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LE PRIX DU PLAISIR

Le Jeune Raoul de Fondeville s'était levé à neuf heures et demie pour déjetuier à dix. « Voyons, dit-

en sortant de table, que vais-je faire aujourd'hui pour passer af^réableinent ma journée? Une promenade à cheval? oui: Frédéric, donnez-moi mes bottes à éperons, ma cravache-, faites seller mon petit cheval, et le conduisez devant la porte. »

En un instant, le cheval, la cravache, les bottes, tout fut prêt, il Je ne sais, dit Raoul, mais il me semble que je suis encore tout meurtri de ma longue course d'hier. Non, je ue monterai pas à cheval aujourd'hui; je crois que je ferai mieux de marcher un peu pour me dégourdir les jambes. Frédéric, ajiportez mon fusil, mon carnier etmes guêtres^ allÀ chercher Diane, je veux chasser dans le parc, n

Le cheval fut reconduit à l'écurie; Frédéric apporta le petit équipage de chasse, et Diane vint bondir autour de son jeune maitre, en flairant la gibecière et la batterie du léger fusil à. deux coups de Raoul. i> Bonjour, Diane; bonjour, ma petite Diane, dit Raoul en la flattant; tu as donc grande envie de chasser? Eh bien, voilà que l'envie m'en passe, à moi. décidément, je suis encore fatigué, et tout bien compté, je vais rester à la maison pour faire une partie de billard. »

Raoul se mit au billard, poussa quelques billes, et trouvant qu'il ne les faisait pas aussi bien que de coutume, n'acheva pas même la première partie. Son précepteur qui était présent, profita de l'occasion pour lui demander s'il ne voudrait pas faire une lecture. " Ah! oui, dit Raoul; en effet, je suis un peu las de ne rien faire. Qu'allons-uous lire? — Mais, reprit le précepteur, nous pourrions continuer l'explication de cet épisode des Géorgiques que nous avons commencé la semaine dernière. — Ah! encore les Géorgiques! c'est furieusement ennuyeux, mon cher monsieur Dormeuil. — Eh bien, aimez-vous mieux rereprendre notre leçon de géographie, que nous avons interrompue si brusquement, il y a dix jours? — La géographie? oui , cela m'amuse assez, de faire tourner le globe. »

Raoul et son précepteur passèrent dans le cabinet d'étude, et l'on reprit la leçon de géographie; mais voilà qu'au milieu de la solution d'un problème de sphère, Raoul donne au globe une impulsion qui le fait tourner comme la roue d'un tilbury, et s'écrie : «Assez, assez, monsieur Dormeuil; voyons maintenant un peu de Géorgiques.» Le précepteur prend le livre, et Raoul en explique dix ou douze vers, en répétant ce que dit M. Dormeuil; puis il commence à bailler, et tirant soudain le cordon de la sonnette: (' Mon cher monsieur Dormeuil , dit-il , je savais bien que c'était ennuyeux ; encore un peu et je vais m'enàoThixr — Mais Monsieur — Frédéric, mon cheval! Décidément il faut que je fasse une course pour me réveiller, ou je serais capable de tomber en lé-

thargie. » Le précepteur poussa un soupir, et se disposa à accompagner son élève.

Raoul fit une tournée d'une petite lieue, et arriva près d'un joli village ou était une maison propre et bien recrépie, dont la porte s'ouvrit, au moment où le jeune seigneur passait devant. Il s'arrêta en voyant sortir par cette porte une nuée de petits garçons qui se répandirent sur une belle pelouse verte, où ils commencèrent gaiement à jouer à divers jeux, en poussant des cris de joie. Les balles et les ballons volaient dans l'air; ceux-ci jouaient aux palets, ceuxlà aux billes, d'autres aux barres, d'^iutres encore à saute-mouton, et tous y allaient de tout leur cœur. <! Qu'est-ce que cela? demanda Raoul. — Ce sont , répondit M. Dormeuil, des écoliers qui viennent de travailler et qui sont maintenant en récréation. — Ces petits drôles ont l'air de s'amuser comme des princes, — Un peu mieux, ajouta le précepteur. — Ah! reprit Raoul, en reconnaissant un des petits garçons, fils d'un, ancien fermier de son père, te voilà, Jacques; et bien comment te trouves-tu de l'école? — Assez bien. Monsieur le comte. — On vous laisse donc divertir ainsi tant que vous voulez? — • Oh! que nenni! nous n'avons que deux heures poiu' diner et pour jouer, et encore une heure avant le souper. — Mais c'est bien peu, cela. — Ça dépend comme on en profite. Voyez-vous, nous travaillons tout de bon, et puis ensuite nous jouons de même. Mais pardon, Monsieur le comte, c'est à mon tour d'entrer à la balle. Portez-vous bien. ;)

Raoul, après les avoir considérés encore un instant, fit retourner son cheval pour rentrer au château. Il trotta quelque temps en silence et d'un air pensif, à côté de son précepteur. «Il faut convenir, dit-il enfin, que ces écoliers sont bien heureux! — Cependant, répondit le précepteur, il faut convenir aussi qu'il leur manque bien des choses que vous avez. — Cela n'empêche pas qu'ils n'aient cent fois plus de plaisir que moi. — Ah! c'est que le plaisir a cent fois plus de prix, quand il ne vient qu'après — Je vous comprends, mon cher précepteur, il faut que j'essave... Sovez assez bon pour me réveiller demain à six h< res: je vous promets de ne pas faire tourner la spl* et d'étouffer mes bâillements sur les Géorgique

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