LA MACHI>"E ÉLECTRIQUE
LITHOGUAPHIE.
Désirant vous donner, mes amis, la tiescription d'une machine électrique, il ni'a semblé que je ne pouvais mieux faire, pour rendre cette description bien claire et bien intelligible, que de consacrer la lithographie de ce mois a vous offrir la représentation de l'objet même dont je me propose de vous entretenir aujourd'hui. Le dessin que je vous adresse, avec ce numéro du Journal, représente donc une machine électrique, et je vous invite à l'avoir sous les veux en lisant ce qui va suivre.
La principale pièce de cette machine est un plateau de verre de forme circulaire, placé verticalement entre deux montants en bois garnis de quatre coussinets de cuir rembourés avec du crin. Ce plateau se meut et tourne, au moyen d'une manivelle, de manière à recevoir, dans ce mouvement, le frottement continuel des coussinets. En avant du plateau, se trouve un conducteur en laiton, qui a la forme d'un cylindre terminé à ses extrémités par deux boules. A la boule voisine du plateau est adapté un conducteur plus petit, également en laiton, mais recourbé en demi cercle et terminé par deux pointes qu'il présente au plateau ,
a une très petite distance de ce dernier. Cet appareil conducteur est porté sur deux colonnes de verre, et se trouve par conséquent isole, conformément à ce que je vous disais dans mon précédent article. Le tout est fixé sur une table basse, ainsi que vous l'indique le dessin.
Avant d'aller plus loin et de vous parler des effets de cette machine, il faut que je vous fasse connaître une propriété, très remarquable et fort importante, des corps terminés en pointe. Les pointes attirent le fluide électrique graduellement et sans explosion, et ce fluide s'échappe par elles de la même manière; tandis que, sur les corps arrondis, il se précipite en masse, avec explosion, et s'en échappe de même. Ainsi, lorsque vous présentez, à un corps électrisé, un corps de forme arrondie, vous voyez une étincelle s'élancer avec bruit du premier sur l'autre; et lorque vous présentez une pointe à un corps électrisé, vous n'obtenez pas d'étincelles, mais vous voyez, dans l'obscurité, une aigrette lumineuse se former à l'extrémité de la pointe, jusqu'à ce que celle-ci ait soutiré tout le fluide électrique accumulé dans le corps électrisé.
Supposons maintenant qu'on fasse tourner le plateau de verre de la machine , que doit-il arriver? Vous le comprendrez facilement, si vous avez bien saisi ce
que j'ai dit jusqu'ici. Le plateau, en tournant, s'électrise par le frottement qu'il éprouve de la part des coussinets, et sa surface se trouve alors chargée de fluide vitré; ce fluide est attiré par les deux pointes du petit conducteur recourbé, vers lesquelles, si l'on opère dans l'obscurité, on voit se former l'aigrette lumineuse dont j'ai parlé. Tout l'appareil conducteur se trouve bientôt chargé de fluide vitré, qui ne peut s'en échapper, puisque cet appareil est isolé sur deux supports en verre qui ne s'électrisent point par communication. Si vous présentez alors une boule de métal au conducteur, vous voyez des étincelles s'échapper de ce dernier, en sillonnant comme de petits éclairs dont elles ont aussi la couleur. Si vous présentez la main, vous y recevez ces étincelles qui vous font éprouver la sensation d'une piqûre plus ou moins (orte, selon qu'il y a plus ou moins de (luide accumulé dans le conducteur. Quand la machine est très puissante et le conducteur d'un très gros volume, ces étincelles peuvent être assez fortes pour vous faire ressentir une commotion et une douleur très vive. Enfin, vous pouvez vous mêmes jouer le rôle du conducteur, et ceci est une expérience fort amusante; voici comment elle se fait :
On appelle tabouivt iHacIr'Kjw, un tabouret formé d'une planche de chêne supportée sur quatre pieds en verre. Vous concevez qu'en se plaçant sur ce tabouret, on doit se trouver isolé. Si l'on tient alors dans la main un crochet ou une chaîne de métal attachée, par l'autre extrémité, au conducteur de la machine , il est aisé de concevoir qu'on fait partie de ce conducteur. Supposez-vous dans cet état: quand on tournera le plateau de verre, vous serez électrisé en même temps que le reste du conducteur, et l'on pourra tirer des étincelles de toutes les parties de votre corps. En même temps, on verra vos cheveux se hérisser, parce que le fluide électrique dont vous serez surchargé tendra à s'échapper parles pointes qu'ils forment. J'ai vu quelquefois des jeunes gens se divertir beaucoup h tirer des étincelles au bout du nez ou aux oreilles de celui d'entre eux qui se trouvait placé sur cette espèce de sellette.
Les étincelles que l'on obtient ainsi du conducteur même de la machine électrique, ne sont jamais assez fortes pour produire des effets dangereux; mais on a imaginé des appareils, dont je ne saurais vous faire comprendre la tln'oric par de simples descriptions, et au moyen des(piels on produit des décharges électriques capables de tuci' lui bœuf et de fondre des fils de métal. En modéranl l'effet de ces appareils, on le borne à faire sentir des commotions plus ou moins vives; et cet effet est si rapide, que cent personnes, se tenant par la main, le ressentent toutes ensemlde, à l'instant même de la décliarf;e.
Aussitôt qu'on a mis en mouvement le plateau d'une machine électrique, il se répand, dans l'air qui l'environne, une odeur à -peu -près semblable à celle qu'exhale le phosphore. Lorsqu'on agit dans les ténèbres, le plateau parait tout en feu, et l'on voit parfaitement les aigrettes lumineuses qui se forment aux pointes du conducteur. Pour que tous ces effets aient lieu, il est nécessaire que le temps soit sec; car s'il y avait de l'humidité dans l'air, l'eau étant un corps conducteur de l'électricité, le fluide ne demeurerait pas dans le conducteur de la machine, et se perdrait en se répandant dans l'atmosphère humide.
Il existe une autre espèce de machine électrique fort simple, qui consiste en un gâteau de résine qu'on électrisé en le frottant avec une peau de chat. Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est du fluide résineux qui se dégage alors à la surface de ce gâteau. Lorsqu'on l'a ainsi frotté, on pose dessus un plateau métallique surmonté d'un manche de verre qui sert à l'isoler et par lequel on le tient. Le gâteau communique à ce plateau luie partie de son fluide résineux, de manière que, quand on le retire, le plateau se trouve électrisé et l'on en peut tirer une étincelle. Cit appareil se nomme clectrophure.
Il n'est peut-être pas, mes amis, d'étude plus amusante que celle des phénomènes de l'électricité. Je regrette de ne pouvoir vous parler d'une multitude de jolies expériences, qu'il faudrait voir pour s'en faire une juste idée et pour en comprendre l'explication; je regrette sur-tout de ne pouvoir vous les montrer et jouir du plaisir que vous auriez à les faire avec moi. Celte satisfaction est sans doute réservée à quelque autre, et je suis peut-être excusable de l'envier un peu. J'aurai du moins celle d'avoir donné à la plupart d'entre vous les premières notions sur cet intéressant sujet. Je vous en ai dit assez maintenant pour pouvoir vous parler, dimanche prochain, de la foudre et du paratonnerre.