L'ENFANCE DE FRANKLIN
Au moment où je viens de vous parler du paratonnerre, peut-être ne lirez-vous pas sans intérêt, mes jeunes amis, quelques détails sur l'enfance et la jeunesse de celui qui fut l'auteur de cette belle invention. La vie entière de ce grand homme offre un modèle de sagesse, de vertu, de travail, de dévouement au bien de ses semblables; mais ses premières années sont peut-être celles dans lesquelles on trouve les leçons les plus utiles , au moins pour vous qui n'avez à songer encore qu'aux devoirs de votre âge, afin de vous préparer à pouvoir remplir les obligations qui vous seront imposées plus tard dans la société.
Benjamin Franklin, l'un des hommes qui ont le plus contribué aux progrès de la civilisation en Amérique, naquit à Boston dans la Nouvelle-Angleterre, en l'année 1 706. Sa famille était pauvre et nombreuse, mais industrieuse et honnête. .Simple fabricant de chandelles, son père n'avait pas songé à faire de cet enfant, aussi bien que de ses frères, autre chose qu'un modeste artisan; mais l'ardeur qu'il vit bientôt se manifester chez le jeune Benjamin pour la lecture et l'étude, lui suggéra l'idée de le vouer à l'état ecclésiastique. Dans cette pensée, il l'envoya, à l'âge de huit ans, suivre une école; mais bientôt trouvant cette éducation trop chère en proportion de ses moyens et réfléchissant d'ailleurs que son fils aurait plus d'avantages à en recevoir une moins brillante et à devenir un bon ouvrier, il le retira de cette école poui le placer dans une aiUre où l'on apprenait seulement à lire et à compter. Ce fut là, dans son éducation, tout ce qu'il dut à des maîtres; le reste fut entièrement son propre ouvrage. Revenu de l'école, il essaya vainement d'apprendre le métier de son père et ensuite celui de coutelier; détourné par son goût pour la lecture, il ne put réussir ni à l'un ni à l'autre. Tout le temps dont il lui était possible de disposer sans
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manquer ri{joureusement à ses devoirs, il l'employait à lire; et déjà il avait dévoré la petite bibliothèque paternelle, et quelques livres à l'achat desquels il employait le peu d'arfjent qu'il pouvait gagner. Son père, honimedebon sons, ne voulant pas contraindre trop fortement son inclination, et désirant toutefois lui procurer un état qui assurât son existence, résolut enfin de lui faire apprendre celui d'imprimeur.Comme il avait dcjà un fils qui exerçait cette profession, il lui fut f;!cile de mettre en apprentissage, chez ce dernier, le jeune Franklin, alors âgé de 12 ans. Celui-ci devint en peu de temps très habile dans sa nouvelle besogne. Il lui fut alors aisé de se procurer des livres, qu'il empruntait aux commis de librairies avec lesquels son état le mettait en relation. Il avait soin de lire ces livres avec beaucoup de précaution, et de les rendre très ponctuellement sans être gâtés. Ceux qu'il préférait, étaient de trois sortes : les relations de voyages, car le désir de voyager était ime de ses grandes préoccupations; les livres d'histoire; enfin ceux qui traitaient de quelques projets d'utilité générale.
Cependant, parmi les ouvrages qui lui furent prêtés, il se trouva quelques œuvres poétiques, dont la lecture inspira à notre petit imprimeur un désir auquel échappent peu déjeunes gens, celui de faire aussi des vers. Il composa deux chansons, qu'il a jugées plus tard être de véritables rliansoiis d'aveugles. Son frère imprima ces deux belles œuvres, dont l'une eut, à ce qu'il paraît. assez dç succèSj^Tji^Jf'jgine.Fjviîiliil'n. ÇPfut d'abord très vivement flatté , et peut-être n'en eûtil pas fallu davantage pour lui faire perdre son temps à rimer encore tant bien que mal, si son père ne lui eîit sagement fait sentir tout le ridicule de cette pièce, et ne l'eût sauvé ainsi du malheur d'être toute sa vie un mauvais poète, c'est-h-dire la plus inutile créature qui soit au monde. Ce bon père lui rendit encore un peu plus tard un autre service : Franklin avait un ami nommé CoUins, avec lequel il s'amusait à soutenir, pour s'exercer, de petites discussions par écrit. Le jeune imprimeur l'emportait par la raison et l'orthographe; son adversaire par l'élégance des tournures et le choix des expressions. Le père de Franklin lui fit remarquer ses défauts et les avantages de son rival. Le fils sentit la justesse de ces remarques, et se promit de faire tous ses efforts pour acquérir ce qui lui manquait. Cette docilité à la critique était en lui la preuve de deux dispositions aussi heureuses qu'estimables; d'un sentiment de respect pour la sagesse et l'expérience de son père; et d'une raison qui l'emportait sur les mouvements de la vanité.
La sobriété de Franklin pour la nourriture el pour toute espèce de plaisirs, lui donnait le moyen de faire des économies suffisantes pour se procurer, en les achetant, les livres qu'il ne pouvait pas emprunter, et qui étaient ses seuls moyens d'instruction. La sagesse avec laquelle il savait distribuer l'emploi de son temps lui permettait de faire marcher de front ses études qui étaient sa passion, et les travaux de l'imprimerie qui étaient son devoir. C'est ainsi qu'il parvint lui-même, seul et sans autre secours que la lecture et son intelligence, à acquérir des connaissances dont il était appelé à reculer plus tard les limites. ,
Telles furent les premières années de cet homme illustre qu'on a vu depuis s'élever au premier rang parmi les savants, occuper les premiers emplois dans son pays, après avoir été choisi pour en aller défendre les intérêts auprès des autres nations. Telle fut l'éducation de ce Franklin qui, devenu l'un des chefs politifjues d'un état, ne dédaignait pas d'écrire, pour l'instruction du peuple, un Almanach qui est encore admiré aujourd'hui comme un chef-d'œuvre. Vous lirez ailleurs, mes amis, l'autre partie de sa vie, et vous y trouverez des exemples nombreux et soutenus de cette force d'esprit, de cette noblesse de caractère qui triomphent des obstacles et commandent le respect des hommes.
CORRESPONDANCE
Un de mes jeunes lecteurs vient de m'écrire, pour me demander de parler du magnétisme, quand j'aurai terminé ce qui a rapport à l'électricité. Je suis bien fâché de ne pouvoir le satisfaire; mais les phénomènes magnétiques et l'explication de la boussole sont des sujets que j'ai déjà traités dans le numéro 42 de la première année de ce Journal. Je ne saurais donc y revenirsans me répéter. Au reste, que mes nouveaux lecteurs n'en aient pas de regrets; ce ne sont pas les sujets d'instruction qui me manqueront pour les entretenir, et ce qui me reste à leur dire en ce genre ne sera pas moins intéressant que ce que j'ai pu dire jusqu'à ce jour.
— Encore une fois, j'ai le chagrin d'être privé de plusieurs lettres qui sont arrivées dernièrement au bureau du Journal, où j'apprends qu'elles ont été refusées faute d'être affranchies. Vous concevez, mes amis, que cette correspondance est trop nombreuse pour que la règle ne soit pas rigoureuse à cet égard. Je voudrais de tout mon coeur qu'il me fût possible de ne pas faire cette observation.
Imphimehie de JL'LES DIIJOT AINt. iMiniMF.iR nu koi , rue du PoniKie-Lodi , 11' '■
Dimanche, 20 août 182G.
Le prix de l'abonnenicui ^ pk^f é
esi, pour Paris, de 22 francs ^' p;ir au , ei de i 5 francs pour c " six mois. Pour les deparic- Dieuts, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois. ^ , \}