LA FONTAINE D'HONORINE
Au milieu d'une gorge sauvage des Cévennes, il existe un vieux château dont les tourelles à demi ruinées et les murailles rembrunies présentent à l'œil du voyageur un aspect sombre et mélancolique. C'est dans cet antique manoir que la jeune Honorine avait vu le jour pour la première fois; c'est là qu'elle fut élevée, par les soins d'une mère tendre, jusqu'à l'âge de douze ans. Honorine ne connaissait pas d'autres lieux que ses montagnes, d'autre habitation que le château paternel; mais l'attachement qu'elle avait conçu pour son pays natal, quoiqu'il ne fût fondé sur aucune comparaison, était de nature cependant à lui faire préférer à jamais cette contrée sauvage, à tout ce que le monde pourrait lui offrir de plus riant et de plus beau.
A quelque distance du château, sur le bord d'un chemin escarpé, une source d'eau vive et pure s'échappait du rocher, et formait un betit bassin creusé naturellement, dont les bords étaient entourés d'une mousse fraîche et verte. Cet endroit était ce qu'il y avait de plus gracieux dans les environs du château. Lorsqu'Ilonorine vint au monde, ses parents curent l'idée de lui consacrer cette source; ils la nommèrent la fontaine d'Honorine , et plantèrent, auprès du petit bassin, un platane qui devait croître en même temps que leur enfant.
A mesure qu'Honorine grandit, elle affectionna de plus en plus sa fontaine et son platane. Elle y passait souvent des heures entières; elle y portait son goûter, et se désaltérait avec l'eau de la source; elle y étudiait ses leçons, y faisait quelquefois la lectuic à sa mère, et ne se lassait jamais d'entendre le murmure de la fontaine, ni le chant des oiseaux, ni le bruit du vent dans les feuilles du platane.
Parvenue à l'âge de douze ans, Honorine avait besoin de quelques maîtres pour achever son éducation; et comme il n'était pas possible de les appeler au milieu des montagnes, le père et la mère d'Honorine se décidèrent à venir passer une année avec elle à la ville. Honorine desirait beaucoup acquérir des connaissances et des talents: elle n'était pas indifférente non plus au plaisir de voyager et de voir une grande
ville; mais elle fut plus sensible encore au regret de quitter les lieux de son enfance. Pendant les jours qui précédèrent le départ, elle alla bien souvent visiter sa fontaine. Un soir qu'elle s'y était rendue, elle y trouva un pauvre voyageur qui paraissait accablé de fatifue et de soif, et qui s'efforçait de recueillir quelques gouttes d'eau dans le creux de sa main, pour se désaltérer. Honorine s'empressa de lui prêter la tasse dont elle avait coutume de se servir; le voyageur but avec avidité, exprima une vive reconnaissance à Honorine, et continua sa route par le cbemin escarpé. Restée seule, Honorine réfléchit un moment; puis elle se dit: » Pauvre homme! si je n'étais arrivée à propos, il aurait eu bien de la peine à boire! Il avait peut-être faim aussi, et il n'a rien trouvé à manger! Il était fatigué, et il aurait peut-être été bien aise de rencontrer ici un abri pour y passer la nuit! Oh! quelle bonne idée me vient! Pendant que je serai à la ville, il faut que ma fontaine rende quelques services aux pauvres voyageurs; ils béniront Honorine sans la connaître, et cela fera que Dieu me bénira aussi. » Pleine de cette inspiration, Honorine courut demander à ses parents la permission d'exécuter son projet; et l'ayant obtenue, elle revint le lendemain, accompagnée de deux domestiques qui l'aidèrent à construire une petite cabane avec des branches d'arbres et de la terre. Cette cabane fut recouverte en mousse, et un lit de mousse bien épaisse et bien sèche fut dressé dans l'intérieur. Ensuite, Honorine ajusta elle-même un tuyau de forte écorce à l'ouverture de la fontaine, pour en recueillir l'eau en un filet. Enfin, au moven d'un clou fiché dans une fissure du rocher, elle suspendit à une petite chaîne une tasse de noix de coco. Quand tout cela fut fini et bien arrangé comme elle l'entendait, elle recommanda au concierge du château d'avoir soin de mettre, de temps en temps, un pain sur une pierre placée dans la cabane pour y servir de table- Telles furent les dispositions que fit Honorine avant de quitter le séjour de ses premières années. Nous ne la suivrons pas h la ville ; après le récit que je viens de faire, on a sans doute assez bonne opinion de cette jeune fille, pour qu'il ne soit pas nécessaire de dire qu'elle employa tous ses efforts à bien mettre à profit le temps qu'elle y passa, et à perfectionner son éducation. Ce temps se prolongea pendant quatre saisons entières, après lesquelles Honorine revint, avec ses parents, dans le vieux château des Cévennes. Cétait au mois de juin; la campagne était dans tout son éclat. On peut juger de la joie qu'Honorine éprouva en revoyant des lieux si chers; on pense aussi qu'elle ne tarda pas à aller visiter sa fontaine. Sa mère l'accompagna dans cette visite. Tout était dans le même état où elle l'avait laissé. La petite ca-
bane, que l'hiver et les vents avaient respectée; le platane, le filet d'eau qui coulait en murmurant, l'écuelle de coco attachée à la petite chaîne. Honorine regardait tout cela avec une douce émotion, quand tout-à-coup elle s'aperçut que des caractères avaient été gravés sur le rocher et sur le platane. « Oh! bon! dit-elle; des voyageurs ont passé ici, et ma prévoyance leur aura été utile. Lisons! » Elle lut en effet sur le rocher les inscriptions suivantes:
i^O vous que je ne connais pas, et qui avez pensé que le voyageur aurait faim et soif, soyez bénie par la Providence dont vous êtes l'image! n
a Puissent les jours de celle qui a prévu les besoins de ses frères, s'écouler purs et tranquilles comme l'eau de cette fontaine! »
« Je me suis désaltéré à cette source; j'ai réparé mes forces sous ce toit de mousse; j'ai dormi sur ce lit rustique, et j'ai cru voir en songe un ange qui m'avait préparé ces biens. Je lui ai rendu grâces. »
A la première branche du platane était suspendue inie petite couronne de fleurs des champs encore fraîches, et au-dessous on lisait ces mots récemment tracés:
(( La reconnaissance couronne la bienfaisance! »
Il v avait encore d'autres inscriptions; mais Honorine ne put, dans ce moment, en lire davantage; elle était trop émue. Deux larmes bien douces s'échappèrent de ses yeux, et elle se jeta, pénétrée d'attendrissement et de bonheur, sur le sein de sa mère qui lui tendait les bras.
.LES FOURMIS ET LES FOURMILIOîsS.
FADLE.
Quelques fourmilions avaient creusé leurs trous
Tout auprès d'une fourmillière :
L'endroit était choisi de fort bonne manière.
Et propre à faire de bons coups.
Pour en être plus sûr, l'insecte fourmivore S'était mis au travail long-temps avant l'aurore.
Si bien que les pauvres fourmis , En s'éveillant, ne savaient pas encore
Avoir si près leurs ennemis.
Or, voilà qu'une compagnie
De ce peuple laborieux.
Dès que l'aube eut blanchi les cieux,
Se mit en mai'che, bien unie.
Pour aller en différents lieux Chercher matériaux, brins de paille jaunie, Provisions de bouche; objets tous précieux Pour le commun service et l'usage pratique
De la petite république.
Celle, dans le détachement,
( ïoo )
Qui passait pour la plus Labile,
Conduisait la troupe docile,
Et cheminait seule en avant.
Elle allait donc plaisiblement,
Quand tout-à-coup le pied lui glisse,
Le sable roule sous ses pas,
Et l'entraîne en un précipice Où le fourmilion avait tendu ses lacs.
Le cruel à l'instant s'élance sur sa proie,
La saisit, la serre avec joie, En disant: " Qu'elle est grosse! Oh! l'excellent repas!» Mais il comptait ainsi, comme on dit, sans son hôte ; « A moi , mes scieurs ! » s'écria la fourmi ,
Sitôt qu'elle eut connu sa faute;
«A moi, mes sœurs, c'est l'ennemi! »
Alors vous eussiez vu la cohorte rapide,
Pleine de courage et d'ardeur,
Voler au secours d'une sœur.
Assaillir l'insecte perfide,
A tous ses membies s'enlacer ,
Piquer, transpercer son égide,
Et l'écraser, et le presser
Sous les débris de l'édifice
Construit par sa noire malice.
Cependant, le fourmilion
Criait en vain : » A moi , mes frères ! »
Ceux-ci, cachés dans leurs tanières, Vivant chacun pour soi, sans nulle émotion Aiu'aient laissé périr confrères et compères; Mais ils furent punis de leur inaction.
Du vaincu le cri de détresse Éveilla des fourmis toute l'attention :
i< Il n'est pas seul! " fut la réflexion
Que fit chacune avec sagesse; Il Avertissons nos sœurs d'avoir précaution ,
(( Et hâtons-nous, car le temps presse. »
Cet avis fut donné soudain :
Du piège les fourmis alors se défièrent.
Avec soin elles l'évitèrent, Et les fourmilions moururent tous de faim.
Fourmis actives et gentilles , Sage petite nation, Vous savez donc que l'union Fait la force dans les familles !
NOUVELLES
Dimanche dernier, i.5 de ce mois, était le jour fixé où S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux devait quitter l'habile et tendre gouvernante qui a pris soin
de ses premières années, pour passer entre les mains des hommes, et commencer la mâle éducation convenable à un prince qui porte le nom d'Henri.
Pendant la messe du Uoi, les enfants de France, conduits par madame la vicomtesse de Gontaut, leur gouvernante, et par le gouverneur et le précepteur de Monseigneur le duc de Bordeaux, sont venus, accompagnes de toutes les personnes attachées à leur service, du pavillon Marsan, dans la chambre à coucher du Roi, ou ils ont attendu S. M.
Après la messe, S. A. R. Mada:\ie, duchesse de Berry, est allée prendre Monseigneur le duc de Bordeaux, et l'a amené dans le cabinet du Conseil, ou était le Roi. ^. M. a remis le jeune prince aux mains de M. le duc de Rivière, son gouverneur, et de M. l'évéque de Strasbourg, son précepteur, en leur disant:
« Je vous donne, Messieurs, la plus grande preuve Il de confiance et d'estime , en remettant à vos soins l'é- II ducation de l'enfant de la Providence qui est aussi Il l'enfant de la France. Je suis sÎH'que vous apporterez «dans ces importantes fonctions un zèle et une pru- (I dence qui vous donneront des droits à ma recon- II naissance, à celle de ma famille, et à celle de tous Il les Français, n
M. le duc de Rivière, d'une voix altérée par la vive émotion qu'il éprouvait, a répondu que la tâche qui lui était imposée par S. M. lui deviendrait d'autant plus facile, qu'elle daignerait elle-même diriger l'éducation dont elle le chargeait.
Le Roi a ensuite témoigné à madame de Gonlaut, en lui conférant le titre de Duchesse, toute sa satisfaction des soins qu'elle a donnés au jeune prince jusqu'à ce jour. Il ne fallait pas moins que la gracieuse courtoisie avec laquelle S. M. lui a exprimé sa royale satisfaction, pour adoucir les regrets que devait éprouver cette noble dame en se séparant de son auguste élève. Le Roi lui a dit:
Il Duchesse de Gontaut, je vous remercie de bien Il bon cœur des soins que vous avez donnés à l'éduca- II tion de ce cher enfant; continuez et achevez celle de Il cette petite, qui m'est aussi bien chère, et vous ac- II querrcz de nouveaux droits à mon affection et à ma Il reconnaissance, n
Pendant que le roi prononçait ces paroles, madame la duchesse de Gontaut fondait en larmes, et le jeune prince fixait sur elle un regard plein d'attendrissement et de reconnaissance.
Après cette cérémonie. Madame, duchesse de Berry, a ramené ses augustes enfants au pavillon Marsan, où elle a laissé Monseigneur le duc de Bordeaux entre les mains de son gouverneur. Mademoiselle est restée avec sa gouvernante , madame la duchesse de Gontaut.
Le premier soin du jeune prince, en se levant le lendemain matin, a étii de demander des nouvelles de madame de (Jontaut. S. A. R. est sortie dès le même jour, à une heure, pour se promener avec M. le duc de Rivière, dans les voitures du Roi.
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du Poiil-de-LiHli , ii° C.
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DlMASCllE,'»9 OCTOBRE iSj6.
Le prix de l'abonnemcni esi, pour Paris, de 22 francs par an, ei de 12 francs pour six. mois. Pour les tlL-parieineDis, de 24 francs par an, •t i3 francs pour six mois.
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