‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 67 sur 169 · LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LE TONNERRE

Il faut avant tout, aujourd'hui, que je rétablisse une partie de phrase dont romission, dans mon précédent article sur les phénomènes électriques, pourrait vous laisser, mes amis, une idée inexacte. Dans le paragraphe où j'ai parlé du tabouret électrique, on a imprime ceci: «En même temps, on verra vos che- " veux se hérisser, parce que le fluide électrique dont «vous serez surchargés tendra à s'échapper par les .. pointes qu'ils forment. " Cette phrase est tronquée; la voici telle qu'elle devait être imprimée : " On verra <e vos cheveux se hérisser, parce que, se trouvant élecu trisés par le même fluide , ils seront repoussés les uiis li par tes autres, el le fluide électrique dont vous serez Il surchargés tendra à s'échapper par les pointes qu'ils 11 forment. II Cette rectification était importante, car la suppression, comme vous le voyez, portait précisément sur l'explication de la cause pour laquelle les cheveux se hérissent. Je passe maintenant au sujet que j'ai promis de traiter aujourd'hui.

Il est actuellement bien reconnu que la cause qui produit les effets du tonnerre est la même que celle qui produit les effets électriques, et que le tonnerre est lui-même une grande électricité qui s'excite naturellement dans l'atmosphère de la terre. On ne saurait

en douter, lorsqu'on observe la ressemblance parfaite qui se montre entre les effets du feu électrique et de celui de la foudre; on ne saurait en douter sur-tout, lorsqu'on s'est assuré que, dans les temps orageux, on peut tirer de l'électricité de l'air et des nuages, pour en charger des corps conducteurs convenablement isolés.

Nous devons donc regarder la nuée qui porte le tonnerre, comme un grand corps électrisé. Mais comment cette nuée acquiert-elle la vertu électrique? Je vous ai dit que cette vertu s'excite dans certains corps par frottement, et dans certains autres par communication; que les premiers, lorsqu'ils sont une fois électrisés par frottement, communiquent leur vertu aux autres qui, étant isolés, se trouvent à une distance convenable. Eh bien, l'air est un de ces corps susceptibles d'être électrisés par frottement, de comnmniquer son électricité aux corps conducteurs, et en même temps de les isoler; les nuages étant composés de particules d'eau, ainsi que je vous l'ai expliqué dans le temps, sont des corps conducteurs de l'électricité et susceptibles d'être électrisés par communication. D'après cela, on peut supposer que l'air s"électrise par le frottement qu'il éprouve, soit contre lui-même, soit contre des objets terrestres, dans le mouvement des vents ; on peut supposer qu'ainsi

électrisé, il communique son électricité aux nuages qui sont de grands conducteurs, dans lesquels peut s'accumuler une quantité de fluide électrique capable de produire des elïels dont nous n'obtenons la ressemblance qu'en miniature, avec les petits conducteurs de nos machines, t'ette ressemblance toutefois est frappante. Ainsi , si vous vous rappelez ce que j'ai dit précédemment, vous allez voir qu'il n'y a, entre les effets d'une nuée orageuse et ceux d'un conducteur électrisé artificiellement, d'autre différence que celle du grand au petit.

Lorsqu'un nuage chargé de l'un des deux fluides électriques rencontre un autre nuage électrisé par le fluide différent, les deux fluides, tendant à se réunir, s'échappent d'un nuage à l'autre, sous la forme d'un éclair qui n'est autre chose qu'une forte étincelle électrique.

Si un nuage électrisé en rencontre un qui ne le soit pas, le premier agit aussitôt sur le fluide naturel du .second pour le décomposer, en attirant, dans la partie la plus voisine, l'un des deux fluides dont ce fluide naturel est formé, et en repoussant l'autre dans la partie la plus éloignée. Cela est conforme à la théorie que je vous ai expliquée dans mon avant dernier article. Le second nuage se trouve donc alors véritablement électrisé par un fluide différent de celui dont le premier est chargé, et les deux fluides de l'un et de l'autre nuage, tendant à se réunir, s'élancent sous la forme d'un éclair, comme dans le premier cas.

Lorsqu'un nuage électrique est assez près de terre pour exercer cette même action sur quelque objet terrestre, l'éclair part entre le nuage et cet objet, et cet éclair est la foudre. On dit alors que le tonnerre est tombé.

Les étincelles électriques ne partent jamais sans bruit, et produisent même quelquefois un éclat assez fort. De même, les éclairs sont accompagnés d'un bruit violent qui, répété par les échos que forment les nuages, produit le roulement du tonnerre, quand il est éloigné, et les éclats de la foudre, lorsqu'elle est voisine.

Les éiincelles électriques enflamment des corps combustibles, fondent des fds métalliques, causent des commotions aux corps animés, et peuvent même leur donner la mort. De même et avec des effels plus grands et plus terribles, la foudre incendie les arbres et les bâtiments qu'elle frappe, fond les métaux, et tue les êtres vivants qui en sont atteints. Heureusement ces effets destructeurs n'ont lieu que rarement. Aussi, quelque redoutables qu'ils paiaissent, y aurait-il de la faiblesse et de la pusillanimité à se laisser frapper de terreur toutes les fois tpi'on entend le tonnerre. D'abord, on l'entend, pour le plus souvent, à une distance de laquelle il ne peut vous atteindre;

ensuite, lors même que l'orage serait au-dessus devous, il faudrait un nombreux concours de circonstances pour que la foudre tombât sur la terre; enfin, en supposant toutes ces circonstances réunies, la multiplicité des points qu'elle pourrait frapper en tombant, vous donnerait des milliers de chances pour que ce ne fut pas sur vous. Sans doute il arrive quelquefois que des hommes sont tués par la foudre; mais il arrive aussi que des hommes sont écrasés par des maisons qui s'écroulent, et cependant il serait bien ridicule de n'oser dormir dans son lit ni marcher dans les rues, sans craindre d'être tué par la chute d'une maison. Il en est de même de la terreur que le tonnerre inspire à certaines personnes, et sur-tout à quelques enfants qui , n'ayant aucune connaissance de la nature de ce phénomène, sont effrayés, sans savoir pourquoi, par le bruit et par la lueur des éclairs, et s'imaginent qu'ils seront bien ])lus en sûreté en se réfugiant dans un lieu obscur et en se bouchant les oreilles. (Jeux, au contraire, qui ont quelques notions des effets de l'électricité, et dont le caractère est doué d'un peu d'énergie, contemplent sans effroi, et même avec un certain plaisir, l'imposant spectacle que présentent les orages, les éclairs et la foudre. Seulement ils sauront, dans certains cas, faire usage de leurs connaissances pour éviter prudemment les circonstances qui pourraient offrir un danger réel. Ainsi, s'ils se trouvent surpris par un orage, ils n'iront pas se réfugier sous un arbre isolé ou au pied d'une tour, parce qu'ils calculeront avec raison que ces points élevés, se trouvant plus rapprochés du nuage électrique, doivent naturellement être plus exposés à en recevoir la décharge. Ainsi , par la même raison , s'ils font construire un édifice isolé et d'une grande hauteur, ils jugeront prudent d'y placer un paratonnerre.

Je comptais vous parler aujourd'hui, mes amis, de cette admirable invention, au moyen de laquelle, rhomme est parvenu à ravir la foudre aux nuages; mais je vois que cela m'entraînerait beaucoup trop loin, et je suis obligé d'ajourner ce sujet jusqu'à mon prochain numéro.

MOTS A L'OREILLE

SOUFFLÉS PAR LE BON GÉNIK

^ Honorez la richesse, quand elle est vertueuse et hientaisante.

il Respectez la pauvreté, quanti elle e>t honnête et résignée.

il Rappelez-vous (pie la vertu a plus de niérite dans le malheur que dans la prospérité.

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