LE MAUVAIS EXEMPLE
Maman, dit un jour la jeune Olivia, en entrant tout émue dans la chambre de madame de Vcrceil; Maman , savez-vous c*e qui vient d'arriver à la pauvre Suzanne, la fdle de votre jardinier?— Non, ma bonne
auùc, Ah! Maman, son père vient de la chasser de
chez lui, et la petite malheureuse ne sait plus que devenir.— Eh bon Dieu! qu'a-t-elle pu faire pour mc'riter un pareil châtiment? son père est un houuue hounêle et bon; il faut donc qu'elle se soit rendu." bien coupable, pour l'avoir poussé à cette extrémité. — Oh! vraiment oui. Maman, elle a commis une grande faute : je ne sais ce que sa mère lui avait commandé; mais elle a refusé d'obéir, elle s'est emportée,
et elle a fini par dire à cette bonne femme des injures que je n'oserais pas répéter. — Des injures h sa mère! es-tu bien sûre de cela, Olivia?— Hélas! oui, Maman, et pourtant j'ai peine à le croire. Oh! quel malheur de n'avoir pas reçu de l'éducation et de bons principes! Hélas! ma chère enfant, il ne devrait pas être
nécessaire de recevoir beaucoup d'éducation pour respecter sa mère; il semble que ce sentiment devrait être assez naturel pour qu'il ne fût pas besoin de l'enseifncr. Mais il y a, dans le manque d'éducation, une chose bien fâcheuse, c'est qu'il nous rend beaucoup plus susceptibles d'être entraînés par les mauvais exemples que par les bons, et lorsqu'on suit alors les premiers, on ne manque pas d'aller bien au-delà. — Que voulez-vous dire? Maman, demanda Olivia en rougissant, comme si une réflexion soudaine lui faisait faire un petit retour sur elle-même. — Je veux dire, uia fille, que la faute de Suzanne pourrait bien n'être que la suite d'un mauvais exemple. Suzanne se trouvait ici l'autre jour, lorsqu'à propos d'une leçon d'histoire que tu avais fort mal apprise, tu me répondis avec une vivacité et un ton si peu convenables que je fus obligée de t'imposer silence. Sans doute il y avait loin de là à des injures; mais pour une enfant qui n'a pas été élevée comme toi, qui ne connait pas la valeur des mots, des injures ne sont pas beaucoup plus, et je ne serais pas fort étonnée que Suzanne, témoin de ton petit emportement, s'en fut autorisée pour manquer de respect à sa mère. — Bon Dieu ! Maman, que me dites-vous? Je me suis tant repentie de la manière dont je vous avais parlé! Mais ce n'était pas assez de mes regrets pour m'en punir, et voilà que je suis la cause de la faute et du malheur de Suzanne ! — Je crains au moins que tu n'y aies contribué. Rappelle-toi, ma chère Olivia, que notre exemple est d'un grand poids auprès de ceux qui se trouvent nos inférieurs par le rang et sur-tout par l'éducation. C'est donc un devoir pour nous de ne jamais leur en donner que de bons; et quand nous manquons à ce devoir, nous nous rendons indignes des avantages que la Providence a daigné nous accorder. — Chère Maman, reprit Olivia, je n'oublierai pas cette double leçon; mais permettez-moide courir implorer la grâce de Suzanne; je m'accuserai moi-même auprès de son père, je lui demanderai pardon, il ne me refusera pas. Oh! Maman, je n'ai plus de repos que je n'aie réparé le mal que j'ai pu faiic à cette pauvre enfant.
Je vais faire aujourd'hui à mes jeunes lecteurs une question qui leur laissera une latitude complète. Je les prie de vouloir bien me dire :
Quel est le personnac/e de l'antiquité qu'iL estinuiit le plus, et pour quelles raisons?
J'attendrai les réponses dans le délai d'ici au dimanche 20 août prochain, et je réitère l'invitation de ne pas dépasser ce terme, car la dernière fois encore, j'ai reçu des lettres tardives qui n'ont pas pu concourir avec les autres.
A ce sujet, je dois prévenir ceux de mes corres])ondants qui ne m'écrivent pas par la poste, que leurs commissionnaires ne sont point exacts, car il m'est parvenu, celte semaine, une lettre en réponse aux questions sur la fable du petit Linot, et datée du 7 juin.
CORRESPONDANCE
En répondant à mes dernières questions on m'en a adressé deux, auxquelles, à mon tour, je puis répondre aujourd'hui dans un même article. On m'a demandé ce que c'est qu'un métal qui porte le nom de nickel, et ce qu'on entend par encre sympathique.
Le nickel est un métal d'une couleur blanche un peu rougeâtre, qui se laisse couper sans se briser et qui est doué d"ua certain degré de ductilité. Quand on le rompt, il présente un tissu grenu comme celui de l'acier. Ce métal ne se trouve point à l'état de pureté dans la nature; il est toujours ou combiné avec l'oxigène, ou mélangé avec d'autres métaux, et ce n'est que par des procédés chimiques qu'on peut l'en séparer. Il accompagne ordinairement les minerais d'un métal nomme cobalt, et quelquefois aussi les minerais d'argent. Nous en avons en France, dans les mines des Vosges et dans celles du Dauphine.
Le nickel , au reste, ne joue pas un grand rôle dans le règne minéral, car jusqu'à présent on n'en a point tiré parti pour les arts. Cependant deux circonstances le rendent assez intéressant: la première, c'est qu'on a reconnu sa présence, en quaniité notable, dans les masses de fer météorique et dans les pierres tombées de l'atmosphère, dont je vous ai entretenus il n'v a pas longtemps. La seconde, c'est que le nickel estun des deux métaux qui partagent exclusivement avec le fer la propriété magnétique. Ceux d'entre vous qui n'ont pas oublié mon article sur l'aimant, savent ce que c'est que cette propriété. Le nickel est donc, comme le fer, susceptible d'être aimanté, et fori pourrait en faire des aiguilles de boussole.
L'autre métal qui jouit, ainsi que le nickel, de celte propriété, est le cobalt auquel le premier est communLwent associé dans les mines. Celui-ci est dune bien plus grande importance, à cause des services qu'il rend. Il ne se trouve pas non plus naturellement à l'état de pureté, et les minerais dont on le retire sortt un mélange de cobalt et cVarsenic, autre métal dont
Je nom redoutable vous est sans doute connu , et dont je vous entretiendrai quelque jour. Dégagé de ce mélange, le cobalt est dur, fragile; sa couleur est grise, à-peu-près comme celle de l'étain. Dans cet état, il n'est d'aucune utilité; mais combiné avec certaines autres substances, il donne une belle couleur bleue qui est d'un usage très précieux. Tous les verres, les émaux et les cristaux bleus sont colorés par le cobalt; les beaux fonds bleu-célestes de la porcelaine, sur lesquels on place ordinairement des figures ou des ornements saillants exécutés en pâte blanche, sont également dus au cobalt; c'est encore le cobalt qui produit le bleu dont on se sert pour l'apprêt des toiles, des batistes, des linons, des mousselines, et celui qu'on emploie dans les papeteries, pour colorer certaines espèces de papier; enfin le célèbre chimiste, M. Thénard, est parvenu à obtenir, avec ce même cobalt, un bleu propre à être employé dans la peinture, et qui rivalise en beauté et en solidité avec le bleu d'outremer dont on s'était exclusivement servi jusqu'alors et dont le prix était excessif.
Comme c'est avec une dissolution de cobalt que l'on prépare une des plus jolies encres sympathiques , je me trouve naturellement conduit à vous parler de cette encre. On appelle ainsi une préparation avec laquelle on trace sur le papier des cacactères ou des figures qui disparaisseist en séchant, et cpii reparaissent quand on vient à chauffer légèrement le papier, en le présentant de loin au feu. Lorsque les traits de l'encre sympathique de cobalt reparaissent ainsi par l'action de la chaleur, ils sont colorés en vert tendre; l'expérience peut se répéter nombre de fois, et h chaque épreuve les traits s'effacent complètement |iour se remontrer ensuite. J'ai vu un écran fort ingénieux, sur lequel l'effet de cette encre causait une surprise agréable aux personnes qui n'étaient pas prévenues. D'un côté de cet écran était écrite, en encre ordinaire, une jolie pièce de vers; de l'autre côté, était dessiné un paysage d'hiver où les arbres se trouvaient dépouillés de feuilles; cependant le feuillage y était aussi dessiné, mais avec la dissolution de cobalt, et par conséquent ne paraissait point. Ce paysage sans verdure avait peu d'attraits pour la personne à qui on présentait l'écran, en sorte qu'elle préférait lire la jolie pièce de vers. Pendant cette lecture, l'autre côté de l'écran tourné vers le foyer s'échauffait , et le feuillage dessiné en encre sympathique reparaissait avec son vert tendre. Lorsqu'ensuite la personne cjni tenait l'écran s'avisait de le retourner, elle avait peine à concevoir comment, en si peu d'instants, le printemps avait ])u succéder à l'hiver.
VARIÉTÉS
La politesse a des formes qui sont toutes de convention, et qui varient par conséquent d'un pays à un autre. 11 ne faut donc pas s'étonner de la bizarrerie de certains usages qui ne nous paraissent singuliers, chez les étrangers, que parce qu'ils diffèrent des nôtres. Voici, par exemple, quelles sont les formes de la politesse en Islande, selon ce que rapporte le voyageur Henderson.
Quand vous recevez l'hospitalité chez un habitant, c'est la maîtresse de la maison, ou sa fille aînée, qui vous ôte vos bottes et vos bas , et l'on a soin de placer auprès de votre lit une grande jatte de lait.
Lorsque vous entrez dans une maison et quand vous en sortez, vous devez embrasser tout le monde, sans exception d'âge, de rang, ni de sexe. En entrant, vous commencez par la personne la plus considérable, et vous descendez graduellement de rang en rang jusqu'aux serviteurs, selon ce que vous indique votre propre jugement. En sortant, vous faites l'inverse, c'est-à-dire que vous commencez par les valets, puis les enfants , et vous finissez par la maîtresse et le chef de la famille.
CHARADE
Un mot latin est mon premier.
Et c'est le mot qui , dans un livre.
Se trouve toujours le dernier; Quand nous avons cessé de vivre.
Notre corps gît dans mon dernier D'où notre âme aussitôt s'élance; Un département de la France Porte le nom de mon entier.
(Ceux de mes lecteurs qui auront deviné le mot de cette charade et qui voudront bien m'en donner l'explication , pourront me l'adresser en même temps qtie leurs réponses à la question proposée dans ce numéro du Journal. )
AVIS
Ceux de nos souscripteurs de qui l'abonnement date du i" août 1825 pour un an, ou du i" février i8a6 pour six mois, et expire par conséquent à la fin de juillet courant, sont invités à le faire renouveler avant le dimanche, G août prochain, afin de ne pas éprouver d'interruption dans l'envoi du Journal.
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Dimanche, 6 iOUT 1826.
Le pris de l'abonnemeni est , pour Paris , de 2 2 francs par an, cl de 12 francs poin six mois. Pour les dcpâi i nients, de 24 francs par ji el !3 francs pour six luui-
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Bureau de l'alionncmeiit, cliez Louis Colas, libraire, rue Dauphine, n° 33; el chez les principaux libraires cl directeurs des posies des déparlements.
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