La fermeté d'Alphonse, qui avait résisté à toutes les autres émotions, était vaincue par la présence de son père, et par la pensée du péril auquel il venait se li- Trer, Alphonse j)leurait, la tète penchée sur le sein paternel. Ce tableau excita des transports. Un cri général se fit entendre dans toute la salle: Sauvez-les! Sauvez- les! Plusieurs des juges eux-mêmes étaient émus; ils entraînèrent les autres, et le comte de P.... fut mis en liberté avec son intéressant Alphonse. Us ne tardèrent pas toutefois à quitter la France, où ils ne sont rentrés qu'avec nos princes. Alphonse est

aujourd'hui Mais il ne m'est pas permis d'en dire

davantage.

LITHOGRAPHIE

J'ai fort peu de chose à dire au sujet du dessin lithographie joint à ma feuille de ce jour. Tous ceux de mes lecteurs qui ont une jeune sœur ou un jeune frère, ont sans doute pris plaisir souvent à le» amuser, à les faire jouer et sur-tout à les traîner dans un charriot. C'est un spectacle toujours intéressant que celui des jeux de l'enfance et de la jeunesse. On aime à voir les plus grands se prêter avec complaisance aux plaisirs des plus petits. C'est ainsi qu'ils s'accoutument à ce qui deviendra pour eux une obligation dans le monde, où celui qui est fort et puissant doit protection aux faibles, et ne peut s'en faire aimer qu'en leur cédant quelquefois.

VARIETES

Celui qui fait de sang froid souffrir un animal peut être sou|)çonné avec raison d'insensibilité pour les maux de ses semblables. C'est pourquoi, il est des pays où les lois punissent sévèrement la cruauté envers les animaux.

A Abo, dans la province de Finlande, un chien écrasé par une voiture s'était traîné jusqu'à la porte d'un tanneur. Le fils de cet homme, jeune garçon de quinze ans, accueillit d'abord le pauvre animal à

coups de pierres, et poussa la barbarie jusqu'à verser sur lui un pot d'eau bouillante. Un magistrat témoin de cette abominable action, en informa aussitôt ses confrères qui s'assemblèrent sur-le-champ, pour juger le méchant jeune homme. On le tint en prison jusquau prochain jour de marché, et ce jour-là, il fut conduit au lieu de l'exécution, par un officier de justice qui, en présence du peuple, lui lut la sentence suivante: " Jeune homme inhumain! attendu que vous n'avez pas assisté l'animal qui implorait votre secours par ses cris, et qui tenait l'existence du même Dieu qui vous a donné la vie; attendu que vous avez ajouté à ses souffrances avec une horrible cruauté, le conseil de la ville vous a condamné à porter écrit sur votre poitrine le nom que vous méritez, et à recevoir cinquante coups de fouet. Jeune homme inhumain! ])uisse ce châtiment vous apprendre à avoir compassion de toute créature souffrante.» Après cette lecture, on exécuta la sentence, et l'on suspendit au col du condamné un écriteau portant cette inscription : Jeune liommc sauvage et inhumain !

— Il n'existe, pour aucun homme, un pays préférable à celui où il est né. De tous les habitants de la Perse, il n'en est pas qui vivent plus frugalement que les tribus arabes de ce royaume, qui ne se nourrissent que de dattes. Une femme appartenant à l'une de ces tribus fut conduite, il y a quelques années, en Angleterre, avec les enfants de l'agent britannique résidant à Abusheker. A son retour, elle eut à répondre à une foule de questions des gens de sa tribu ; elle leur fit une description magnifique de tout ce qu'elle avait vu , des routes , des voitures, des chevaux, de la splendeur des villes, de la culture des champs. Son auditoire enviait le bonheur des Anglais, lorsque cette femme s'avisa d'ajouter: «Enfin, il ne manque qu'une seule chose dans ce pays, pour en faire un séjour délicieux. — Qu'est-ce donc? lui demanda-t-on. — Il n'y croît pas de dattiers; j'ai eu beau chercher je n'ai pu y en apercevoir un seul, n A ces mots, le sentiment des Arabes fut entièrement changé; ils cescèrent d'envier le sort des Anglais, et ne sentirent plus que de la pitié pour des hommes condamnés à vivre dans un pays où l'on ne mange pa.s de dattes.

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Le prii de l'abonneiiieii est , pour Paris , Je 2 ï franc par an, el de 1?. francs pou six mois. Puur les dt|)arle uieois, de 24 francs par an Cl l3 francs pour six muis.

Ill*^ ANNÉE. N» 5.

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LES AÉROLIÏIIES.

(suite. )

Je vais, mes cLers lecteurs, reprendre ma conversation avec Ludovic et Emilie. Vous vous rappelez la dernière question de Ludovic; voici ma réponse:

Moi : — Les pierres tombées de l'atmosphère ont généralement des formes arrondies irrégulièrement; elles sont recouvertes d'une croûte noirâtre qui paraît avoir subi l'action du feu. Lorsqu'on les casse, Finteneur est gris, d'un aspect un peu terreux et semblable à un grès grossier, comme vous le voyez sur ces divers échantillons; elles s'égrainent facilement, excepte la croule. Sur la surface de la cassure, on voit une grande quantité de petits grains de fer, qui deviennent brillants lorsqu'on polit la pierre. Tel est l'aspect extérieur de ces corps qui ne ressemblent h aucun des minéraux qu'on trouve dans le sein de la terre. Quant à leur composition, elle a été examinée l>ar les chnnistes les plus habiles. Ils ont reconnu que toutes ces p.erres, dans quelque pays qu'elles fussent to.ubees renfermaient les mêmes éléments, et à très peu de chose près, dans les mêmes proportions. Or, quoique tous les éléments qui s'y trouvent nous soient connus, on ne rencontre dans le sein de la terre au-

cun autre minéral qui les réunisse de la même manière et dans la même proportion. Elles ont donc une origine qui leur est tout-à-fait particulière.

LiDOVic: — Mais enfin, mon bon Génie, quelle peut donc être cette origine?

Moi : — Nous voici arrivés à la grande difficulté. Quand nous cherchons à expliquer les phénomènes de la Nature, il est des cas, et cela n'est pas rare, où notre raison et nos faibles lumières sont en défaut: alors nous devons avoir la sagesse d'avouer notre insuffisance, de reconnaître que notre vue est trop bornée pour pénétrer dans tous les mystères dont l'auteur de l'univers a voulu envelopper ses œuvres admirables. Lorsqu'un fait est évident pour nous, et que nous ne pouvons en découvrir la cause, nous devons dire avec candeur: Telle chose est, mais nous ne savons pas comment elle est. Nous nous trouvons précisément dans ce cas, à l'égard de la chute des aérolithes. On ignore d'où ces corps proviennent et comment ils ont pu être formés. Plusieurs physiciens ont fait sur ce sujet des suppositions plus ou moins vraisemblables, mais il est impossible d'affirmer qu'aucune soit la vérité; seulement le résultat de ces recherches diverses a été de prouver que cet étonnant phénomène n'avait rien qui dût confondre la raison, puisqu'il pouvait être attribué à des causes très natu-

relies. Voici, en peu de mois, les idées qui ont été mises en avant sur la formation des aérolithes.

Des physiciens ont pensé que ces corps pouvaient avoir été lancés à de grandes distances et avec une force puissante, par des volcans terrestres. Mais il est difficile d'admettre cette supposition, attendu qu'on n'a aucun exemple qui autorise à croire que nos volcans puissent lancer des masses à de si grandes distances, et que d'ailleurs on ne trouve, dans les produits de ces mêmes volcans, rien qui ressemble aux aérolithes.

D'autres ont cru que ces pierres pouvaient se former spontanément dans l'air où leurs élc-mcnts se trouvaient disséminés et suspendus. Quoique la chose ne soit pas rigoureusement impossible, il est toutefois bien difficile de croire à cette réunion si rapide d'élémentsdivers, en une masse solide d'un si gros volume.

Qnelques-unï ont imaginé que les aérolithes étaient des débrisde quelque planète brisée, qui, lances dans respace,rencontraient la sphère d'attraction de la terre, et se précipitaient alors sur ce globe. Tontes ces explications, il faut l'avouer, sont bien peu satisfaisantes.

Enfin, un des jjIus illustres physiciens de nos jours, M. de Laplace, a présenté l'hypothèse la plus séduisante et qui, peut-être, vous paraîtra la plus étrange. Il a démontré mathématiquement la possibilité que ces pierres vinssent de la lune.

Ludovic et Emilie : — De la lune!

Moi: — Oui, mes amis, de la lune. En supposant que les aérolithes fussent lancés jiar des volcans de cette planète, avec une vitesse égale à cjuatre fois et demie celle d'un boulet de canon de 24, chassé de la pièce par 12 livres de poudre, cette force leur ferait parcourir 2,3i4 mètres par seconde, et serait suffisante pour vaincre l'attraction de la lune, et les amener à se trouver sous l'influence de l'attraction de la terre. Il faudrait alors deux jours et demi pour que le corps arrivât jusqu'à nous; et son Inflammation serait expli([uée par le frottement rapide qu'il éprouverait dans l'air.

Ludovic: — 11 y a donc des volcans dans la lune?

Moi: — Les astronomes avaient cru en apercevoir dans ce corps céleste: mais il a été reconnu depuis, que ce qu'on avait pris pour des feux volcaniques, n'était qu'un effet de lumière dû à ime tout autre cause. Ceci ne prouve pas qu'il n'y en ait point, mais seulement qu'on ne les a pas aperçus. Dans tous les cas, ce que je viens de vous dire n'est qu'une supposition, et il serait bien téméraire d'avancer que les aérolithes viennent de la lune; il est sculenunt démontni que la chose n'est pas impossible.

Emilie: — Ainsi voilà des pierres qui ont peut-être été formées dans la lune; c'est le cas de dire qu'elles viennent de loin. Mais, mon bon Génie, pourquoi

a-t-on mêlé, parmi ces pierres, ces morceaux qui m,' leur ressemblent pas du tout, et qui portent pour étiquette: Fer météoririue?

Moi : — C'est qu'ils proviennent de certaines masses de fer pur, auxquelles on donne ce nom, et que l'on considère comme ayant la même origine que les aérolithes. Ces masses sont toutes percées de petites cavités, remplies en partie par une pierre transparente d'un jaune verdàtrc, nommée /jém/of, et que l'on retrouve dans les produits rejetés par nos volcans. La plus considérable de ces masses de fer inétéoricfue , est celle qui a été observée en Sibérie, par le naturaliste Pallas; elle est isolée comme un rocher.

Emilie : — Comment, mon bon Génie, comme un rocher?

Moi : — Oui , et d'un volume énorme.

Emilie: — Et cela est tombé de l'atmosphère?

Moi: — La tradition en existe parmi les Tartarcs, et il est permis de le croire par analogie. Il n'y a au reste rien de plus étonnant à voir tomber de l'atmosphère un gros rocher, qu'à en voir tomber une pierre de quatre à cinq cents livres pesant, et l'on connaît des aérolithes de ce poids, et au-delà.

Ludovic: — Il faut bien queje vous croie, mon bon Génie, mais je ne reviens pas de mon étonnemeut.

Moi: — IMon ami, l'on marche de surprise en surprise dans l'observation des merveilles de la Natme. Il est deux choses qui sont dignes de l'homme dans cette noble étude: La première, de chercher à se rendre compte de ce qui excite notre étonnement, anrcs l'avoir examiné avec sagesse et perspicacité; la seconde, de savoir s'arrêter dans la recherche des causes, et ne point avoir l'orgueil de rejeter ce que notre raison ne peut expliquer, ce que nos sens ne peuvent atteindre; mais de se prosterner avec admiration et reconnaissance devant riutelligence puissante qui a conçu et ordonné les merveilles dont nous sommes environnés.

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