ERRATUM
J'étais à la campagne pendant qu'on imprimait mon dernier numéro, dont je n'ai pas pu voir l'épreuve. J'espère que mes lecteurs me pardonneront ce petit délassement, et ne m'en voudront pas de ce que quelques fautes se sont glissées dans ce numéro. Us ont assez de sagacité pour rectifier eux-mêmes celles qui ne sont que des fautes typographiques; mais le respect qu'inspire la mémoire de Delille me fait un devoir de rétablir moi-même un des vers de ce poète que j'ai cités, et dont le sens a été dénaturé par la substitution d'un mot à un autre. Peut-être en suisje la première cause, pour n'avoir pas écrit assez lisiblement; et je désire que ce petit accident serve au moins de leçon à ceux de mes jeunes amis qui ne mettraient pas, en général, assez de soin à former leur écriture et à la rendre nette et facile à lire.
Un des vers dont il s'agit a été imprimé ainsi :
Par le monde introduits, par le mon(/e emportés... Le vers de Delille est :
P.ir LA MODE introduits, par LA MonE emportés... J'ajouterai qu'à la fin de ce vers :
De plusieurs végétaux rompose un tout factice; Il faut un point et virgule et non pas un point.
iMPruMERir i)K JUU'.S DIDOT AINI;, imprimeur di noi, luo iln Poni-dc-l.oili
i8 roiN iSj6
Le prix de rabonncniei esl.pourParU, Jc2îfraui paran.eldc li francs poi six mois, l'ûur les diVait nicnts, de 24 francs par ni et i3 francs pour sis moi;
Bureau de l'abonnement, chez Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n" 32; et cbez les principaux libraires et directeurs des postes des dépai lemcnts.
]L1 !©! (ÊÈiai,
CORRESPONDANCE
nÉPONSES AUX DERNIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE
Ma'correspontîance est tri'S nombreuse aujourd'hui, mais elle est peut-être un peu moins piquante que de coutume, et je dois avouer qu'il pourrait bien y avoir de ma faute. J'ai remarqué, en effet, que plusieurs de mes correspondants ont éprovivé, en répondant à mes questions sur la fable du Jeune LInot, quelque embarras pour ne pas retomber dans des idées qu'ils avaient eu déjà l'occasion de développer, au sujet d'une autre fable insérée dans un des premiers numéros de la précédente année de ce Journal, et intitulée l'Écureuil et le Rat. Quelques uns de mes lecteurs, toutefois, ont parfaitement senti la différence qu'il y avait entre ces deux apologues, dans l'un desquels un pauvre petit animal est perdu pour avoir piété l'oreille k un mauvais conseil, tandis que, dans l'autre, le jeune linot se perd en ne tenant point compte des avis de sa mère et en se fiant trop tôt sur ses propres forces. Le fait est pourtant qu'il y a eu de part et d'autre désobéissance, et que ceux qui , en me répondant, ont insisté particulièrement sur ce côté moral de la fable, et qui l'avaient déjà traité à propos de mon petit écureuil, ont dû être embarrassés pour ne pas se répéter. C'est donc, comme je le disais, un
peu ma faute si ma correspondance n'est pas aujourdbui tout-à-fdit aussi intéressante qu'elle l'est ordinairement. L'obéissance, au reste, est un devoir si important pour vous, mes amis, que je ne dois pas regretter d'avoir provoqué une seconde fois vos réflexions sur un sujet auquel l'intérêt du présent et de l'avenir se lie pour vous si fortement.
Dans le nombre des lettres que j'ai reçues, il en est quelques unes qui portent plusieurs signatures et répondent collectivement par le mot nous. Comme je ne sais auquel des signataires je dois eu attribuer la rédaction, je suis obligé de les mettre de côté, quoi qu'elles soient en général fort satisfaisantes. J'invite ceux de mes correspondants qui ont adopté cette marche à y renoncer et à m'écrire de préférence individuellement.
Parmi les réponses qui pourraient figurer ici en entier, mais que je ne puis iinpriraer toutes, j'en ai choisi trois qui m'ont paru mériter la préférence. La première est de M"' RUmche R....; la seconde de M. Eugène Delisle; et la troisième de M"' Laure D.... Voici ces lettres :
Il Je n'ai pu qu'être flattée, mon bon Génie, de l^Ty'"' " disposition particulière que vous avez prise à ny^u épard et bien reconnaissante des nouveaux téiWei-, ;, :
gnages île contentement et d'amitié dont vous m'avez jugée digne. Je ne sais pas si cette disposition continuera à m'empécher de concomir, mais elle ne me privera pas, je l'espère, du plaisir de répondre à vos questions, heureuse et satisfaite de trouver dans votre seule approbation la plus douce récompense que je puisse ambitionner. Je me permets donc de continuer une correspondance que votre bonté et votre indulgence rendent si précieuse.
» Voici, mon bon Génie, le sens moral qu'on peut tirer, je crois, de la fable du petit linol. Son m.nlheur nous apprend qu'il faut toujours obéir à ses parents, et qu'on ne peut négliger de suivre leurs avis sans les conséquences les plus funestes. D'ailleurs l'amour qu'ils nous portent, et que nous retrouvons dans les soins si tendres et si continuels dont ils entourent notre enfance, nous font également de cette obéissance un de nos premiers devoirs. Nous ne pouvons donc y manquer sans devenir à-la-fois imprudents et ingrats. La désobéissance du petit liiiot me parait plus coupable encore que celle de l'écureuil qui avait été séduit par le rat. L'un fut entraîné par de mauvais conseils, au lieu que l'autre n'en avait eu que de bons. N'oublions pas comme lui les sages avis que l'on nous donne, et profitons de son exemple pour ne pas chercher trop tôt à voleter de nos propres ailes. La jeunesse et l'inexpérience nous exposent à mille dangers que nous ne pouvons éviter qu'en recourant aux conseils de nos parents, et en lesmiivant avec exactitude et docilité, car, comme nous l'a dit le bon Génie,
" Docilité dans le jeune ,nge » Tient lieu de raison et lend s.ige.
"Permettez-moi, mon bon Génie, de me dire encore votre toute affectionnée
u IjLAXCUE 11 I
11 Mon bon Génie,
« Votre charmante fable nous apprend que nous ne devons pas trop tôt nous fier à nos propres forces, que nos paients ne voulant que notre bonheur, nous devons leur obéir aveuglément, et que le présomptueux enfant qui se croit en état de se guider luimême court inévitablement à sa perte. En effet la désobéissance à ses parents ne peut être suivie que de conséquences funestes, car le but de leur vie n'cst-il pas, par leur surveillance, leurs conseils et leur expérience, de nous détourner des dangers de tous les oenres qui pourraient faire notre malheur ou compromettre notre sûreté? .Vussi, toujours céder à leurs tendies avis, quand bien métne on se croirait capalile de faire plus ou autrement qu'ils ne veulent, est le ( luMuin du bonheur autant que de la .sagesse.
11 Le petit liuot est un étoiiidi bien condaninalile,
puisque, contre l'ordre de sa mère, il sort de son nid et, se croyant assez fort, erre çà et là sans songer à la difficulté du retour. Cette espèce de folie est malheureusement bien commune à notre âge. Aussi l'enfant qui sent l'utilité de bons conseils, qui les desiie et les suit, se niéfianf de ses propres forces, est un être rare et heureux qu'il faut tacher d'imiter. Si pourtant un jeune homme sait mettre à la place d'une futile vanité la noble ambition de bien faire, il ne s'aperçoit pas de l'autorité de ses parents, et il ne cherche pas à la combattre, parce qu'il sent qu'il a besoin de guides expérimentés pour le conduire dans le sentier étroit de la vertu , et que son cœur lui dit chaque jour qu'un bon père, une mère tendre sont les plus sûrs qu'il puisse trouver.
Il Le charmant tableau que vous faites de votre linote est frappant assurément pour plusieurs d'entrenous : oui, cet être infatigable dans son amour iriatcrnel, dans ses tendres spins, c'est ma mère, mon bon Génie. Cette idée, qui sera venue à tous vos abonnés, je l'espère pour eux, doit vous garantir que nul de nous n'aura le sort du petit linot.
Il Votre reconnaissant et dévoué petit ami,
Il lii'GÈiNE Delisle. II (à Périgueux. )
11 Avec quel plaisir, mon bon Gi-nle, j'ai lu vulre fable du jeune linot. Que j'aime h voir cette tendre mère mettre tout son bonheur à amuser et à instruire sa jeime famille! elle m'a rappelé ces premières années de mon enfance, où ma mère, souriant à mes caresses, se plaisait ;i guider mes premiers pas. Lorsque nos membres, trop faibles encore, refusent de nous soutenir, nous n'osons quitter la main tutélairc qui nous guide: conservons long-temps cette crainte salutaire, et gardons-nous cl essayer toutes seules la vigueur de nos ailes. La jeunesse a besoin que l'on guide son inexpérience, et quel plus -sûr guide pour elle que le cœur d'une mère? Suivons donc toujours les avis que nous donne la tendresse maternelle, et n'miitons pas ce petit linot écervelé, son étourderie le conduit il l'ingratitude, à une ingratitude bien condamnable, puisqu'il renqilit d'amertume et «le douleur le ceeur d'une mère qui l'aimait, qui se plaisait à l'instruire, et <)ni attejulait de lui tout son bonheur.
iiDaip'nc/, mon bon Crénie, recevoir les sincères témoiifnagcs de ma leionjiaissance,
11 L.vnuE 1) " (à licaune. )
Je vais (loiHicr place maintenant à quelqties extraits de plusieurs autres Icltrcs.
11 Ce «|u; doit principalement corriger les eufanis deleins défauts, c'est famour qu'ils ressentent peur
leurs parents. Quand on aime bien sa mère, on ne veut pas l'affliger, et alors on a bientôt surmonte toutes ses mauvaises inclinations.» (M"' Célinie de B ,àCaen.)
Il Malheur à celui qui, confiant dans ses forces, croit pouvoir dédaigner les conseils, et s'imagine qu'ils soqt plutôt le fruit de la pusillanimité que de la prudence! Ses premiers essais peuvent être heureux; mais bientôt sa faiblesse le trahit, et victime de sa présomption, il reconnaît trop tard ses torts et ses erreurs. » (M"' Marguerite L )
Il Qui n'est touche de voir cette bonne mère promener tour-à-tour chaque petit linot, leur donner à l'un après l'autre les leçons de l'expérience, leur apprendre lentemeitt à traverser les airs, et encourager leur jeune audace, en même temps que par ses conseils elle réprime leur témérité! C'est ainsi que, parmi nous, de bons parents préparent la jeunesse à son entrée dans le monde et lui indiquent tous les écueils qu'elle peut y redouter. Heureux ceux qui ont ainsi de bons Mentors pour les diriger! plus heureux ceux qui savent profiter de leurs conseils! » (.M"' Caroline L....)
. .l'ai trouvé dans cette fable Ihistoire de notre vie ; j'y ai vu l'image d'une bonne mère qui nourrit et amuse ses enfants, qui les soigne, leur donne de l'éducation et des conseils pleins de sagesse et de tendresse pour leur conduite dans le monde. J'y ai vu aussi l'image d'un enfant cruellement puni pour n'avoir pas écouté les avis de ses parents, et une famille au désespoir par la faute d'un étourdi, n ['yi"' Sophie Ch...., à qui je fais mon compliment pour cette analyse courte, juste et complète.)
u Tout ceci me persuade que je ne dois penser et agir que d'après les conseils de celle qui m'a donné le jour, que je ne dois point avoir de secrets pour elle, et que je dois payer sa tendresse et son amour pour moi par une confiance sans borne et par le sacrifice de toutes mes volontés. Vos bons conseils, mon bon Génie, me soutiendront dans cette résolution, et si j'y réussis, je vous devrai une partie de mon bonheur. » (M"' Augmline , au Lude. )
«Ne jamais s'écarter des principes que l'on a reçus et réfléchir avant d'agir, doit être la base de notre conduite. » (M"" Caliste B., à Mortefontaine. )
Il Ce ne sont pas les chats que nous avons à craindre comme le petit linot, mais les mauvais conseils et les mauvaises compagnies. >■ ( M"' Jlexanclrine de L , au château de Dobert.)
Après ces extraits je dois mentionner, comme mé-
ritant d'être distinguées, les lettres signées des noms suivants:
M"' Jlbert'me B., à Moulins; M"' Eugénie H.; M"' Ariane S., de C; M"' Lucie de P.; M'" Cécile de P., au Vivier; M"' Delphine F. , à Vienne ; M"' Augusta S.. de C. ; M"' Adèle C. , à Fontenelle ; M'" Louim S., à Fontonelle; M"' Jlexandrine ***; M"' Sophie M. G.; M"' Mathilde P.; M"' Mathilde de R. , a Villeneuveles-Avignons (Gard); ^V' Amélie D., àSaverne; M"' Eugénie, à Saverne; M"' £". G., à Nancy; M"' Quitterie L. , M"' Emerance F. , "SI"' Euphmsie P. , M"' Sophie B., élèves de la pension des Dames du Sacré-Cœur, à Séez;'M"' Pélagie H; M"' C.H. , à Saint-Martin-le-Beau; M. Ambroise Beauchef, à La Flèche; M. Jules Guérin; M. Albert Patersi; MM. Octave et Sosthènes Du-Crvs.
EXPLICATION DE LA DERNIÈRE CHARADE
Le mot de la charade proposée dans le numéro a de cette troisième année est Lisbo>.\e, dans lequel on trouve Us et bonne.
La plupart de mes correspondants l'ont deviné, et m'ont adressé, à ce sujet, des explications très détaillées et parfaitement satisfaisantes. Je ne pourrai en multiplier ici les extraits (jui entraîneraient trop de répétitions; mais je crois devoir rendre à mes jeunes a mis ce témoignage, i[u"ils ennoblissent la charade en sachant tirer ainsi parti de ce petit jeu d'esprit pour leur instruction. On en pourra juger par la lecture de la leure ci-après, que je choisis entre beaucoup d'autres à peu de chose près aussi intéressantes; elle est de M"' Antoinette Pl. de la M , de Marseille.
«Le lis nous vient de .'>yrie, mais il s'est depuis si bien acclimaté dans nos jardins qu'il y croit presque sans culture.
Il On compte quinze espèces de lis, et trente et une variétés. Vn des plus intéressants est le lis commun originaire de Prdestine; c'est un des plus beaux ornements des jardins; ses fleurs qui paraissent en juin sont disposées en épis, grandes, très odorantes et d'un blanc de neige.
" Il parait que c'est depuis le sacre de Clovis que les Heurs de lis, sur un champ d'azur, sont devenues les armes de la France.
u Louis I.\ avait une bague représentant en émail et en relief une couronne de lis et de marguerites, par allusion au nom de la reine sa femme. Sur un saphir, qui formait le chaton de la bague, était gravé un crucifix avec ces mots : « Hors cet annuel u:' pourrions trouver amour. » Parce qu'en effet cet emblème lui rappelait ce qu'il avait de plus cher, la religion, la France et son épouse.
Il Le lis était en grande vénération chez les peuples
de l'antiquité . Moïse en ornait le tabernacle, Salomon en faisait le principal ornement de sa couronne.
« On attribuait jadis aux oignons et à la tige du lis les vertus les plus extraordinaires, comme par exemple, de chasser les lions, les tigres, les léopards et de guérir de la piqûre des animaux venimeux.
Les bonnes sont des personnes chargées du soin de notre enfance; elles partagent les peines et les soins maternels, et méritent à ce titre nos égards, notre amour et notre reconnaissance.
«Lisbonne, grande ville, bâtie sur sept collines, près de l'embouchure du Tage, contenant environ 200,000 habitants, est la capitale du Portugal depuis i54o, époque à laquelle Jean, duc de Bragance, se fit proclamer roi de cette partie de l'ancienne Espagne, par un complot si bien ménagé que le gouvernement espagnol n'en fut instruit que quand le duc de Bragance eut été spontanément reconnu par l'universalité des habitants. Cette révolution a été unique dans son genre, puisqu'elle ne fut suivie d'aucun trouble et d'aucun désordre. On a toujours admiré la manière originale dont le premier ministre, Olivarès, apprit au roi cette fâcheuse nouvelle. i< J'ai «le bonheur d'annoncer (lui dit-il en fin courtisan) «une bonne nouvelle à votre majesté : les biens du «duc de Bragance vous sont acquis, puisqu'il vient «de se rendre coupable du crime de félonie en se « faisant proclamer roi dans une partie de vos états. »
« Lisbonne fut ravagée par un affreux tremblement de terre en lySS; la plus grande partie de cette ville fut détruite; elle a été depuis entièrement rétablie. On rapporte que la violente secousse que ce tremblement de terre fit ressentir jusque dans la mer, transporta un bâtiment de guerre au milieu d'une place où il est encore, et sur laquelle on a construit l'hôtel de ville. »
Je terminerai en citant une pensée bien sentie et fort bien exprimée de M"' Noémie de L.
« Le souvenir des soins de celle à qui je fus confiée dès mon enfance m'a facilement fait deviner la seconde partie de la charade. "