‹ Le Bon génieChapitre 118 sur 135 · PETIT SERMON DE CARÊME · texte numérisé non relu

PETIT SERMON DE CARÊME

L'homme a vu l'univers, il a contemplé, dans l'extase de l'admiration, rordre immuable des éléments', les cieux roulant avec harmonie, la succession éternelle des êtres se reproduisant toujours les mêmes et toujours nouveaux; il a senti qu'un être touhpuissant et parfaitement sa^je avait tlù présider à la création de tant de merveilles. L'homme a compris l'éternité et l'immensité, par l'impossibilité d'assif;ner des limites au temps et à l'espace, et il a dit : Lauteur du monde est éternel et infini. L'homme a jeté les yeux sur soi-même, a interro{;é sa pensée, et une voix inintime lui a révélé qu'il était animé par une émanation de cette âme universelle du sein de laquelle s'est élancé toiit ce qui peut sentir et penser. Alors, un sentiment de reconnaissance tendre venant s'unir à celui de l'admiration la ^ilus sublime, a élevé son cœur vers le j.remier auteur de son être, et l'homme a complété, par un hymne d'amour, l'éternel concert de louange et de {jloireque forme incessamment la création tout entière. Tout ce qui existe glorifie Dieu, car tout est témoin de sa grandeur et de sa puissance; à l'horame seul, sur cette terre, il a accordé le don de

l'aimer, car à lui seul il a permis de comprendre sa sagesse et sa bonté. Prérogative sublime qui, plus que toute autre, distingue l'homme du reste des créatures , ce sentiment d'amour est le plus grand des bienfaits de son créateur, car il est la source de la force la plus vraie, des espératices les plus précieuses, et des plus puissantes consolations.

Cet amour se manifeste de deux manières : par l'adoration, et par l'obéissance.

Ladoration consiste dans l'action d'une âme qui s'humilie pour admirer, pour rendre grâces ou pour prier. Elle n'est p.is seulement un devoir, elle est un besoin pour toute âme qui n'est pas desséchée ou pervertie. Quel est l'homme qui ne se sent pas quelquefois pressé de se prosterner devant l'auteur de la nature? Il a donc des yeux pour ne j)oint voir et des oreilles pour ne pas enterrdre, s'il n'est jamais ému à l'aspect des astres, à l'ombre des forêts, à la vue des monts ou de l'Océan, au bruit majestueux de la foudre, si <:es grand spectacles ne lui parlent point de l'jntelligence qui les a crées! (^uel est, depuis l'enfant qui prend possession de la faculté de sentir et d'aimer, jusqu'au vieillard dont la carrière s'achève, quel est celui qui n'a point de grâces à rendre |X)ur lei biens qui lui sont promis ou pour ceux dont il a épuisé la jouissance? Et depuis l'humble et pauvre

vlllafjeoîs, Jusqu'au monarque environné d'une pompe éphémère et d'une majesté d'un jour, quel est le mortel qui n'a rien à demander à celui dont le bras peut soutenir toutes les infirmités et briser toutes les puissances?

Vous rappelez-vous, mes enfants, cette définition de la prière?

Elle est la voix de l'innocence, Le regard du pécheur, élevé vers les cieux. Le cri de la reconnaissance.

Ou le soupir du malheureux.

La prière, en effet, est un acte d'amour, de confiance, de supplication ou de grâces, qui n'a pas besoin de s'exprimer par des paroles, et qui consiste souvent dans un regard, dans une pensée, dans un mouvement de l'âme élevée vers son Créateur. Son langage est intime, et ne connaît d'autres lois que les inspirations de la sympathie. Il est admirablement défini dans ces beaux vers de M. de La Martine:

Dieu fit pour les Esprits deux langages divers :

En sons articulés l'un vole dans les airs;

Ce langage borné s'apprend parmi les hommes;

Il suffit aux besoins de l'exil où nous sommes,

Et suivant des mortels les destins inconstants.

Change avec les climats ou passe avec les temps.

L'autre, éternel, sublime, universel, immense,

Est le langage inné de toute intelligence;

Ce n'est point un son mort dans les airs répandu ,

C'est un Verbe vivant dans le cœur entendu ;

On l'entend, on l'explique, on le parle avec l'âme;

Ce langage senti touche, illumine, enflamme;

De ce que l'âme éprouve, interprètes brûlants,

Il n'a que des soupirs, des ardeurs, des élans;

C'est la langue du ciel que parle la prière.

Et que le tendre amour comprend seul sur la terre.

Si la prière est un acte d'amour, l'obéissance en est un témoignage peut-être plus puissant encore. Ce n'est que quand on aime qu'on obéit avec plaisir, (ju'on se soumet avec joie. Cette soumission est encore un moyen de glorifier l'intelligence suprême, source ('ternelle de tout ce qui est beau et bon. N'êtcs-vous pas heureux, mes enfants, quand vous avez accompli la volonté de vos parents qui sont ce que vous avez de plus cher?C'est ainsi qu'une âme remplie de l'amour divin, est heureuse d'obéir à son Dieu, de se soumettre à ses décrets, d'endurer en son nom toutes les douleurs imposées à l'humanité, et déchanter sa gloire au milieu même des souffrances. Quel bienfait que cet amour de Dieu, qui peut transformer en joies toutes les peines de la vie! Quelle source inépuisable de forces et de consolations! Heureux celui qui ne voit pas les merveilles de la nature seulement avec

les yeux du corps! Heureux celui chez qui la sympathie divine n'est pas arrêtée par l'obstacle des sens, et de qui l'âme sait comprendre et parler ce langage d'amour, ce Verbe vivant, sublime, universel, immense, dont parle le poète!

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