LE CHIEN ÉCOSSAIS
Voici une anecdote que j'ai trouvée dans un recueil anglais, et qui m'a paru fort intéressante. Il ne faut pas dédaigner les exemples de dévouement et de fidélité qui nous sont donnés même par les animaux.
Un berger qui vivait dans une des vallées par lesquelles sont entrecoupées les hautes montagnes de l'Ecosse, allant faire une excursion pour visiter son troupeau, emmena avec lui un de ses enfants âgé de trois ans. Cet usage est assez commun parmi les montagnards, qui accoutument ainsi de bonne heure leurs enfants à endurer les rigueurs du climat. Après avoir traversé plusieurs pâluragcs, accompagné de son chien, le berger voulut gravir un point escarpé, d'où ses regards pourraient embrasser une plus grande étendue; mais comme son enfant n'aurait pu le suivre, il le laissa au bas des rochers sur un petit plateau, en lui défendant expressément de s'éloigner de ce lieu avant son retour. A peine, cependant, avait-il atteint la cime du roc, que l'horizon fut obscurci par
un de ces brouillards épais qui descendent qucUruefois rapidement entre les montagnes, et font en peu de minutes succéder les ténèbres à la lumière. Le père alors se hâta de revenir sur ses pas pour retrouver son enfant; mais égaré, soit par l'obscurité, soit par son trouble, il se trompa de chemin en redescendant. Après une recherche infructueuse de plusieurs heures, il s'aperçut enfin qu'il était arrive à l'entrée de la vallée et tout près de sa cabane. Il eiit été aussi inutile que dangereux de renouveler ses recherches pendant la nuit; il retourna donc à sa demeure, le cœur navré d'avoir perdu son enfant, et ne s'apercevant pas, dans son désespoir, (]u'il avait aussi perdu son chien fidèle. Le lendemain au point du jour, ce malheureux berger se remit en quête, assisté de plusieurs voisins; mais le jour s'écoula en vaines fatigues, et la nuit levint les forcer à redescendre des montagnes sans avoir rien découvert. Cependant, en rentrant dans sa cabane, le montagnard apprit que son chien avait reparu, mais qu'il s'était enfui bientôt, emportant un morceau de gâteau qu'on lui avait donné. Pendant plusieurs jours, le berger continua les mêmes recherches, mais toujours en vain; et chaque soir, il trouvait, en rentrant, que le chien était revenu et avait disparu de nouveau avec la nourriture qu'on lui donnait. Frappé de la singularité de cette circonstance, il resta un jour à la maison , et au moment où le chien, selon sa coutume, s'enfuyait avec son morceau de gâteau, il résolut de le suivre, afin de découvrir la cause de cette étrange conduite. Le chien se dirigea vers une cataracte qui tombait à quelque distance de l'endroit où le berger avait laissé son enfant. Les bords de la cataracte, quoique très rapprochés au lieu de la chute, étaient cependant séparés par un abyme d'une profondeur immense, et présentaient un de ces tableaux qui étonnent si souvent les voyageurs dans les montagnes de l'Ecosse. Le chien n'hésita pas à descendre au bas des rochers, par une route à peu près perpendiculaire, et bientôt il disparut, en entrant dans une caverne dont l'ouverture était presque au niveau du torrent. Le berger le suivit avec beaucoup de difficulté; mais qu'on juge de ses émotions, lorsqu'en arrivant h l'entrée de la caverne, il aperçut son pauvre enfant mangeant avec avidité le gâteau que le chien venait de lui apporter, tandis que ce fidèle animal fixait sur son jeune protégé un regard de satisfaction et de complaisance!
Il parut évident que l'enfant s'étant approché du bord du précipice, était tombé et avait roulé, heureusement sans accident grave, jusqu'à la caverne. Le chien l'av.ait suivi à la trace, et l'avait ensuite empêché de mourir de faim, en lui apportant < haque jour une part de sa propre nourriture. l'endant tout ce temps, il ne l'avait quitté, ni le jour, ni la nuit, si ce n'est pour aller chercher leur subsistance, ce ([u'il faisait le plus rapidement possible, car on le voyait alors passer et repasser dans la plus grande hâte.
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IIP ANNÉE. N" 12.
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