LE MATIN
L'ombre commence à replier ses voiles.
L'air est frais et le ciel est pur; On voit encor briller quelques étoiles
Qui vont s'effacer dans l'azur.
Tandis que par degrés l'Orient se colore.
Tout se réveille sons les cieux; Et les petits oiseaux ont, par leurs chants jo veux,
Salué la nouvelle Aurore.
Que j'aime sa douce clarté!
Que j'aime h voir le jour renaître.
Et le soleil se lever et paraître , Dans sa gloire et sa majesté!
Salut, ô féconde lumière.
Astre éclatant, noble flambeau I Combien le Dieu qui traça ta carrière Doit être grand , majestueux et beau I
Car tu n'es que sa créature; Tu semblés, ù soleil, te promener en roi
Et commander à la Nature; Mais celui qui t'a fait est plus brillant que toi.
Gloire, amour et reconnaissance A ce Dieu de bonté qui, dans mon cœur pieux. Mit un flambeau divin pour guider mon enfance. Comme il fit le soleil pour éclairer les cieux.
C'est ce flambeau sacré qui, cliaque matinée. Vient luire sur mon âme et, marquant mon devoir,
Règle l'emploi de ma journée.
Pour que je sois content le soir.
Puisse jamais aucun nuage N'obscurcir dans mon sein sa féconde clarté! Et puisse-t-il mûrir ma sagesse avec l'âge. Comme l'autre soleil mûrit les fruits d'été!
Mais voilà que, dans la vallée, J'entends les chants du laboureur;
Une heure à méditer déjà s'est écoulée
Allons par le travail honorer le Seigneur.
VARIETES
J'ai fait connaître, il y a quelque temps, à mes lecteurs, un petit livre, au moyen duquel ceux d'entre eiLxqui peuvent consacrer quelque argent à de bonnes œuvres, auraient l'occasion d'en faire une fort utile, en le répandant parmi les pauvres enfants qui n'ont pas de quoi acheter eux-mêmes des livres pour leur instruction. Voici qu'il vient de paraître un autre petit ouvrage du même genre, intitulé: Explication morale des Proverbes populaires français , par M. Basset, officier émérite de l'Université (i). Je vous signale celui-ci, mes amis, moins comme lecture pour vousmêmes, que pour en faire l'usage dont je viens de parler, attendu qu'il est beaucoup plus spécialement destiné à ceux qui ont besoin de vos secours, qu'à vous qui êtes assez heureux pour recevoir une éducation soignée. Cependant, vous serez peut-être bien .lises que je vous en donne une idée, par ce petit récit <jue je vais en extraire, et dans lequel deux ou trois jtroverbes sont mis en action.
Il Deux voyageurs se rencontrent sur une des routes qui bordent la Garonne. L'un était du pays, et à cheval; l'autre étranger et à pied. — Bonjour, camarade, dit le cavalier; où allez-vous comme çà? — A la ville, ou je me reposerai quelques heures, pour aller ensuite plus loin Et vous? — A la ville aussi J'y
resterai. — Vous allez bien vite; vous êtes pressé sans doute? — Oui, car sans cela, je vous dirais de monter il votre tour sur ma petite bête. Je vais recueillir la succession d'un comte, mon parent, qui passe dans lautre monde tout exprès pour me mettre un peu à mon aise dans celui-ci. — Vous êtes bien heureux de pouvoir faire votre voyage commodément. — Pas plus
que vous Je n'ai pris un cheval aujourd'hui que
parce que la circonstance le commande; car par goi'U , je préfère voyager à pied. — Par goût? oh! ma foi! voici une belle occasion de le satisfaire: donnez-moi votre place, et prenez la mienne. Pour moi, si je suis piéton, c'est contre mon goiit. — lié! cadédis, mon iimi, vous n'en êtes que mieux portant; vous n'avez de soucis que pour vous, vous ne craignez point les chutes et vous dépensez moins d'argent. — Vous avez
(i) In-i8, prix 4" centimes pt 3n fianns le cent. Au Imreau du lion Génie.
beau dire, je sens que je dois être plus fatigué que vous. — Avançons; chemin faisant, je vous ramènerai à mon opinion. — Je le veux bien. — Par exemple, nous allons arriver à l'auberge; mes premiers soins seront pour ma monture, les seconds pour mes affaires, ensuite — Je vous dispense du reste. Dites-moi
seulement qui de nous sera plus leste ce soir? qui de nous deux sera le mieux disposé à recommencer demain la même route? qui de nous deux échapperait plus facilement aux attaques d'un malfaiteur? — Bagatelles! comptez-vous pour rien un exercice salutaire qui aiguise votre appétit et entretient votre santé? — Descendez de cheval , et vous jouirez de tous ces avantages. C'est maladroit à un prédicateur à table de prêcher l'abstinence à un homme à jeun; et il est aisé d'aller à pied, quand on tient son cheval par la bride. — Encore un mot, l'ami, et je vous laisse à vos préjugés : Pourquoi le ciel nous a-t-il donné l'attitude droite et deux pieds très flexibles, sinon pour nous soutenir et nous porter par-tout à votre volonté? Avcz-vous lu quelque part que les chevaux aient été créés spécialement pour nous dispenser de marcher? Nos premiers pères sans doute n'étaient point cavaliers, ils suivaient la bonne nature, ils se promenaient un bâton à la main, et vivaient des siècles entiers.
Foi de Gascon, si — Foi de Gascon, dites-vous?
si je l'avais su plus tôt, nous serions d'accord depuis long-temps. — N'importe, tout en causant nous voici arrivés ensemble. Je vais donner des ordres pour notre diner, et courir à mes affaires. En attendant, puisque vous aimez les chevaux, faites moi le plaisir de voir h l'écurie si le mien a ce qu'il lui faut. — Volontiers
"On se sépare. Le piéton enfourche le palefroi, pique des deux, et disparait. Le cavalier, après ses
courses, vient faire visite à son cher bidet mais,
quoi! il ne trouve au râtelier qu'un bâton, auquel était attaché le billet suivant :
" Pour que nous connaissions bien, vous et moi, « Monsieur, les deux manières de voyager; pour faire " plus facilement le reste de ma route, après que votre Il cheval et moi avons été rafraîchis, je l'ai monté pour 11 me rendre à la ville voisine. Je descendrai à l'au- II berge du Soleil d'Or. Quand vous en aurez fait assez lia pied, mon bâton à la main, comme les patriar- «ches, vous me le rapporterez, et je vous rendrai Il votre monture. Bon voyage et bon appétit. Adieu. »
iiSandis! s'écria l'homme delà Garonne, tons los Gascons ne sont pas de notre pays, et celui-ci mérite bien d'en être. Plus fin que lui n'est pas bêle. — Fin contre fin ncsl pas bon pour doublure. ■ — // ne faut pas se fier à plus fin que soi. »
iMPI-.IMEBU DE JIjLi;S IMDUT AIN!'
niMANCIlE, 16 )UILI.ET lSj6
Le prix de l'abonncmenl est, pour Paris, de iifraocs par an , ei de 1 î fraucs pour ^ i,x mois. Pour les dcparie- fi'*' nients, de 24 francs par an ei i3 francs pour sis mois.
lir ANSÉE. N» l l.
Bureau de l'abonnement, clict I.OLMS Colas, libraire, rue Daupliine, n° 32; et chez les principaux Ubraircs cl directeurs des postes des dépaiteoicnts.
ILE Mm} ûÈmm,
LÉLECTRICITÉ.