LA PETITE FILLE QLT VECT AVOIR LE DERNIER
M. de Germcuil entend les cris de sa fille et descend précipitamment de son cabinet : « Ah! mon Dieu! Louise vient de tomber, ou de se donner un coup affreux! La tête a-t-elle porté, ma chère?" — Louise pleurant : uiXon, mon Papa.» — M. de Germeuil : «Tu t'es écorché les genoux peut-être; cela fait mal, sans doute, mais il n'y a point de danger. » — Louise, pleurant plus fort: « Ce n'est pas cela. » — M. de Germeuil : " Tu t'es donc coupée ou brûlée? Voyons, montre-moi ton mal. » — Louise, toujours pleurant: u Ce n'est pas tout ça.» — M. de Germeuil: «C'est donc du chagrin tout-à-fait: ton oiseau est malade...»
— Louise, sanglottant : «Mon Dieu non, c'est Maman... M — M. de Germeuil: uTa mère est malade! ô ciel! je cours... » — Louise : « Eh! non. Papa, c'est Maman qui me donne du pain sec à mon second déjeuné. )) — M. de Germeuil : u Voilà la cause de ces grands cris! Si ta mère te donne du pain sec, tu l'as sans doute mérité; mais pour ces cris ridicules, tu mériterais une plus grande punition. » — Louise: « Je n'ai rien fait du tout pour avoir du pain sec. »
— M. de Germeuil : u Alors, c'est que ta mère a voulu l'habituera manger moins entre tes repas ; elle espère, avec raison, te corriger de la gourmandise, en ne te donnant que du pain... Mais à qui donc cette grappe de raisin sur la chaise à côté de toi? » — Louise : « Ce n'est pas à moi , car je n'en veux pas... » — >L de Germeuil : u Qui l'a donc placée là?... » — Louise, rougissant: « C'est Maman qui l'a mise à côté de mon pain.»
— M. de Germeuil : u Et elle t'a dit de manger le pain } sec et de laisser la grappe de raisin?» — Louise: u Non, mon Papa, mais du raisin! ça n'est pas quelque chose; c'est comme du pain sec.» — M. de Germeuil : (i Ah! c'était du pain sec avec du raisin, qui te
faisait pleurer. » — Louise: « J'aimerais mieux ne rien avoir. » — M. de Germeuil , prenant le raisin : a En ce cas, j'emporte le raisin.» — Louise, faisant des cris furieux: «Mon raisin, mon raisin, je veux mon raisin , c'est mon raisin , il est à moi , mon raisin , rendezmoi mon raisin ! » — M. de Germeuil : « Vous accusiez votre mère de ne vous avoir donné que du pain, vous faites un mensonge, et vous ne savez pas supporter une légère privation!» — Louise: « Je veux mon raisin, laissez-moi mon raisin.» — M. de Germeuil : «lia colère vous transporte, Louise; vos cris sont ridicules. Si vous pleuriez de regret d'avoir menti, je vous pardonnerais. » — Louise: « Je crierai jusqu'à ce que j'aie mon raisin.» — M. de Germeuil :" Vous crierez long-temps, car vous ne l'aurez point. » — Louise: « Mon raisin, mon raisin! » — M. de Germeuil : «Vous n'en vouliez pas, tout-à-l'heure!» — Louise: «Je ne le mangerai pas, j'aimerais mieux mourir que de la manger, mais... vous n'avez pas le droit de prendre mon raisin.» — M. de Germeuil: «J'ai le droit et le devoir de corriger un enfant colère et mutin. » — Louise: «Vous ferez ce que vous voudrez, mais je crierai toujours mon raisin! » — M. de Germeuil : « Louise, vous ne dînerez pas à table, et vous serez en pénitence toute la soirée. » — Louise; « Ça m'est bien égal, c'est pour me punir que vous faites cela, eh bien, ça ne me punira pas! » — M. de Germeuil; «Revenez à vous, Louise, la colère vous fait perdre le sens. Heureusement que vous êtes en démence, sans quoi, ce que vous venez de dire serait la marque d'un mauvais cœur, d'un caractère incorrigible! » — Louise, avec un sang-froid affecté : « Je sais bien ce que je dis, je ne suis pas folle. Plus on me punira, plus je désobéirai, plus je répéterai mon raisin! rendez-moi mon raisin!» — M. de Germeuil: u Adieu, Louise, je vais prier Dieu qu il me rende ma fille; je vous conseille d'en faire autant. » — Louise : « mes parents ne cherchent qu'à me faire de la peine.» — M. de Germeuil : » Ingrate! » — Louise : " Jamais on ne m'a aimée. » — M. de Germeuil : « Louise, priez Dieu qu'il vous pardonne.» — Louise: «Mon raisin! mon raisin! » — M. de Germeuil : «Louise, priez Dieu. » — Louise : « Laissez-moi , je ne vous aime plus, je veux niourir, laissez-moi mourir. » — M. de Germeuil : « Adieu, Louise, songe qu'avant de mourir il faut se recommander à Dieu , et sur-tout lui montrer une âme repentante. »
Sitôt que M. de Germeuil fut remonté dans son cabinet avec la grappe de raisin, Louise, abandonnée à elle-même, jeta son pain, cria, pleura, sanglotta, puis se rappela tout ce qu'elle avait dit à son père, au meilleur, au plus tendre des pères; elle sentit une véritable douleur succéder à son emportement; elle ramassa son pain et voulut le manger; mais elle n"a-
vaît plus faim, elle se retira dans sa chambre et se mit à prier. Après avoir demandé pardon à Dieu du fond du cœur, elle se sentit un peu moins abattue. A l'heure du dîner, elle ne vint point à table: on la servit dans sa chambre. Elle ne mangea que de la soupe et du pain, et dit à sa bonne qu'elle ne méritait pas autre chose. Quand l'heure de se coucher lut venue, I-ouise espérait, sans l'oser demander, que ses parents l'embrasseraient; hélas! elle se mit au lit sans les avoir vus.
Le lendemain matin, le premier objet que Louise aperçut à son réveil, en face de son lit, ce fut la fatale grappe de raisin, suspendue à la muraille de sa chambre sur une feuille de papier blanc, au bas de laquelle se lisait en grosses lettres : Laissez-moi , je ne vous aime plus.
A cette vue Louise pleura de nouveau : elle éprouvait un repentir amer d'avoir affligé des parents qu'elle chérissait, et dont elle connaissait la tendresse. PcXir se punir elle-même, elle s'imposa la pénible obligation de contempler matin et soir les mots cruels que ses lèvres avaient pu prononcer. Elle décrochait la fatale grappe de raisin, et la posant avec le papier sur sa table, elle la baignait de pleurs, en faisant sa prière; ensuite elle la remettait tristement à sa place. Cependant elle s'efforçait, par sa bonne conduite, son application à l'étude et sa douceur, de reconquérir les caresses de ses parents; mais elle n'osait encore solliciter son pardon. M. de Germeuil vit son repentir sincère. Au bout de trois jours, il détacba lui-même la grappe et le papier, pendant que sa fille dormait, et le lendemain, l'heureuse Louise vit, à la place, une jolie perspective à l'Aquarelle, avec un ciel sans nuages; au bas, était écrit: Ils sont effacés par tes larmes.
VARIÉTÉS
Je parlais, il y a peu de temps, de la formation soudaine de volcans, et des circonstances qui accompagnent cet imposant phénomène. Voici un fait récent, dont les détails sont contenus d.ins un« lettre de M. Gamba, consul de France à Tifflis.
Le 2.") décembre dernier, une violente tempête avait éclaté sur la ville de Bakou. Le lendemain, on entendit, à quatre lieues h-pcu-près au nord-ouest, un bruit semblable à de fortes détonations d'armes à feu. Bientôt apparut dans lair une colonne de feu d'une hauteur extraordinaire, qui brûla pendant trois heures, et se réduisit progressivement à n'avoir que
deux pieds. Ce foyer qui embrassait un espace de 600 pieds de long sur 4.^0 de large, continua de brûler ainsi pendant vingt-quatre heures. Des secousses de tremblement de terre, produisant un bruit semblable au fracas du tonnerre, accompagnaient la formation de ce nouveau volcan. Dès le commencement de son éruption, il a lancé des pierres calcinées de différentes espèces, et des colonnes d'eau, dont la hauteur diminuait bientôt sensiblement. On n'a cependant point trouvé de cratère sur le plateau d'où il est sorti; au contraire, le terrain s'est soulevé de deux pieds environ. Au moment où M. Gamba écrivait, on y voyait encore du feu, et la flamme sortait du sol pour peu qu'on le remuât. Ce feu était rouge, ne laissait aucune odeur, et l'atmosphère n'en éprouvait nulle altération. Au midi de cet emplacement, ajoute M. Gamba, on aperçoit une espèce de source bourbeuse dbù il s'élève sans interruption des boursoufflures d'un demi-pied de haut et d'un pied de circonférence: les colonnes de cette substance s'élancent par fois à une hauteur de deux pieds et plus. La source a trente pieds environ, de circuit. Un employé des mines a été envoyé sur les lieux pour recueillir tous les détails relatifs à ce phénomène remarquable.
— Une petite fille de six ans lisait, il y a quelque temps, à haute voix, l'histoire de Tobie, en présence de plusieurs personnes au nombre desquelles se trouvait sa bonne maman, affligée d'une cécité incurable. Arrivée au moment où le père de Tobie recouvre la vue, elle s'arrête et dit qu'elle ne veut plus lire. On croit que c'est un caprice, on lui dit de continuer; elle persiste. Enfin^ on la met en pénitence; elle s'y soumet. Quelques instants après, sa bonne maman s'étant retirée, la pauvre enfant s'écrie en pleurant : Il Comment vouliez-vous que je lusse la fin de l'histoire devant ma bonne maman qui ne pourra jamais recouvrer la vue comme le père de Tobie! )>
— J'apprends que la chanson du Petit ^fontagnar(i, que chante André, dans mon historiette du 6 janvier dernier, intitulée La Part à Dieu, vieitt d'être mise en musique avec accompagnement de piano, par M. Dourlen, membre du conservatoire. On a donné pour titre à cette composition le Petit Montatjuard, et ce titre est orné d'une charmante lithographie de M. Bordes, où le bon petit André est représenté sous des traits bien gracieux et bien intéressants. Peut-être ferai-je plaisir à quelques unes de mes jeunes lectrices, en leur annonçant que cette romance est en vente, à Paris chez Ph. Petit, successeur de P. Gaveaux, rue Vivlenne, n" 18. l'rix : a francs.
Imprimerie de JULES DIDOT AIML, imprimeur du noi, rue du Pom-de-Lodi , n* C.
Dimanche, 3o mais 182S.
Le prix de 1 al)onnemeDl est, pour Paris , de ai francs par an , et de 1 2 francs pour sii uiois; pour les départenienls, de 24 francs par an, et i3 fiancs jwjar six mots.
ILl IB®B (BÈM
IV'
ANNEE
Bureau de l'abcDoement , chez LoLis Colas, libraire, rue Dsupliine , n" 32 ; ei chez les principaux libraires gi direcieurs des postes xles départements.