‹ Le Bon génieChapitre 111 sur 135 · PRODUITES PAR LES VOLCANS · texte numérisé non relu

PRODUITES PAR LES VOLCANS

Lorsque je vous ai parlé des Volcans, mes amis, j'ai eu l'occasion de vous citer, au nombre des plus étonnants phénomènes produits par ces feux souterrains, l'engloutissement de certaines montagnes, de certaines îles, et principalement la formation subite d'iles nouvelles au sein de la mer. Les écrivains de l'antiquité parlent souvent de ces lies que l'on a vu sortir tout-à-coup des. mers de la Grèce; telle fut, s'il faut en croire ce que rapporte Pline, l'origine de Délos, de Rbode, et de beaucoup d'autres. Il n'y a pas de raison pour se refuser à celte croyance, puisque de pareilles formations se st>nt renouvelées depuis, à diverses époques, dans les mêmes parages, et que nous avons, sur ([uclques unes, des relations authentiques qui ne permettent pas d'en révoquer en doute la réalité. J'ai lu dernièrement, et je me suis empressé de recueillir pour vous en faire part, les détails d'un de ces phénomènes qui eut lieu, au commencement du siècle dernier, toujours dans l'archipel de la Grèce. Je vais en rapporter les circonstances principales qui nje senibltiu devoir exciter votre intérêt.

Le 23 mai 1707, au lever du soleil, on vit en mer,

à une lieue dès côtes de Santorin, un rocher flottant. Des matelots le prirent pour un bâtiment qui allait se briser, et ils se dirigèrent vers lui dans l'intention de le piller. Arrivés auprès, et ayant vu ce que c'était, ils eurent le courage d'y descendre, et ils en rapportèrent de la pierre ponce, qui est une matière volcanique, et quelques huîtres qui y étaient adhéreutes. Le rocher n'était vraisemblablement qu'une grande masse de ponce, détachée du fond de la mer par un tremblement de teri-e qui avait eu lieu deux jours auparavant. Au bout de quelques jours, ils se fixa et forma ainsi une petite île, dont la grandeur augmenta de jour en jour. Le i j juin, elle avait 800 mètres de circuit, et 7 à 8 de hauteur; elle était ronde et formée d'une terre blanche et légère. A cette époque, la mer commença à s'agiter; il se Ht sentir dans lile une chaleur qui en empêcha l'accès; une forte odeur de soufre se rt'pandit tout à l'entour. Le 16 juillet, on vit paraître, tout près, 17 a i8 rochers noirs; le 18, il en sortit, pour la première fois, une funu-e épaisse, et on entendit des mugissements souterrains; le 19 le feu commença à paraître, et son intensité augmenta graduellement. Dans les nuits, lile semblait n'être (pi'un assemblage de fourneaux qui vomissaient des flammes: son volume s'accroissait, et l'infection devint insupportable à i^antorin. La mer bouil-

lonnait fortement, et jetait sur les côtes des poissons morts; les bruits souterrains étaient semblables à de fortes décharges d'artillerie; le feu faisait de nouvelles ouvertures d'où il sortait des pluies de cendres et de pierres enflammées, qui retombaient quelquefois à pîus de deux lieues de distance. Cet état de choses dura pendant un an.

Le i5 juillet 1708, le P. Gorré, jésuite, s'approcha de l'ile, et voici le compte qu'il rendit de son voyage: <i Nous eûmes soin de nous fournir d'un c«j^»f (espèce de petite barque) bien calfaté... Nous limes tirer droit à l'île par un endroit où la mer ne bouillonnait pas, mais où elle fumait beaucoup. A peine fûmes-nous entrés dans la fumée, que nous sentîmes une chaleur étouffante. Nous mîmes la main dans l'eau, et nous la trouvâmes brûlante : nous étions pourtant encore à 5oo pas de Tile. N'y ayant pas d'apparence de pousser plus loin par là, nous tournâmes vers la pointe la plus éloignée de la grande bouche du volcan. Les feux qui y étaient encore, et la mer qui jetait de gros bouillons, nous obligèrent de faire un long circuit, et encore sentions-nous bien de la cbaleur... Nous allâmes descendre à l'ile d'Hicra, d'oà nous eûmes la commodité d'examiner, sans beaucoup de danger, la nouvelle île : elle pouvait bien avoir 200 pieds de haut, un mille dans sa plus grande largeur, et environ cinq milles de tour... Quand nous revînmes à Santorin, nos mariniers, eu abordant, nous firent remarquer que la grande cbaleur de l'eau avait emporté presque toute la poix de notre caj^«^, qui commençait à s'ouvrir de tous côtés. «

M. de Choiseul, qui visit;) les lieux en 1776, dit que, pendant dix ans a|)rès sa formation, le volcan de la nouvelle île eut plusieurs éruptions, et qu'actuellement il est entièrement dans l'inaction. « L'eau n'est plus chaude en aucun endroit, dit-il; on n'y remarque même aucune exhalaison : on voit seulement sortir par ses côtés une grande quantité de bitume et de soufre qui nagent sur les eaux sans s'y mêler. »

L'archipel des Açores a (juelquefois présenté les mêmes phénomènes que celui de la Grèce. En i638, il y parut une île peu éloignée de Saint-Michel. En 17.1.0, à la suite d'un grand tremblement de terre, il s'en forma une nouvelle entre Tercère et Saint-Michel: elle jetait beaucoup de fumée; le fond de la mer voisine fui trouvé très chaud; la hauteur de l'île, qui était d'abord assez considérable pour qu'où pût l'apercevoir à six lieues en mer, baissa bientôt au point qu'en 179.2 elle était déjà à tleur d'eau.

En 1783, on vit une grande fumée sur la côte sudouest de l'Islande : la mer se couvrit de ponces jusqu'à une distance de plusieurs lieues; il sortit, à un j>ctit éloignement de terre, ime petite île qui vomis-

sait une quantité prodigieuse de flammes et de ponces. Sa position fut déterminée; le roi de Danemarck lui donna un nom; mais l'année suivante, lorsqu'on alla pour la reconnaître de nouveau, d'après un ordre exprès du gouvernement, on ne la retrouva plus : elle avait disparu.

A une époque bien plus récente, une nouvelle îli? s'est formée sur la côte du Kamtschatka. Le 10 mai i8i45 vers deux heures après midi, par un temps calme et serein, on entendit tout-a-coup un bruit considérable, et on vit s'élever, h environ 4<JO mètres du rivage, des flammes et d'épais nuages de vapeurs, au milieu d'explosions dont le bruit était pareil à celui du canon; d'énormes masses de terre et de grosses pierres étaient lancées en l'air avec force. Cet état de choses dura jissqu'au soir; alors on vit paraître un petit îlot qui vomissait du bitume par plusieurs bouches. Dix jours après, on chercha à y pénétrer; on éprouva d'abord quelque difficulté, à cause du bitume endurci qui l'entourait. Le sol s'élevait à trois mètres au-dessus de la mer. et il était entièrement recouvert d'une masse blanchâtre et pierreuse.

Je me borne, mes amis, à vous citer ces faits dont la réalité est authentiqucment constatée. Ils peuvent paraître merveilleux; mais tout n'est-il pas merveilles dans la nature? Et qu'ont-ils, après tout, de plus inconcevable que les métamorphoses d'une chenille, que l'épanouissement d'une fleur, et tant d'autres phénomènes communs, dont l'habitude nous empêche de nous étonner?

MOTS A LOREILLE

*^ L'oisif ne se repose pas; il fatiçue les autres et lui-même.

^ Voyons, avant de nous croiser les bras, si nous ne pouvons point tendre au malheur une main secourable.

^ Il est toujours temps de bien faire : entre le projet et l'exécution d'une sottise, il y a toujours place à la réflexion; mais le mal et le remords se touchent; entre eux deux on ne peut rien mettre.

^ Une âme noble et qui s'étudie, reagit sur ellemême et passe souvent d'un mauvais projet à une bonne action.

(| Une âme paresseuse et étourdie se laisse quelquefois entraîner d'une bonne résolution à une sotte conduite.

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