‹ Le Bon génieChapitre 131 sur 135 · DE L'AMITIÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

DE L'AMITIÉ FRATERNELLE

Qu'elles sont douces les affections du premier âge, embellies par tant d'espérances, par la perspective d'un avenir dont on ne calcule ni les écueils ni les limites, par toutes les nuances riantes qui colorent les objets et les sentiments au printemps de la vie! Oh! comme on aime bien quand on est jeune! Je n'ai jamais eu beaucoup de goût pour le collège; la seule chose que j'en aie regretté et qui m'ait laissé un souvenir agréable, ce sont les amitiés que j'v ai eues; quelques-unes se sont prolongées au-delà, et ont résisté au temps, à l'absence et même à l'expérience du monde; celles-là sont les bonnes.

Mais dans le nombre de ces douces affections du commencement de la vie, il en est une qui passe sans doute avant toutes les autres, une qui mérite le premier rang, et dont la nature a fait un besoin, en même temps que la morale en a fait un saint devoir; je veux parler de l'affection fraternelle, de cette amitié si remplie de douceurs pour ceux qui l'éprouvent, si édifiante et si touchante pour ceux qui en observent les effets! C'est ce lien sacré, formé dès le berceau, qui se perpétuant et se resserrant plus tard, établit dans les familles une union qui fait leur force, leur prospérité et quelquefois leur gloire. On respecte et on honore celles qui en offrent le tableau. Des frères bien unis; des sœurs protégées par leurs frères; des aînés donnant le bon exemple et remplaçant au besoin le père de famille; les plus jeunes comprenant que ces charges imposées aux premiers sont des titres à un peu de déférence et de reconnaissance qui ne sauraient nuire toutefois à l'égalité fraternelle; ce sont là les scènes morales et éminemment intéressantes de l'un des spectacles les plus ravissants que l'on puisse contempler.

Cette amitié qui commence avec la vie semblerait devoir survivre à toutes les autres; aussi n'esl-il rieu de plus triste que de la voir rompue par quelque vice de caractère, ou par de funestes dissentions. Mais dans ce cas même, il reste encore un lien, ce lien du sang que rien ne saurait briser et qui peut se resserrer tôt ou tard. Il y a plus d'un exemple de rapprochements opérés par lui, et qui sans lui n'auraient jamais eu lieu. Que deux frères désunis se retrouvent après de longues discordes; il y a une force intérieure qui les pousse l'un vers l'autre, et si l'un d'eux ouvre involontairement ses bras, l'autre s'y précipite, et leurs deux cœurs sont rapprochés. Comment résisteraient-ils aux souvenirs de leur enfance, qui se pressent en foule dans leur esprit! Et les jeux du premier âge qu'ils ont partagés, et le toit paternel, et les caresses d'une mère, qu'ils recevaient ensemble, et l'indulgence d'un père qui a si souvent pardonné,

qui a oublié tant de fautes A moins que le cœur

ne soit bien profondément ulcéré ou complètement perverti, comment toutes ces pensées ne le feraientelles pas battre avec chaleur, et n'y réveilleraient-elles pas les premières affections qu'il a senties?

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