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LE PRINCE DE PERSE

CONTE EMPRUNTÉ A l'aBBÉ BLANCHET.

Cosroës Nouschirvan avait confié au sage Buzurge ce qu'il avait de plus cher, son peuple et son fils; il l'avait fait premier Visir, et gouverneur du prince de Perse. Ce jeune prince aimait à se lever tard; et ce défaut, si léger en apparence, ne put trouver grâce devant le sévère Buzurge. «Craignez la paresse, disait-il à son élève, craignez, Seigneur, un vice aussi dangereux qu'il est difficile à vaincre. Ce qu'on donne de trop au sommeil, est p«rdu pour les affaires, et même pour les plaisirs. C'est autant de retranché sur une vie déjà trop courte. Dormir, c'est ne pas vivre. » Malheureusement, des remontrances si sages ne produisaient rien; et pour faire lever le prince de Perse, il fallait que, tous les matins, le premier Visir vint en personne l'arracher du lit. On croira sans peine que cetie persécution salutaire déplut beaucoup à celui qui en étaii l'objet: mais on ne devinera jamais l'expédient qu'il imagina pour s'en délivrer. Il dit à quelques uns de ses gens de se mettre en embuscade dans une petite cour, que le Visir traversait le matin

en venant chez lui; de l'attendre là, bien déguisés, et de le voler dans toutes les formes. Tout cela fut exécuté mieux qu'une bonne action. Le lendemain, à la pointe du jour, le Visir fut volé si exactement, qu'en arrivant chez son pupille, il n'avait d'habits que ce qu'il en faut pour n'être pas nu. Après l'avoir éveillé, il demanda pardon du désordre dans lequel il se montrait, et il conta son aventure. .. Eh bien, Visir, lui dit en riant le jeune prince, me précherez- Yous encore la vigilance? Voila ce que vous avez gagné à vous lever si matin. — Seigneur, répondit Buzurge, les voleurs m'ont pris ma robe et mon turban, une ceinture assez riche, une bourse de cent pièces d'or, et un très beau diamant que le Roi m'avait donné. Voilà ce qu ils ont gagné à se lever plus matin que moi. »

VARIÉTÉS

Madame ***, en rentrant 1 autre jour chez elle, après une absence de deux heures, fut extrêmement mécontente d'apprendre qu'au lieu de s'occuper de ses enf.mts, les deux bonnes à qui elle en avait laissé le soin pour si peu d'instants, avaient passé le temps à se quereller très vivement. Comme elle grondait particulièrement l'une des deux, sou fils, âgé de sept ans. lui dit: u Maman, quoique je ne sois qu'un enfant, crois moi: Ce n'est pas Marguerite qui avait le plus tort; c'est Pélagie, car elle chantait, tandis que Marguerite pleurait, n II est remarquable que, dans cette circonstance, le petit garçon donnait raison à celle des deux bonnes qu'il aime le moins; ce qui prouve combien le sentiment de la justice est puissant dans une âme pure, et combien elle est rcvoltée par l'insensibilité ou la méchanceté, qui rit ou qui chante en présence de la douleur.

Je viens d'apprendre un fait que j'aurais dû vous raconter à Tepoque de la dernière fête de saint Nicolas; mais alors, je l'ignorais encore: c'est l'origine de cette fête des jeunes garçons. Il parait, d'après une dissertation d'un savant allemand, que, depuis la plus haute antiquité, les écoliers de la ville de Mavence se formaient, la veille du jour de saint Nicolas, en assemblée électorale, et choisissaient un Evêque de Cécole. Le lendemain, ce patriarche d'un jour était conduit en grande pompe i; la Cathédrale; on lui rendait, pendant toute la joiu-née, un simulacre d'honneurs, comme au Roi de la fève; et cela donnait lieu à une fête et à des réjouissances parmi

les écoliers. Cette fête était céleTirée dans toute la France, aux onzième et douzième siècles; plus tard, la tradition n'en fut conservée qu'à Mavence, où on la célébrait encore en i~5b.

Je me rappelle que, quand j'étais petit garçon, on me faisait croire que saint Nicolas apportait des bonbons et des joujoux aux enfants sages, et des verges ou un martinet pour les enfants méchants. La veille de sa fête, j'avais soin de mettre dans la cheminée mon chapeau, mes souliers et un panier: et le lendemain, à mon réveil, je courais regarder ce qu'avait apporté saint Nicolas. Autant que je puis m'en souvenir, je n'ai jamais trouvé que des joujoux et des bonbons, dans le chapeau, dans les souliers et dans le panier. Je ne sais si cela tenait à ce que j'étais réellement bien sage; mais ce que je sais fort bien , ce que je n'ai point oublié, c'est que mes bons parents étaient pour moi bien tendres et bien indulgents.

Une petite fille de ma connaissance, âgée de cinq ans et demi, en prenant l'autre jour sa leçon de lecture, s'arrêta tout-à-coup pour réfléchir sur ces mots qui venaient de la frapper, Cécole du malheur. "Maman, dit-elle, qu'est ce que c'est donc que cette école? N'est-ce pas celle que nous avons rencontrée l'autre jour au Luxembourg? — Quelle école avonsnous donc rencontrée, ma fille? dit en souriant la Maman. — Tu sais bien, reprit la petite; cette école de ces pauvres enfants qui ne parlent pas et qui n'entendent pas. Il me semble que c'est une école cTenfaiit malheureux , car je serais bien malheureuse si je ne pouvais pas t'entendre et te parler. " La Maman embrassa sa fille, et lui expliqua que Cécole du malheur n'est pas l'institution des Sourds-Muets, qui sont au contraire fort heureux d'y recevoir une instruction aussi complète que celle des clairvoyants.

Il vient de paraître une troisième édition des Contes à Henriettes, par M. Abel Dufresnc. i vol. in-iS, avec six gravures, chez Blanchard, galerie Montesquieu, et chez L. Colas. — J'ai déjà eu l'occasion de vous dire ce que je pense de ce joli petit livre, destiné aux très jeunes enfants. Le nom de son auteur ne peut manquer d'exciter votre intérêt, car c'est lui qui veut bien me communiquer quelquefois des articles fort intéressants que vous pouvez reconnaître, dans ce Journal, aux initiales A. D. , par lesquelles ils sont distingués de ceux que je Vous adresse moimême sans signature ou signés L. P. J.

Imfrimekie de JULES DIDOT AÎNÉ, mPBi.MïCK r.c RO- , rue du Poni.de-Lo<li , n' 6.

Dimanche, jojanvier 1828.

Le prix de l'abonnemenl est, pour Paris, de 22 francs par an, et de 12 francs pour six mois; pour les départements, de 24 francs par an, et i3 francs pour six mois.

IV' AKNÉE. NO 38.

Bureau de l'abonnement , chez Louis Colas, libraire, rue Daupliine , n* 32 ; et chez les principaux libraires ei directeurs des postes des départenicnts.

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