‹ Le Bon génieChapitre 123 sur 135 · AX>EE · texte numérisé non relu

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Bureau de l'abonnemeo* , cbez Lotis Cous, lil>raire, rue Dauphine , n* Sa ; et chez les principaux libraires ei directeurs des postes des dépanemenls.

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COREESPONDANCE.

RÉPONSES AUX DERNIÈRES QUESTIONS DU BON GÉNIE

Cette fois, nombreuse et bonne correspondance. Il parait que la ruse a fort bien inspiré tout le monde, et que chacun, et sur-tout chacune, avait toutes les notions nécessaires pour bien traiter ce sujet. Afin de ne pas diminuer la place que reclament vos compositions, mes amis, je ne ferai point de préambule.

Parmi les lettres de mes correspondants qui sont hors de concours , j'ai distingué particulièrement celles de M. Eugène Delisle, de Périgueux, et de Mademoiselle Jntoinelte R. de la ^r...., de Marseille. Ne pouvant en imprimer qu'une des deux, c'est la première qui m'a paru mériter ia préférence; la voici :

«Mon bon Génie, la ruse est un moven détourné par lequel on cherche à cacher un dessein qu'on veut dissimuler aux autres, ou à arriver à un but quclcontjue en dérobant les soins qu'on prend pour l'atteindre; c'est le mensonge en action. La ruse n'est donc presque jamais innocente, et ne peut, par conséquent, produire de bien bons effets. Quoique réussissant quehiuefois à obtenir ce que sans elle on n'eût jamais pu avoir, elk laisse ordinairement sur celui qui s'en est servi un vernis peu honorable; et le pre-

mier sentiment qu'inspire un homme rusé, est celui de la défiance, et par suite, du mépris.

«Si dans quehjues occasions il est des ruses permises, comme celles delà guerre, oucelles qu'autorise le besoin de défendre soi ou d'autres, d'un danger que la force seule ne saurait repousser, il n'en est point, dans la vie ordinaire, qu'on ne doive redouter d'employer; car outre qu'on ne peut s'y livrer et être parfaitement en paix avec sa conscience, pour une occasion où elle sert, il en est mille où elle devient dangereuse et nuisible à celui qui l'emploie habituelle^ ment. Un des effets de la ruse étant d'étouffer en nous la loyauté et la franchise, vertus si nobles, si précieuses qu'on doit les préférer à tout, il suffirait, ce me semble, pour la rendre odieuse et nuisible. Mais indépendamment de cela, elle se découvre presque toujours, et inspire pour celui qui s'en est servi un sentiment de désaffection. On ne peut beaucoup aimer celui qu'on surprend à tromper: et il n'y a rien de plus pénible que de vivre avec quelqu'un qui s'étudie à abuser de votre confiance. Votre amitié, votre amour-propre, tout est blesse à-la-fois; et celui qui crut fonder son empire sur la ruse, court à chaque instant le risque de voir s'écrouler l'édifice qui lui a coûté tant de jieines et de soins. Malgré donc qu'une personne rusée puisse avoir, au premier coup-d'oeil.

un aspect brillant, (puisque la ruse suppose toujours de la finesse dans l'esprit), cet éclat ne peut séduire celui qui raisonne juste. H sent trop bien que la fausseté, sous quelque titre qu'elle se déguise, ne peut jamais cesser d être elle-même. Toute idée de ruse répugne à une âme noble et grande : c'en est assez pour la dédaigner et s'accoutumer à la fuir. Renonçons donc sans effort à tous les petits avantages qu'elle pourrait nous procurer, et n'oublions jamais que la candeur, la franchise, la bonne foi, sont le ckarme de tous les âges, de toutes les conditions, et peuvent seules nous assurer l'affection de ceux qui vivent avec nous, et l'estime de tout le monde.

"Eugène Delisle, à Périgueux. »

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