‹ Le Bon génie (volume 3)Chapitre 77 sur 169 · LES TROMBES · texte numérisé non relu

LES TROMBES

On ne nie laisse presque plus la liberté de choisir les sujets de mes articles; et avant que je puisse en traiter un de mon choix, j'ai encore à répondre au Mioins à une vingtaine de questions. Ne croyez pas, mes amis, que je m'en plaigne; au contraire, l'empressement que vous mettez à faiie ces questions me donne lieu de penser que vous lisez avec intérêt cette partie du Journal, et cela ne peut que me faire grand plaisir. Parmi les sujets qui me sont indiqués, il en est un qui semble venir à propos, au moment où nous approchons des tempêtes de l'équinoxe. Je vais donc m'acquitter envers celui de mes correspondants qui m'a demandé ce que c'est qu'une tivmbe.

Une trombe est un phénomène effi'ayant, terrible et capable de causer d'affreux ravages. Elle commence ordinairement par un nuage qui parait d'abord fort petit, et que les marins appellent le grain. Ce nuage grossit en très peu de temps, et devient un amas de vapeurs ressemblant à une grosse nuée fort épaisse, qui s'alonge de haut en bas, ou de bas en haut, en forme de colonne cylindrique ou de cône renversé, cette masse de vapeurs fait entendre un bruit assez semblable à celui d'une mer fortement agitée; elle lance des éclairs et même quelquefois la foudre; elle

jette autour d'elle de la pluie et de la grêle; elle est capable enfin de submerger les vaisseaux, de renverser les arbres., les maisons, de détruire tout ce qui se trouve exposé à son choc.

Les trombes sont très rares sur terre, mais elles sont assez fréquentes sur mer. Comme on court de très grands risques lorsqu'on s'y trouve exposé, les marins, qui connaissent ce danger, font tous leurs efforts pour s'en éloigner; et lorsqu'ils ne peuvent pas éviter de s'en approcher, ils tachent de les rompre à coups de canon avant d'être dessous, afin de prévenir l'inondation dont ils sont menacés.

Quant aux trombes de terre, elles sont capables de causer d'horribles désastres. Elles parcourent en très peu de temps un espace considérable, et la rapidité de leur mouvement est telle qu'il est fort difficile de s'en garantir. On en a vu dépouiller de leurs feuilles une grande portion des arbres d'une forêt, déraciner une grande quantité de ces arbres, renverser des maisons, en enlever les toits et transporter les poutres à de grandes distances, en un mot ravager et détruire tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Lorsque la trombe se forme en se portant du nuage vers la terre ou la mer, on dit qu'elle est descendante ; et l'on appelle asceiidcDite celle qui se forme par l'ascension de l'eau de la mer vers le nuage.

Un semblable phénomène était assez frappant pour qu'on cherrliât à en connaître la cause; aussi a-t-on imaginé, pour l'expliquer, diverses théories, en général assez peu satisfaisantes. Celle qui paraît la plus raisonnable et la plus conforme à la simplicité des lois de la Nature, en attribue la cause à un effet de l'électricité.

Si vous vous rappelez ce que je vous ai dit, il y a peu de temps, vous devez savoir que lorsque deux corps, dont l'un est électrisé et l'autre ne l'est pas, se trouvent en présence, ils ont l'un vers l'autre une sorte de tendance qui fait que celui des deux qui est le plus libre de se mouvoir, se porte vers l'autre. Ou conçoit qu'il est possible d'attribuer la formation des trombes à cette attraction électrique. En effet, lorsqu'un nuage fortement électrisé se présente à une distance convenable de la terre, les particules de vapeur qui composent ce nuage peuvent être entraînées vers la terre par l'attraction électrique, et former la colonne ou le cône renversé d'où résulte la trombe, i|ui est alors tlescendante. Si le nuage électrique se irouve au-dessus de la surface de la mer ou d'un lac il peut arriver que cette même attraction enlève une ([uantité de particules d'eau assez considérable pour lormer la colonne qu'on voit s'élancer vers le nuape et d'où résulte la trombe ascendante.

C'est au moyen de ce raisonnement (ju'on s'est rendu compte de la formation des trombes, et il se trouve confirmé par une petite expérience fort intéressante. Ou a rempli d'eau un petit vase de rtîétal un dé à coudre, et on lui a présenté, à quelques pouces de distance, un tube électrisé. Aussitôt l'eau du vase s'est élevée vers le tube en forme de monticule qui s'est soutenu jusqu'à ce qu'il en soit parti une étincelle; après quoi il est retombé. Pendant que l'eau était ainsi suspendue, on entendait un petit bruissement; et le côté du tube qui était tourné vers le vase s'est trouvé tout couvert de petites parcelles d'eau. Cette expérience a donc donné, en petit, l'image d'une trombe ascendante; et il est permis de supposer que, si le corps électrisé présenté au-dessus du vase plein d'eau, eût été composé de parties mobiles entre elles, comme l'est un nuage, on aurait pu avoir aussi l'image d'cuie trombe descendante.

Je n'ai sans doute pas besoin de vous faire remarquer tous les rapports qu'il y a entre cette expérience et le phénomène de la trombe : la petite colonne d'eau qui s'est élevée au-dessus du vase, comme au-dessus de la mer; les particules de cette eau qm' se sont portées jusqu'au tube, comme jusqu'au nuage; le petit bruissement <pii a offert un diminutif du bruit violent que font entendre les trombes; enfin l'étincelle partie de la colonne d'eau qui a lancé en petit sou éclair et sa foudre, comme les trombes le font en

grand. .Ajoutez qu'après ces détonations, les trombes ne manquent guère de se dissiper et de tomber, de même que dans l'expérience.

Il y a donc tout lieu de croire que la formation des trombes est un des phénomènes de l'électricité. Cette explication du moins parait être la plus satisfaisante de celles qu'on en a imaginé. Vous voyez, mes amis, que nous n'avons pas tardé beaucoup à trouver l'occasion d'appliquer les notions succinctes que je vous ai données sur cette partie de la physique.

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