‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 52 sur 169 · L'EMPLOI DE L'ARGENT · texte numérisé non relu

L'EMPLOI DE L'ARGENT

Monsieur Dubois se retira à la campagne avec ses trois enfants pour y passer la belle saison. Il donna dix écus à chacun d'eux , en les exhortant à les bien employer. Avant de retourner à la ville, il leur en demanda compte. Philippe, l'ainé des trois, dit à son père : « Ah! j'aurai sûrement votre approbation, mon

Papa; vous allez voir que j'ai bien conservé mon argent. » Il court à son bureau, d'où il tire une petite bourse qui renfermait dix écus, car il n'avait pas dépensé un sou. « Eh bien ! ne suis-je pas un bon économe, dit-il, en étalant son trésor sur la table?

— ïout-à-l'heure, répondit le père, je te dirai ce que j'en pense. Et toi, Louis, qu'as-tu fait de ton argent?

— Moi, mon Papa, il m'a procuré un plaisir qui m'a bien amusé. J'avais fait changer la somme en sous et en liards : un dimanche que tous les enfants du voisinage étaient rassemblés, je m'avisai de leur jeter toute cette monnaie; ah! il fallait voir comme ils se culbutaient, comme ils se prenaient par la tète: il y avait de quoi mourir de rire. Ce n'est pas tout encore, les parents survinrent; ils se mirent en colère de ce que les enfants avaient gâté leurs beaux habits de dimanche, en se roulant dans la boue; et les petits garçons s'en retournèrent à la maison, bien grondés et bien battus. i> M. Dubois secoua la tète et appela Caroline. « Et toi, ma fille, quel usage as-tu fait de ton argent? n Caroline rougit et paraissait embarrassée. « Puisque vous l'ordonnez, je vais vous ledire, mon Papa. Vous savez qu'un pauvre charpentier tomba dernièrement d'une échelle et se cassa la jambe. J'ai fait payer son chirurgien. Un jour que je regardais battre le blé dans la grange, deux petites paysannes, k-peu-prèsde mon âge, ouvrirent un livre que j'avais posé sur un banc de la cour, à coté de mon ouvrage : elles l'examinaient avec curiosité. Je leur demandai si elles pouvaient le lire. — Non, répondirent-elles. — N'allez-vous point à l'école, demandai-je? — Nous serions bien aises d'y aller, répondirent les deux sœurs, mais nos parents ne sont pas en état de faire cette dépense. Après avoir parlé à leur père, je dis aux petites filles, que si elles avaient envie d'aller à l'école, je paierais tout ce qui serait nécessaire. Ces bons enfants se mirent à sauter de joie. J'ai payé trois mois d'avance et je leur ai donné quelques livres. J'ai fait diverses petites aumônes; j'ai donné au pauvre Jean de quoi remplacer une assiette de porcelaine qu'il avait cassée, afin qu'il ne fut pas

grondé — C'est assez, dit le père, en la pressant

tendrement contre son sein; tu es une bonne, une excellente fille; toi seule as bien employé ton argent, et il l'avenir je n'exigerai plus que tu m'en rendes compte. Toi, Philippe, remets ton trésor à Caroline, car il ne te sert à rien : des cailloux ou des jetons occuperont tout aussi bien la place de tes dix écus. Quant à toi, Louis, je suis désolé que la manière dont tu as dépensé ton argent ait pu t'amuser un raomcnt; tu m'apprends que je dois bien me garder de t'en donner à l'avenir. "

lMpmMi;i;ir. de JULF-S DIDOT AlNÉ, JMvniMian du iioi .

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Ce prii de l'abonncnicm «:si,pourParis,de22francî ^C par an , et de 12 francs pour ^ ~ lit mois. Pour les déparlcnienis , de ^4 francs par an , cl i3 francs pour sU niuis. j-

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