‹ Le Bon génieChapitre 116 sur 135 · PETITS SERMONS DE CAREME · texte numérisé non relu

PETITS SERMONS DE CAREME

•^ De tous les vœux formés par l'homme, le plus général et le plus ardent est pour le bonheur; or ce bonheur qu'il appelle et qu'il souhaite incessamment, lui échappe, je n'ose pas dire toujours, car le mot serait décourageant, mais au moins presque toujours. Il semble, en fuyant devant nos désirs, vouloir nous avertir que notre destinée ne peut pas s'accomplir tout entière dans cette vie, et qu'il faut espérer quelque chose au-delà. L'homme, cependant, à défaut de ce bonheur complet et stable i[u'il ne peut atteindre, saisit avec avidité le bonheur d'un moment, qu'il rencontre par fois, et qui n'est que le plaisir. C'est pour l'aider à supporter les épreuves de la vie, c'est pour le délasser des fatigues du voyage, c'est pour lui rendre les forces et le courage, que le plaisir lui a été donné. Mais s'il s'égare au point de voir, dans le plaisir, l'unique, ou seulement la principale affaire de la vie, ce bienfait ne sera plus pour lui qu'un présent funeste, qu'une source de regrets et de repentirs.

^ Les lectures de pur amusement, le spectacle, la conversation, sont des plaisirs destinés à reposer l'esprit, quand il s'est livré à des travaux sérieux; mais l'usage immodéré de ces plaisirs doit nécessairement le rendie incapable d'occupations graves. Peut-être dira-t-on que cela n'a pas un grand inconvénient pour les gens qui n'ont rien à faire. D'abord, je répondrai qu'il y a quelque chose d'immoral à n'avoir rien à faire; qu'un semblable aveu est indigne de quiconque se respecte et veut obtenir un peu de considération. Quelle que soit la position d'un homme, d'une fennne, ou d'un enfant, il a toujours quelque chose à apprendre ou un peu de bien à faire, s'il veut y songer et s'en donner la peine. Si Dieu l'a mis audessus de tous les besoins contre lesquels tant d'autres ont à lutter, ce n'est pas pour le dispenser d'accomplir la tâche imposée à toute cn^iturc; au contraire, ses devoirs envers la société et envers lui-même, sont d'autant plus obligatoires, qu'ils lui ont été rendus plus faciles.

^ La nature a fait le goût, et l'homme a inventé la gourmandise.

Il y a trois nuances à observer dans la gourmandise: 1% la gloutonnerie, qui ne veut que la quantité des mets, sans s'enquérir de la qualité; 2", la gourmandise

proprement dite, qui veut tout à-la-fois la quantité et la qualité, mais qui, dans le cas d'option, penche pour la qualité; 3' \a friandise, ({ni recherche exclusivement les mets délicats et légers. Ainsi, les gloutons sont ceux qui mangent trop; les gourmands proprement dits sont ceux qui mangent trop de bonnes choses; las friands sont ceux qui se nourrissent mal, parce qu'ils oublient leur estomac au profit de leur palais. Tous ces gens-là finissent par dire: Alil si f avais su...!

(ç Si f avais su...; je n^ aurais jamais cru...; si l'on pouvait prévoir...; propos d'insensés. Le sage prévoit le mal, et pour ne pas s'y exposer, il résiste à ses passions.

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