‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 61 sur 169 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Mercredi de la semaine dernière, je nie trouvais, avec quelques amis, dans la foret de Saint-Germain, où nous fûmes surpris par un violent orage. Des nuaf;es noirs amoncelés s'avançaient gravement et semblaient toucher la cime des arbres. Nous avions hâté le pas pour chercher un abri. Un éclair brillant sillonna la nue, et l'éclat du tonnerre fut suivi d'une averse qui nous laissa à peine le temps de gagner la maison d'un garde, avant que nos vêtements ne fussent traversés. Nous n'étions pas les seuls qui nous fussions réfugiés dans ce lieu; la maison était pleine, c'est-à-dire la chambre, car il n'y en avait qu'une qui fût consacrée à cette hospitalité. Là, chacun était diversement préoccupé et paraissait éprouver des impressions différentes. Plusieurs femmes étaient effrayées; les unes s'efforçaient de cacher l'émotion pénible qu'elles éprouvaient, les autres la manifestaient sans respect humain. Mes enfants, que j'avais avec moi, jouaient devant une petite fenêtre grillée, et contemplaient avec admiration les longs éclairs qui traversaient le ciel. Plusieurs individus dont le simple costume annonçait une profession l.iborieusc, (•taient

assis à une fable, autour de deux ou trois bouteilles de bière. La figure intelligente de l'un de ces ouvriers avait déjà attiré mon attention, lorsque je le vis s'approcher de la fenêtre, et appeler une pauvre femme qui n'avait pas osé entrer dans la maison et s'était réfugiée avec son enfant sous un grand orme. « Ne restez pas là, ma bonne femme, lui dit-il; l'orage est en plein sur notre tête, et ce grand arbre pourrait facilement attirer la foudre. » La bonne femme entra; son petit enfant pleurait, et je vis avec plaisir les miens s'empresser de le consoler, en liii donnant un petit panier de cerises qu'ils avaient apporté.

Lorsque l'homme qui avait parlé eut repris sa place auprès de ses compagnons, ceux-ci lui firent, comme au plus savant d'entre eux, quelques questions sur le tonnerre. Je ne fus pas médiocrement surpris de l'entendre alors leur donner une explication fort claire et fort juste des effets de l'électricité. 11 ne se servait pas toujours du mot consacré par la science, mais il y sulistituait des expressions plus simples qui n'en exprimaient pas moins très exactement la vérité. Il parlait d'ailleurs avec beaucoup de bonhomie, et ne paraissait nullement vouloir se donner de l'importance par son petit mérite. Les autres le regardi^ient et l'écoutaient cependant avec une sorte de respect et de déférence, qu'inspire toujours la supério-

rite de l'intelligence et du savoir. Quant à moi , j'avoue que j'éprouvai un véritable plaisir à rencontrer autant d'instruction dans un homme de cette classe. Combien, nie dis-je, portent de plus beaux habits, mènent une vie moins laborieuse, ont eu plus de temps h consacrer à l'étude, qui pourt.mt ne seraient pas en état de raisonner connue ce simple artisan sur une des théories les plus intéressantes de la jiliysique! à mesure que les connaissances humaines se répandent et se propagent, lorsque tant de moyens sont offerts de les acquérir, il est des choses dont il devient presque honteux de n'avoir pns au moins une idée. Tandis que je faisais ces réflexions, l'orage s'éloigna; le ciel s'était nettoyé au-dessu^ de la forêt, et le tonnerre ne grondait plus qu'au loin sur la plaine. Nous jugeâmes à propos de nous remettre en route, et moi, .voulant donner une marque de considération à cet homme qui avait excité mon intérêt, je le saluai particulièrement en sortant.

(^omme il y a toujours, mes bons amis, dans tout ce qui m'arrive, une jjensée pour vous, cette petite aventure m'a rappelé que je ne vous avais point encore parlé de l'électricité, dans mon journal; et cela m'a fait prendre la résolution de ne pas ajourner davantage cet intéressant sujet. Il me faudra, pour le traiter d'une manière convenable et utile pour vous, y consacrer plusieurs articles, dont celui-ci ne sera que l'introduction. Je réclamerai, dans ce cas, toute votre attention; car malgré mes efl'oits pour être simple, clair et bien intelligible, j'aurai besoin que vous m'y aidiez, en faisant vous-mêmes quelques efforts pour bien comprendre. Je vais me borner aujourd'hui à vous dire ce qu'on entend jiar électricité.

On appelle Électricité l'action d'un corps que l'on a mis en état d'attirer à lui, et de repousser des corps légers qu'on lui présente à une certaine distance; de faire sur la peau d'un être animé une impression légèrement sensible au toucher, et assez semblable à celle d'une toile d'araignée qu'on rencontrerait flottante en l'air; de faire sentir, vis-à-vis de ses parties anguleuses, un petit vent frais; de répandre une odeur analogue à celle du phosphore; de lancer des aigrettes d'une matière lumineuse; de produire des étincelles brillantes; de faire sentir des piqûres assez vives aux corps animés qu'on en approche; de leur causer des 1 commotions violentes, capable* q.uelqu<ifois 'de donner la mort; d'enflanlme^ des liqueurs ou vapeurs -.piritueuses, et même d'aytres corps moins inflammables; enfin de communiquer .'i d'autres corps la faculté de produire les méineç-effels pendant un certain temps.

D'après l'analogie qui existe entre les effets de l'électricité cl ceux du tonnerre, il parait bien démontre

que le tonnerre n'est lui-même qu'une grande électricité qui s'excite naturellement dans l'atmosphère. Ces effets ne peuvent être dus qu'à une matière en mouvement, soit au-dedans, soit autour du corps électrisé, car il n'y a que la matière qui puisse produire sur nos sens les impressions dont je viens de parier. On a donné à celte matière le nom de fluide ctertrique. Je \ous dirai, dans mon prochain article, comment on considère ce fluide, comment il se manifeste, et de quelle manière il agit.

Vous pouvez des aujourd'hui vous assurer de son existence, au moyen d'une petite expéiience bien simple. Ayez un morceau de cire à cacheter, ou un morceau de souffre, ou un morceau d'ambre jaune; frottez-le sur un morceau de drap bien sec, cela suffira ])Our l'électriser. Si vous le présentez alors à de petits brins de paille, ou de papier, ou de fil, vous verrez ces petits corps s'élancer vers lui et s'y attacher; si vous le passez devant vos yeux et votre visage, à une petite distance, vous sentirez une impression semblable à celle du frottement d'une toile d'araigni'e.

Cet effet avait été remarqué par les anciens sur l'ambre jaune (i), qu'ils nommaient electrtim; et comme ce corps est le premier dans lequel on ait observé la vertu électrique, c'est son nom que l'on a clioiti pour en former le inot électricité.

Je m'arrête, mes amis, et je vous laisse pour aujourd'hui méditer sur le peu que je viens de dire, attendu que je serais entraîné hors des bornes d'un article, si je voulais entrer de suite dans quelques développements.

(i) V ambre jaune, auquel les naturalistes donnent le nom de Mcriii , est une snbslance dont l'aspect est parfaitement résineux, et qui parait, en effet, n'être autre cliose qu'une re'sine qui a découlé d'un arbre que nous ne connaissons plus aujourd'hui. On le trouve particulièrement en Prusse, sur les bords de In mer P.altiquc. Sa couleur est le jaune de miel plus ou moins foncé; il est ordinairement transparent, et quelquefois seulement translucide, ou même presque opaque. 11 exhale nue odeur douce, naturelle, et brûle facilement en répandant une flamme blanche. S» dureté est assez grande pour qu'il puisse recevoir un beau poli. Les anciens en taisaient grand cas, et il était fort recherché par les dames romaines 'pour leur parure. On en fait eucore aujourd'hui des bijoux, et principalement des colliers qui sont fort agréables à cause dn parfum délicat qu'ils exli.ilent. On trouve, dans certains morceaux de succin, des iuswtes ou d'autres petits corps, q>n paraissent y avoir été engagés .-lU moment o.'i b rrsine était molle et roulante. Lorsque ces insectes sont bien iiitaets, bien conservés, et que la irausparence parfaite dutiiiçpiu p6.;.i«Bt.ae,,lus bie» JUtinguer, ils lui donnent une assez gr^çde/JiaU-ur,, spit pour U: monter en épingle ou, ou agr;)ffp, soit p.PW Ije, conserver dan, les cabinets d'histoire naturelle.

MOTS A LOREILLE

\| Le travail et l'ennui ne passent jamais par la même porte.

iÀ Quand on est mécontent de soi , on n'est content de personne.

(| Le souvenir des bonnes actions embellit et parfume la vie comme un bouquet de roses.

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